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Le revers de la médaille des taxes de Donald Trump contre le Mexique

Les États-Unis représentent le premier marché pour les exportations mexicaines.
Les États-Unis représentent le premier marché pour les exportations mexicaines. Lucas Jackson, Reuters

En décidant, jeudi, de taxer les importations en provenance du Mexique pour lutter contre l’immigration clandestine, le président américain, Donald Trump, pourrait bien jouer contre son camp.

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Des droits de douane à défaut d’un mur. Le président américain, Donald Trump, a annoncé, jeudi 30 mai, que les États-Unis taxeront  les importations en provenance du Mexique tant que “la crise migratoire persistera”, selon un communiqué de la Maison Blanche. Washington commencera par imposer des droits de douane de 5 % sur les produits importés du Mexique à partir du 10 juin, mais menace de les augmenter de 5 % par mois jusqu’à 25 % si “les autorités mexicaines ne prennent pas des mesures efficaces”.

Donald Trump mise sur l’impact économique que de telles sanctions pourraient avoir sur le Mexique pour contraindre le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador (surnommé AMLO), à durcir sa politique migratoire. En 2018, Mexico a exporté pour 346 milliards de dollars de biens vers les États-Unis, qui sont, de très loin, son premier partenaire commercial. Ces sanctions, susceptibles d’entraîner une baisse des échanges, risquent de fortement pénaliser un pays dont 30 % du PIB dépend des exportations. De plus, la santé économique du Mexique n’est pas au beau fixe, avec une croissance en baisse de 0,2 % au premier trimestre 2019.

Le plan nord-américain pour faire pression sur Mexico paraît simple en apparence, mais il est pétri d’incohérences et de contradictions.

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Des voitures plutôt que des avocats

Le commerce entre le Mexique et les États-Unis est souvent réduit au rôle de Mexico comme fournisseur officiel d’avocats. Il est vrai que près de 90 % des ventes à l’étranger de ce fruit sont destinés aux estomacs nord-américains. Mais, en réalité, les “avocats ne représentent que 1 % des importations américaines de biens mexicains”, rappelle le site américain de décryptage de l’information Vox.

Le principal produit d’exportation vers les États-Unis est la voiture… qui n’est pas mexicaine. Les ventes d’automobiles et de pièces détachées aux Nord-Américains se sont élevées à 93 milliards de dollars en 2018, d’après le secrétariat américain au Commerce. Les principales victimes des droits de douane seront donc les constructeurs japonais et américains. Nissan, Toyota, General Motors ou encore Ford ont, tous, été attirés par le faible coût de la main d’œuvre mexicaine.

Pour les marques nord-américaines, la sanction est double. Elles devront payer plus pour les voitures "made in Mexico" et davantage pour les pièces détachées, fabriquées pour 90 % d'entre elles au Mexique.

Conclusion : Ces sanctions risquent avant tout d’empêcher des voitures japonaises ou américaines d'entrer sur le territoire américain… car trop chères. Une opération qui, finalement, pourrait se révéler bénéfique pour les voitures allemandes. Ces mêmes véhicules que Donald Trump avait menacé de taxer à plusieurs reprises.

Hallali pour le nouvel Alena ?

Donald Trump a le sens du timing : il annonce l’instauration de sanctions contre le Mexique alors même que son administration œuvrait pour une ratification rapide de l’USMCA (United State Mexico Canada Agreement, l’accord de libre-échange censé remplacer l’Alena). Le vice-président, Mike Pence, s’était rendu au Canada, jeudi 30 mai, pour vanter les mérites de ce nouveau traité, tandis que Robert Lighthizer, le représentant au Commerce de Donald Trump, avait entamé les négociations avec le Congrès américain pour accélérer le processus de ratification du texte, rappelle le quotidien USA Today.

“Le parlement mexicain sera beaucoup moins enclin à ratifier l’accord après la décision américaine d’instaurer des droits de douane”, reconnaît dans une tribune publiée par le site Forbes Phil Levy, économiste au Chicago Council on Global Affairs, un cercle américain de réflexion spécialisé dans les relations internationales. Interrogé par la chaîne MSNBC, Juan Carlos Hartasanchez, directeur du cabinet américain de conseils Albright Stonebridge Group, pense que ces sanctions pourraient repousser l’adoption du texte d’au moins un an.

Pourtant, l’administration Trump a fait de cet accord une priorité. Son adoption devait “servir à confirmer les talents de ‘dealmaker’ (faiseur d’accords) dont se targue Donald Trump”, souligne Phil Levy.

Mauvais signal envoyé à la Chine

Ces droits de douane sur les exportations mexicaines fragilisent un autre éventuel accord que Donald Trump souhaiterait conclure : celui pour mettre un terme au conflit commercial avec la Chine.

“La perspective d’arriver à un compromis avec Pékin s’éloigne un peu plus car les Chinois ne vont pas trouver d’intérêt à signer un accord s’ils pensent que Donald Trump peut imposer arbitrairement des droits de douane à tout moment”, souligne Khoon Goh, responsable du département de recherche économique à la banque Australia & New Zeland Banking Group, interrogé par Bloomberg.

Ces sanctions contre le Mexique “prouvent que Donald Trump n’a aucune volonté de respecter les termes d’un accord puisque les droits de douane violent les engagements pris par Washington lors des négociations pour remplacer l’Alena”, ajoute Phil Levy. Les autorités mexicaines avaient fait des concessions en acceptant les termes de l’USMCA dans l’espoir que leur pays serait ainsi protégé de l’ire commerciale trumpienne. Raté : “Xi Jinping doit jubiler, car il a dorénavant la preuve qu’un pays qui cède aux revendications américaines n’est pas mieux loti que lui qui a, jusqu’à présent, résisté”, résume Jorge Guajardo, ancien ambassadeur du Mexique en Chine, interrogé par Bloomberg.

La décision d’instaurer des droits de douane contre le Mexique risque donc avant tout de déplaire aux constructeurs automobiles américains, de retarder l’adoption d’un accord commercial politiquement important, tout en confortant la Chine dans son intransigeance face à Washington. Mais elle devrait aussi satisfaire la base électorale de Donald Trump qui rêve toujours de voir ériger un mur à la frontière mexicaine, note le New York Times. Il ne sera peut-être jamais en béton, mais le président pourra leur vendre une barrière économique. Et à un an et demi de la prochaine élection présidentielle, c’est peut-être l'essentiel pour celui qui compte bien se faire réélire.

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