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Crise des opiacés aux États-Unis : procès historique contre un laboratoire pharmaceutique

Le procès qui a démarré dans l'Oklahoma mardi 28 mai 2019 est considéré comme historique.
Le procès qui a démarré dans l'Oklahoma mardi 28 mai 2019 est considéré comme historique. Eva Hambach, AFP

Aux États-Unis, les laboratoires Johnson & Johnson sont accusés par l'État de l'Oklahoma d'avoir favorisé l'explosion du nombre d'overdoses par opiacés, lors d'un procès inédit qui s'est ouvert mardi.

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Le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson (J&J), et l'industrie pharmaceutique à travers lui, a-t-il favorisé la surconsommation de médicaments antidouleurs aux États-Unis ? C'est la question à laquelle devra répondre Thad Balkman, juge de l'Oklahoma, à l'issue des deux mois que doit durer le procès dans cet État du Midwest.

Ce procès historique, qui a démarré mardi 28 mai, est le premier marquant l'aboutissement de l'une des quelque 2 000 procédures judiciaires engagées par des États ou des collectivités locales aux États-Unis contre des entreprises pharmaceutiques mises en cause dans la crise des opiacés. Selon le Center for Disease Control and Prevention, une agence fédérale, ces molécules de synthèse ont été à l'origine de 47 600 morts par surdose en 2017.

Les deux camps ont dévoilé leurs premiers arguments. Pour Mike Hunter, le procureur général de l'Oklahoma à l'origine de ce dossier, J&J est tout simplement à l'origine de "la pire crise de santé publique due à l'homme dans l'histoire de notre État". Il a accusé le laboratoire d'avoir agi par pur "appât du gain", présentant de façon "cynique et trompeuse" les opiacés comme un "médicament magique" contre la douleur.

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L'avocat des laboratoires, Larry Ottaway, voit évidemment les choses sous un angle différent. Il n'a pas nié que Johnson & Johnson affirmait dans les années 1990 que les opiacés étaient "rarement addictifs", mais a précisé que c'était parce que la Federal Drug Administration (FDA), l'agence fédérale des médicaments, le disait elle aussi. Encore aujourd'hui, malgré la mort de quelque 400 000 personnes par overdoses aux États-Unis depuis 20 ans, la FDA ne condamne pas entièrement l'utilisation des médicaments opiacés, soulignant le besoin de "trouver un équilibre entre les risques de dépendance et la réalité des douleurs chroniques", qui peuvent mener "à la dépression et au suicide".

Procès très suivi

"Combien de morts y a-t-il eu en conséquence d'un médecin licencié dans l'Oklahoma prescrivant un opiacé fabriqué par J&J ? Zéro !" a affirmé Larry Ottaway. Pour lui, l'Oklahoma a au moins une part de responsabilité dans la crise, puisque l'État était censé contrôler les médecins prescripteurs de ces médicaments aux risques d'addiction connus et les pharmacies. "Il faut étudier les détails car les faits sont têtus", a-t-il conclu.

Des trois laboratoires accusés au départ dans cet État du Midwest, Johnson & Johnson est le seul à ne pas avoir passé un accord négocié avec le procureur général de l'Oklahoma pour éviter un procès. Le laboratoire Purdue Pharma, devenu l'ennemi numéro 1 dans la crise des opiacés pour avoir fabriqué le médicament vedette Oxycontin, avait passé un accord à l'amiable en mars avec l'Oklahoma en acceptant de payer 270 millions de dollars. Le laboratoire israélien Teva lui a emboîté le pas ce week-end en déboursant 85 millions de dollars.

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Le procès est très suivi car il a valeur de test pour les autres plaintes déposées contre les fabricants de médicaments opiacés. L'Oklahoma, qui a enregistré quelque 4 600 morts par overdoses entre 2007 et 2017, réclame des milliards de dollars de dédommagement - un avocat a évoqué mardi la somme de 13 milliards sur 20 ans - pour compenser les dépenses publiques nécessaires pour combattre cette crise. Certains avocats ont comparé ces dossiers aux poursuites d'États américains contre le secteur du tabac, qui avaient abouti en 1998 à un accord amiable record de 246 milliards de dollars.

Avec AFP et Reuters

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