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Les plans de Benjamin Netanyahu ruinés par son ancien allié Avigdor Lieberman

Avigdor Lieberman, député et leader d'Israël Beiteinou, durant une conférence de presse à Tel Aviv le 30 mai 2019.
Avigdor Lieberman, député et leader d'Israël Beiteinou, durant une conférence de presse à Tel Aviv le 30 mai 2019. Jack Guez, AFP

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n'a pas réussi à former une coalition en Israël. Un échec qui a provoqué la dissolution du Parlement, et qu’il a attribué au trublion de la politique locale Avigdor Lieberman.

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Réputé intransigeant, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est heurté à plus entêté que lui avec Avigdor Lieberman, son ancien ministre de la Défense et leader du parti ultranationaliste Israël Beiteinou.

Faute d’avoir réussi à convaincre son ancien directeur de cabinet (entre 1996 et 1999 ) de rejoindre sa coalition gouvernementale, qu’il tentait de former depuis sa victoire des législatives du 9 avril, Benjamin Netanyahu a dû jeter l’éponge, mercredi soir. Pour sortir de l’impasse, les députés israéliens ont décidé, à la demande du Premier ministre, de dissoudre le Parlement et d’organiser des législatives anticipées le 17 septembre prochain. Une première dans l’histoire de l’État hébreu.

Trublion de la scène politique

Pour Benjamin Netanyahu, au pouvoir sans discontinuer depuis 2009, le responsable de son cuisant échec est tout désigné : le très droitier Avidgor Liberman, qu’il a qualifié de "gauchiste".

"Depuis le début, à aucun moment il n’a eu l’intention de réaliser ce qu’il demandait, a accusé, jeudi soir, le Premier ministre, visiblement très en colère devant les médias. Avigdor Lieberman entraîne pour la seconde fois le pays dans des élections pour tenter d'obtenir quelques sièges de plus. C’est incroyable, tout simplement incroyable. Avigdor Lieberman fait maintenant partie de la gauche. On lui donne des voix pour la droite et il n’apporte pas son soutien à la droite. Il fait tomber des gouvernements de droite".

Ce n’est en effet pas la première fois que l’ancien ministre, né en 1958 en Moldavie, contrarie les plans de Benjamin Netanyahu. En novembre 2018, Avidgor Liberman avait claqué la porte du précédent gouvernement avec fracas pour dénoncer un cessez-le-feu conclu par son Premier ministre avec le Hamas à Gaza. Sa démission avait fragilisé la coalition de droite, d'extrême droite et ultraorthodoxes, et contribuée à provoquer les dernières législatives.

Connu pour ses diatribes contre les Arabes israéliens, qualifiés de "cinquième colonne" et ses discours belliqueux envers les Palestiniens, cet ancien videur de boîte de nuit à la barbe finement taillée, est devenu au fil des années le trublion de la scène politique israélienne. Incontournable malgré un nombre limité de députés (5 sièges remportés lors du dernier scrutin), son parti nationaliste et laïc lui permet de jouer les rôles de faiseur de roi après chaque élection.

Celle du mois d’avril n’a pas échappé à la règle, avec un Avidgor Lieberman conscient d’être en position de force face à un Benjamin Netanyahu qui joue sa survie politique alors qu’il est sous la menace d’une possible inculpation dans trois affaires de corruption présumée. "Lieberman a beau avoir obtenu 7 fois moins de députés que le Likoud, il se sait incontournable pour former un coalition de droite, c’est pourquoi il entendait faire payer très cher le prix de son éventuel ralliement", explique Antoine Mariottti, correspondant de France 24 à Jérusalem.

En position de force

Et Avidgor Lieberman ne s’est pas privé de poser ses conditions pour rejoindre la coalition, alors que son ancien allié tentait de constituer sa majorité dans le délai imparti par la Constitution. Il a notamment exigé que soit adoptée dans sa forme initiale, telle qu'il l'avait proposée quand il était à la Défense, une loi annulant l'exemption systématique de service militaire des jeunes théologiens ultra-orthodoxes.

Il a même fait de cette question une "affaire de principe", à la grande satisfaction de son électorat principalement russophone et laïc, alors que cette exigence était impossible à satisfaire pour Benjamin Netanyahu, à moins de renoncer aux 16 députés issus des deux partis religieux de sa coalition, le Shas et "Judaïsme unifié de la Torah".

Une question de crédibilité aussi pour celui qui est parfois surnommé le tsar, en raison de son fort accent russe. "Lieberman ne pouvait renoncer à ses conditions, puisqu’il avait fait des promesses très claires à son électorat, notamment au sujet de la loi sur le service militaire des ultraorthodoxes et sur l’augmentation de près de 40 % des retraites, ce que Benjamin Netanyahu ne lui a pas accordé au moment des négociations, avec les conséquences que l’on connaît", a expliqué sur l’antenne de France 24 Ofer Bronstein, président du Forum international pour la paix, ancien conseiller d'Yitzhak Rabin.

Pourtant Benjamin Netanyahu aura tout tenté pour le faire plier, notamment en prenant à témoin l’opinion publique et en appelant son ancien collaborateur à la responsabilité et à bien réfléchir. En vain : bien que l’ancien ministre avait assuré à plusieurs reprises ne pas avoir d’autre candidat que "Bibi" pour le poste de chef du gouvernement, certains à droite le suspectaient de vouloir provoquer sa chute en misant sur ses déboires avec la justice israélienne.

"Les accusations de Netanyahu et les menaces contre ma personne ne m’incitent pas à négocier", a répliqué Avigdor Lieberman, qui a dit n'avoir jamais été en butte à une telle "paranoïa", lui qui pensait "avoir tout vu".

Sans surprise, peu après l’annonce de la dissolution du Parlement, le leader d'Israël Beiteinou a imputé la responsabilité de l’échec à Benjamin Netanyahu et au Likoud. "Ils ont échoué à créer un gouvernement, ils sont les seuls responsables du fait que les électeurs doivent retourner aux urnes", a-t-il.

Alors que la campagne a déjà commencé en Israël, rien n’indique que les prochaines législatives bouleverseront les équilibres politiques dans le pays. Comble de l’ironie, Benjamin Netanyahu pourrait à nouveau se heurter à son besoin de rallier le "faiseur de roi", pour former un gouvernement en cas de nouvelle victoire.

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