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Attractivité : l’Europe mène la danse, la France dépasse l'Allemagne

La France a dépassé pour la première fois en près de 10 ans l'Allemagne au baromètre EY de l'attractivité
La France a dépassé pour la première fois en près de 10 ans l'Allemagne au baromètre EY de l'attractivité iStock

Le baromètre annuel de l’attractivité international a décerné, mardi, la palme à l’Europe de l’Ouest qui attire davantage les investisseurs que la Chine. Et au sein de l’Europe, la France dépasse l’Allemagne pour la première fois en près de dix ans.

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La France dépasse l’Allemagne, et l’Europe fait mieux que la Chine. Le dernier rapport sur l’attractivité internationale du cabinet de conseil EY (anciennement Ernst & Young), publié mardi 4 juin, bouscule l’image d’Épinal d’un Vieux Continent à la traîne du reste du monde sur le plan économique.

L’Europe de l’Ouest est en effet la zone géographique qui attire le plus les investisseurs avec 54 % d’entre eux qui placent cette région sur la plus haute marche du podium, devant l’Europe de l’Est et l’Amérique du Nord. La Chine n’arrive que quatrième dans ce classement, issu d’un sondage réalisé auprès de centaines de chefs d’entreprises et d'investisseurs.

L’Europe : “géant stable”

À l’heure du Brexit et des comparaisons peu flatteuses entre les taux de croissance en Europe et dans d’autres régions, cet engouement des investisseurs peut étonner. “Il ne faut pas oublier que c’est la première région économique mondiale, avec quelques 500 millions de consommateurs, une industrie de pointe importante et une véritable diversité des situations entre des pays très avancés et chers, et d’autres qui sont moins développés mais avec un fort potentiel”, résume Marc Lhermitte, associé EY et auteur du baromètre de l’attractivité pour la France.

Il souligne aussi que si les investisseurs peuvent s’enthousiasmer pour le “dynamisme” de la Silicon Valley aux États-Unis, pour le “potentiel” chinois, ils sont tout aussi friands, voire plus, des “certitudes” en Europe. Le Vieux continent apparaît encore comme un îlot de stabilité dans un océan d’incertitudes, que ce soit celles liées aux ralentissements économiques en Chine ou à l’impasse commerciale sino-américaine. Les investisseurs sont attirés par ce gigantesque ensemble de pays “qui a réussi à organiser une économie régionale où les taux de croissance sont certes moins forts qu’ailleurs, mais restent stables”, explique Marc Lhermitte.

Mais cette cohésion, qui fait la force des européens pour les investisseurs, est mise à rude épreuve. Les incertitudes liées au Brexit et la menace d’un repli sur soi incarné par les populistes qui ont le vent électoral en poupe pourrait égratigner la bonne image de l’Europe.

La France “centre névralgique en matière d’innovation”

Pour l’heure, l’un des grands vainqueurs en Europe cette année est la France, aux yeux des investisseurs. L’Hexagone s’est hissé de la troisième à la deuxième position des territoires les plus attractifs, juste derrière l'innamovible Grande-Bretagne et devant l’Allemagne. C’est la première fois depuis 2010, que Paris devance Berlin dans le traditionnel baromètre de l’attractivité d’EY.

La France est même le pays européen qui a accueilli, en 2018, le plus de projets (investissements, implantations) en matière de recherche et développement et d’industrie ce qui en fait “le centre névralgique en matière d’innovation”, souligne l'analyste français d'EY dans son étude du cas français.

Le président français Emmanuel Macron a donc eu raison de bombarder Twitter de messages se félicitant de la bonne performance française. Mais il n’en est pas le seul responsable. D’abord, l’Allemagne a quelque peu perdu de sa superbe : “aux yeux des investisseurs, l’Allemagne est davantage fragilisée que les autres pays européens par le Brexit et le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis, parce qu’elle est une économie résolument tournée vers les exportations”, note Marc Lhermitte. En outre, l’Allemagne traine un autre boulet pour les chefs d’entreprise : le plein-emploi dans certaines régions… “Si c’est clairement un indicateur que tout le monde en Europe envie à l’Allemagne, il rend aussi plus difficile l’embauche, ce qui peut ralentir des projets d’implantation d’entreprises”, explique l'auteur de l'étude.

Ensuite, la France n’a pas dépassé son voisin outre-Rhin d’un coup de baguette magique "macroniste". Elle grappille des bons points lentement mais sûrement depuis plusieurs années déjà. Après la crise de la dette en Europe, Paris s’est rendu compte que le pays souffrait d’un déficit de compétitivité et d’image. “Par touches successives, réformes et aménagements, la France a remonté cette pente”, souligne Marc Lhermitte. EY note ainsi que l’introduction par l'ex-Président français François Hollande du CICE (crédit d’impôt compétitivité pour l’emploi, qui a beaucoup bénéficié aux start-ups) en 2016 a marqué un tournant pour les investisseurs étrangers.

L’attractivité pour qui ?

Mais, il faut aussi rendre à Macron ce qui appartient à Macron, estime Marc Lhermitte. “Dans un contexte budgétaire difficile, il a reconduit le CICE et mené rapidement des réformes, comme la baisse de l’imposition des entreprises et la réforme du droit du travail qui ont accéléré l’amélioration de l’image de la France auprès des investisseurs”, affirme ce spécialiste. Sa posture de président de la “start-up nation” a aussi contribué à la bonne performance française, d’après le rapport. Il s’agit peut-être surtout d’apparence, mais la France, avec son système politique “est très incarnée, très personnalisée et l’image véhiculée par le président joue auprès des investisseurs”, assure Marc Lhermitte.

Pour autant, il ne faut pas que la France se repose sur ses lauriers, d’après le célèbre cabinet de conseil. “Le chômage reste encore le principal point noir en France, et il faut aussi continuer à réformer la fiscalité pour gagner en compétitivité”, estime ce spécialiste de l'attractivité économique pour qui cela pourrait permettre à Paris de prendre la place de Londres tout en haut du palmarès.

Mais, pour certains économistes, cet objectif n’est pas forcément souhaitable. “La recette proposée par EY ressemble aux réformes menées en Allemagne en 2010 qui ont, certes, permis au pays de croître, mais sont aujourd’hui très critiquées pour avoir fait fortement croître les inégalités et progressé la précarité avec les ‘petits jobs’”, rappelle Pascal de Lima, économiste en chef au cabinet de conseil Harwell Management.

Pour lui, à trop regarder le baromètre de l’attractivité, on en oublie qu’en France aussi, les indicateurs des inégalités progressent. “Il faut que cette attractivité puisse profiter à tous et pas seulement à ceux qui gagnent et qui assistent à VivaTech [salon français de l’innovation, NDLR]”, souligne-t-il. Il ne pense cependant pas qu’il faille bouder ce genre d’indicateurs, mais peut-être chercher à les améliorer en ajoutant d’autres critères, comme le progrès des investissements technologiques dans les territoires oubliés par la “start-up nation” ou les emplois créés par les PME (petites et moyennes entreprises). On verrait alors si la France continuerait à bénéficier de la même bonne image auprès des investisseurs.

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