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Ghislaine Royer-Souef, pionnière de l'équipe de France et première supportrice des Bleues

Ghislaine Royer-Souef compte sept sélections en équipe de France.
Ghislaine Royer-Souef compte sept sélections en équipe de France. François Nascimbeni, AFP

En 1971, Ghislaine Royer-Souef a disputé le premier match officiel de l'équipe de France féminine. En 48 ans, elle a observé les transformations de la sélection. Le fossé qui sépare les premières joueuses des "pros" d'aujourd'hui est colossal.

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À partir du 7 juin, les Bleues participeront à leur 4e Coupe du monde. Lors du match d'ouverture contre la Corée du Sud, une spectatrice, installée dans les gradins du Parc des Princes, sera particulièrement attentive à leurs exploits. Ghislaine Royer-Souef a elle-même porté les couleurs de la France, il y a près de 50 ans.

Le 17 avril 1971, cette Rémoise était sur la feuille de match de la première rencontre officielle des Bleues. "C'était à Hazebrouck, dans le Nord [de la France, NDLR]. Une rencontre France-Pays-Bas", se souvient-elle. "Ce n'est que quelques années plus tard que nous avons appris qu'il avait été retenu comme le premier match officiel de l'équipe de France. Sur le coup, nous ne le savions même pas !", ajoute-t-elle en plaisantant.

À l'époque, Ghislaine Royer-Souef n'a pas l'impression d'écrire l'Histoire. Elle a pourtant grandement participé à l'essor du football féminin en France. Une épopée qui débute en 1968 par quelques lignes écrites dans les pages de l'Union, un quotidien de Reims. Pierre Geoffroy, journaliste de la rédaction, est alors chargé de trouver une attraction pour la traditionnelle kermesse locale. Il décide de lancer un appel à candidatures pour organiser un match d'exhibition entre filles. "J'ai vu cette annonce. J'étais un peu timide. Je n'osais pas y aller toute seule. J'avais 15 ans. Je suis issue d'une fratrie de cinq enfants avec deux frères aînés qui jouaient toujours au foot. Je les collais tout le temps. De fil en aiguille, je me suis prise au jeu et j'ai commencé à jouer. C'est l'un de leurs amis qui m'a poussée à répondre à l'annonce. Je me suis inscrite et puis j'ai été retenue dans l'équipe !", raconte l'ancienne internationale.

La gardienne Ghislaine Royer-Souef en 1969
Collection Céline Souef

"Tu ferais mieux d'aller faire la vaisselle"

Les deux matches organisés rencontrent un vif succès. L'équipe ne devait être qu'éphémère, mais l'aventure se poursuit. Les joueuses n'ont aucune envie de raccrocher les crampons. "Pierre Geoffroy nous avait mis l'eau à la bouche. Nous avons voulu continuer !", résume Ghislaine Royer qui était alors gardienne de l'équipe.

En quelques mois, les joueuses de Reims deviennent une référence en France. Elles suivent des entraînements, sillonnent l'Hexagone pour affronter d'autres équipes locales, mais ne reçoivent pas de soutien de la Fédération nationale. Pour certains, le football se conjugue essentiellement au masculin. L'ancienne joueuse se souvient de quelques critiques : "Tu ferais mieux d'aller faire la vaisselle ou de raccommoder les chaussettes". "À 15 ans, cela m'était égal. Peut-être que cela était plus difficile pour les filles qui étaient un peu plus âgées, mais l'essentiel pour nous, c'était de pouvoir jouer au foot."

Deux ans après l'annonce de Pierre Geoffroy, les efforts portent leurs fruits. Le football féminin est reconnu en France en 1970. Les clubs ouvrent enfin leurs portes aux licenciées. Un an plus tard, la sélection nationale voit le jour. Elle est essentiellement composée de membres de l'équipe de Reims. La même année, elle participe à une première coupe du monde non officielle au Mexique. "Cela reste mon plus beau souvenir. Nous avons joué devant plus de 100 000 personnes ! J'en ai encore des frissons", décrit Ghislaine Royer.

L'équipe de Reims pour la saison 1968-1969
Collection Céline Souef

"En 1920, il y avait déjà des filles qui jouaient au football"

Pour autant, ne venez pas lui dire qu'elle est une pionnière. Elle estime n'être qu'un maillon d'une longue chaîne : "En 1920, il y avait déjà des filles qui jouaient au football en France. Un élan stoppé par le gouvernement de Vichy (NDLR : qui avait interdit la pratique du football aux femmes en mars 1941 sous prétexte de "nocivité"). On peut dire que nous avons contribué à son renouveau !", souligne-t-elle avec modestie.

Au bout de cette chaîne se trouvent désormais les joueuses de Corinne Diacre. Invité chaque année par la Fédération française, Ghislaine Royer-Souef a la chance de côtoyer la nouvelle génération de Bleues, même si pour elle, le fossé est énorme entre sa propre carrière et celles de ces footballeuses du XXIe siècle : "Elles ont voulu en faire leur métier. À mon époque, on ne parlait même pas de cela. Nous étions des amatrices éclairées. Elles sont aujourd'hui des professionnelles. C'est très bien qu'elles puissent vivre de leur passion".

L'équipe de France en 1975
Collection Céline Souef

"Elles peuvent aller au bout"

À partir du 7 juin, Ghislaine Royer-Souef vivra au rythme de leurs matches. Elle espère pouvoir assister à chacune de leurs rencontres. Pour l'internationale aux sept sélections, la victoire finale est envisageable. "Je pense sincèrement qu'elles peuvent aller au bout. Il y a une bonne osmose entre les cadres et les nouvelles", estime-t-elle. "Il faut surtout qu'elles aient confiance dans leurs possibilités. Je pense qu'elles pourront le faire".

Si le 7 juillet, elles soulèvent le trophée, une nouvelle période s'ouvrira alors pour le football féminin, selon Ghislaine Royer : "Nous avons déjà franchi un palier supplémentaire au niveau de la médiatisation, mais si elles remportent la compétition, nous aurons enfin obtenu quelque chose. Nous pourrons alors dire que le cap est passé !".

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