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Derrière le bras de fer Macron-Merkel, l'enjeu du leadership européen

Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 9 mai 2019 à Sibiu, en Roumanie.
Emmanuel Macron et Angela Merkel, le 9 mai 2019 à Sibiu, en Roumanie. Ludovic Marin, Pool, AFP (archives)

La chancelière allemande et le président français s'opposent sur le choix du futur président de la Commission européenne. Emmanuel Macron souhaite faire voler en éclats la procédure prévue pour imposer le candidat de son choix.

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La porte-parole du gouvernement français, Sibeth Ndiaye, a beau assurer qu'il "n'est pas question de bras de fer", ce qui se joue actuellement entre Emmanuel Macron et Angela Merkel y ressemble pourtant fortement.

Les deux dirigeants ont clairement affiché leurs désaccords, mardi 28 mai, concernant le futur président de la Commission européenne. Alors que la chancelière allemande est favorable au respect de la règle du "Spitzenkandidat" et à la candidature de son compatriote Manfred Weber, candidat officiel du Parti populaire européen (PPE), le président français souhaite, lui, prendre des libertés avec ce système de nomination et a mis en avant trois noms pour le poste : la commissaire européenne à la Concurrence danoise Margrethe Vestager, le négociateur en chef français pour le Brexit Michel Barnier et l'ancien diplomate néerlandais Frans Timmermans.

La formule du "Spitzenkandidat", c'est-à-dire du "candidat tête de liste", a été imposée en 2014 par le Parlement à des gouvernements majoritairement hostiles à ce mode de nomination qui les dépossède d'une partie de leur pouvoir. Les chefs d'État et de gouvernement peuvent toutefois nommer un autre candidat, mais les députés ont alors le pouvoir de refuser d'investir la nouvelle Commission, une menace suffisante pour être dissuasive.

"Il y a nécessité de construire autre chose, un nouveau projet, qui soit à l'image de ce que le peuple européen a choisi", a plaidé Emmanuel Macron, mardi soir, en appelant à "ne pas répliquer les vieilles habitudes". "La clé est que les gens qui seront aux postes les plus sensibles partagent le projet, qu'ils soient les plus charismatiques, inventifs, compétents possible."

Officiellement, Manfred Weber n'est pas légitime aux yeux du président français car il n'a jamais exercé de fonction exécutive, que ce soit au niveau européen ou chez lui, en Allemagne. Officieusement, Emmanuel Macron règle ses comptes et tente d'imposer ses vues sur l'avenir de l'Union européenne.

Les divergences entre Macron et Merkel étalées dans la presse

"Il y a une animosité personnelle du président français vis-à-vis de Manfred Weber, et contre le PPE et le Parlement européen d'une manière générale, car il a rejeté la proposition de Macron de faire des listes transnationales avec les sièges des députés britanniques", explique Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po, spécialiste de l'UE, auteur de "L'Europe a-t-elle un avenir ?" (éd. Studyrama), contacté par France 24.

Manfred Weber a par ailleurs accueilli plutôt froidement l'ensemble des propositions de réformes de l'UE d'Emmanuel Macron, notamment celles concernant le renforcement de l'union monétaire. Et dans une Europe où l'Allemagne tient déjà une place considérable, il a également le défaut d'être Allemand.

>> À lire : La bataille pour la présidence de la Commission européenne est lancée

"C'est la place de la France et le leadership dans les cinq prochaines années au sein de l'Union européenne qui se joue en ce moment, affirme Patrick Martin-Genier. Angela Merkel, non plus, n'a pas soutenu les propositions d'Emmanuel Macron et il y a une sorte de conflit ouvert entre les deux dirigeants."

L'un comme l'autre n'hésitent plus, en effet, à étaler leurs désaccords par médias interposés. Angela Merkel avait ainsi reconnu, le 15 mai, avoir une "relation conflictuelle" avec le président français, tandis que ce dernier avait répondu, un peu plus tard dans la soirée, assumer une "confrontation féconde" avec la chancelière afin de "bâtir un compromis".

"Même s'il y a aussi eu des divergences entre Chirac et Schröder, entre Sarkozy et Merkel ou entre Hollande et Merkel, d'habitude, les dirigeants français et allemand ne les affichaient pas en public, souligne Patrick Martin-Genier. Il faut remonter à Willy Brandt et Georges Pompidou pour retrouver quelque chose de similaire. On assiste à une lutte d'influence et de pouvoir."

"Macron s'est mis beaucoup de monde à dos en Europe"

La question est désormais de savoir si Emmanuel Macron a les moyens de faire plier Angela Merkel sur ce dossier. "Si les uns et les autres restent aux noms où ils sont, nous aurons un blocage", a-t-il prévenu mardi soir, laissant entendre qu'il était prêt à aller au bout de sa démarche.

Le chef de l'État doit donc trouver des alliés et a rencontré plusieurs dirigeants européens ces derniers jours, parmi lesquels les Premiers ministres néerlandais, Mark Rutte, espagnol, Pedro Sanchez, portugais, Antonio Costa ou encore belge, Charles Michel.

>> À voir : "Élections européennes : vers une recomposition politique ?"

"Le problème de Macron, c'est qu'il s'est mis beaucoup de monde à dos en Europe, note Patrick Martin-Genier. Il a rencontré mardi le groupe de Visegrad avant le Conseil européen, mais on voit mal la Pologne ou la Hongrie le soutenir alors qu'il a passé son temps à stigmatiser ces pays depuis deux ans."

Un accord devra être trouvé avant le sommet des 20 et 21 juin, lors duquel le nom du candidat à la présidence de la Commission européenne sera révélé. Il fera partie d'un "paquet" savamment équilibré de répartition des grandes responsabilités européennes – président du Conseil européen, chef de la diplomatie de l'UE, président de la Banque centrale européenne – selon des critères géographiques, démographiques, de sensibilité politique et de parité femme-homme.

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