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Entre France et Italie, des mariages économiques tumultueux

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Paris (AFP)

La rupture spectaculaire des négociations entre Renault et Fiat Chrysler pour former un géant de l'automobile marque un nouvel épisode dans l'histoire parfois tumultueuse des relations entre mondes économiques italiens et français.

Retour sur les récentes crises qui ont animé les mariages ou tentatives de rapprochement entre entreprises issues des deux voisins latins.

Fiat contre le gouvernement français

Dès le retrait de sa proposition de fusion avec Renault dans la nuit de mercredi à jeudi, Fiat Chrysler (FCA) a mis en cause l'Etat français, actionnaire du constructeur à 15%, estimant que les "conditions politiques" n'étaient pas réunies en France pour mener à bien un tel rapprochement.

Dans leur viseur: les conditions et les délais qu'ont voulu imposer le gouvernement français pour étudier cette offre.

L'enjeu d'une telle fusion dépasse le simple cadre économique puisque le projet - s'il avait vu le jour - aurait permis à la famille d'industriels turinois Agnelli de devenir le premier actionnaire du groupe et de peser ainsi deux fois plus lourd que l'Etat français au capital.

La défense de Bercy qui a pris "acte" de ce retrait ne s'est pas faite attendre, le ministre du Budget Gerald Darmanin vantant même une forme de patriotisme économique de la part du gouvernement français.

"Je suis très heureux qu'il y ait une industrie un peu patriotique qui fait attention aux intérêts français", a-t-il déclaré.

Selon le ministre, la porte reste néanmoins ouverte pour une reprise prochaine des négociations.

Bolloré, un "Attila" en Italie

"Il a agi avec la délicatesse et le sang-froid d'un Attila".

Le mot doux signé de Marina Berlusconi, fille du magnat italien des médias vise Vincent Bolloré qui s'est mis à dos la puissante famille milanaise après un raid de Vivendi jugé "hostile" sur leur société Mediaset, en avril 2018.

Vivendi, qualifié de "très mauvais actionnaire" par le gouvernement italien est par ailleurs en conflit avec le fonds américain Elliott pour le contrôle de l'opérateur Telecom Italia.

"L'Italie a toujours eu le complexe d'être le petit frère, qui se plaint de l'arrogance française", explique à l'AFP Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur crédit Euler Hermes.

"Il y a une tradition séculaire de la famille italienne qui tient le capital de son entreprise. Mais face aux banques qui ne prêtent pas, il a fallu chercher des capitaux pour faire des investissements. Et ça s'est produit dans des moments difficiles pour l'Italie, ce qui ajoute du ressentiment", poursuit-il.

Apaisement de façade chez EssilorLuxottica

Fin 2018, la fusion entre le lunettier italien Luxottica et le fabricant de verres français Essilor a non seulement donné naissance à un géant de l'optique mais surtout à un véritable combat de chefs.

Le PDG italien Leonardo del Vecchio et son adjoint français Hubert Sagnières se reprochaient mutuellement de vouloir imposer leur poulain à la tête de ce colosse de 140.000 salariés et 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

En mai, les dirigeants ont finalement trouvé un compromis de gouvernance mais cet apaisement de façade peine à masquer les désaccords toujours vifs, notamment sur le recrutement d'un futur directeur général.

"C'est un exemple de fusion où la gouvernance n'a jamais été clarifiée. Si la personne qui dirige n'est pas clairement désignée, c'est difficile d'avoir une gouvernance stable", explique à l'AFP Carlo Alberto Carnavale Maffe, professeur de stratégie à l'université Bocconi de Milan.

Des relations toujours étroites

La France reste le principal investisseur étranger en Italie, où elle compte plus de 1.900 filiales, tandis que la péninsule, présente avec quelque 1.700 entreprises, est devenue l'an passé le 5e investisseur dans l'Hexagone.

Les deux pays restent des partenaires "incroyablement importants, géographiquement et culturellement très proches", assure Denis Delespaul, président de la Chambre de commerce et d'industrie française en Italie.

Et sur plusieurs dossiers, les réticences initiales ont fini par être surmontées.

Il a par exemple fallu sept ans pour que le numéro un mondial du lait Lactalis prenne le contrôle de Parmalat, après des oppositions répétées de Rome.

D'abord source de malentendus, le rachat des chantiers navals STX par l'italien Fincantieri est aujourd'hui soutenu par les deux gouvernements.

L'intégration de la maison de luxe Gucci au sein du français Kering fait aussi partie des réussites.

Le dossier très politique de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin continue néanmoins de peser sur la relation franco-italienne. Rome voudrait notamment revoir la répartition du financement dont le coût est supporté à 40% par l'UE, 35% par l'Italie et 25% par la France.

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