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Camus journaliste, une passion pour la justice et la liberté

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Rennes (AFP)

Dans une première vie, avant d'être couronné d'un Prix Nobel de littérature, Albert Camus a été journaliste, un métier vécu comme un engagement, marqué par une passion sans faille pour la justice et la liberté, comme le rappelle un livre publié récemment aux éditions Apogée.

Une vision de la profession "d'une grande actualité dans un contexte de défiance, voire de haine, à l'égard des journalistes, à une moment où la liberté de la presse est menacée", résume Maria Santos-Sainz, docteur en sciences de l'information et auteure de "Albert Camus, journaliste".

Quelques années seulement séparent les premiers pas de ce jeune homme pauvre dans le métier de journaliste, à "Alger Républicain" en 1938, de l'éditorialiste reconnu, qui quitte en 1947 le prestigieux journal "Combat" dont il avait rejoint le mouvement dans la clandestinité en 1943, pour se consacrer à l'écriture.

Il fera un bref retour au journalisme, à l'Express, entre mai 1955 et février 1956, où il signe une chronique régulière. Mais si le Camus éditorialiste et chroniqueur est bien connu, son travail dans sa terre natale, en Algérie où il est né en 1913 dans une famille de pieds-noirs d'ascendance minorquine, l'est bien moins.

Dans l'espoir d'avoir le temps d'écrire, il voulait être professeur mais sa tuberculose l'en empêche. Après plusieurs petits boulots, il se retrouve journaliste, son premier emploi stable. Un métier pour lequel, finalement, il "va se passionner", assure Maria Santos-Sainz.

Parmi les exemples les plus emblématiques de son travail de cette époque, la série de reportages, "Misère de la Kabylie", dans lesquels "il dénonce une réalité effroyable" faite aux habitants de cette région d'Algérie "où aucun journaliste n'allait". "Camus y pratique avant l'heure un +data journalisme+, rassemblant des données précises et vérifiées" (salaires, écoles, densité de médecins, etc..) pour étayer son propos, souligne l'universitaire.

- "Objectivité n'est pas neutralité" -

Ainsi Camus, chroniqueur judiciaire à l'occasion, prend, "après une enquête minutieuse", fait et cause pour un fonctionnaire incarcéré sans preuve. "Il se bat pour l'innocence de cet homme", Michel Hodent, "victime d'un système de corruption". Il va enquêter sur place, loin d'Alger, et n'hésite pas à publier une lettre ouverte adressée au gouverneur général pour dénoncer ce qu'il considère comme une accusation arbitraire.

"Nous ne demandons que la justice mais nous demandons toute la justice pour Michel Hodent, coupable d'avoir aimé son métier, coupable d'avoir protégé les paysans et mécontenté leurs maîtres de toujours (...)", écrit le jeune reporter à l'adresse de l'administrateur colonial. Michel Hodent sera acquitté.

A l'international aussi, les positions de Camus sont tranchées. Toute sa vie, il défendra les Républicains espagnols. Il dénoncera "les marchands de mort" que sont à ses yeux les fabricants d'armes. En août 1945, il sera, souligne la chercheuse, "l'unique journaliste occidental à dénoncer immédiatement la barbarie d'Hiroshima, quand ses confrères saluent la prouesse technique".

"C'est un journaliste révolté, qui se bat pour la vérité, pour la dignité... Son origine modeste l'unit au destin des opprimés du monde", considère Maria Santos-Sainz, "Il se méfie des pouvoirs comme des puissances d'argent".

"Il pratique un journalisme d'intentionnalité, qui porte un regard critique sur l'impartialité supposée". Comme il s'en expliquera plus tard, pour lui, "l'objectivité n'est pas la neutralité", rappelle-t-elle.

"Aujourd'hui encore, Camus journaliste reste un modèle de journalisme, exigeant, honnête, intègre, critique du sensationnalisme (...) C'est comme un bréviaire pour les futurs journalistes" à qui cet ouvrage est d'ailleurs dédié. S'il vivait encore, "il serait contre la course aux clics et contre le fait d'informer vite au lieu d'informer bien. +Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde+, disait-il", souligne la chercheuse.

Camus journaliste n'hésitera jamais à aller à contre-courant, "là où sa conscience le guide, là où il peut donner une voix aux sans voix, débusquer les ombres des pouvoirs, là où les autres médias ont déserté", assure-t-elle.

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