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Les navires de croisière, grands pollueurs des ports français

L'un des plus grand navire de croisière du monde, le "Harmony of the Seas" à Marseille, le 21 juin 2016.
L'un des plus grand navire de croisière du monde, le "Harmony of the Seas" à Marseille, le 21 juin 2016. Boris Horvat, AFP

L’ONG Transport&Environment a mesuré la quantité d’oxydes de soufre émis par les paquebots de croisière faisant escale dans les ports européens. Cinq ports français, dont Marseille, font partie des cinquante plus pollués par ce composant toxique.

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Le port de Marseille asphyxié par les bateaux de croisière ? Une étude inédite publiée mercredi 5 juin a mesuré l’impact du passage de ces géants des mers dans les ports européens. La cité phocéenne arrive en tête des portsles plus pollués par ces paquebots en France.

D’après le groupement d'ONG européennesTransport&Environment, les paquebots de croisières ont émis, à Marseille, près de 15 tonnes d’oxydes de soufre, l'un des principaux polluants de l'air, rien qu’en 2017. Un taux quatre fois plus élevé que celui de tous les véhicules circulant dans la cité phocéenne.

Sur toute la France, ces bateaux de croisière ont effectué 162 escales en 2017, émettant près de 6 000 tonnes d'oxyde de soufre. Avec ce palmarès, la France arrive en quatrième position des pays dont les ports sont les plus exposés après l’Espagne, l’Italie et la Grèce. Cinq des ports français : Marseille, Le Havre, Nice, Cannes et La Seyne-Sur-Mer font partie des cinquante plus touchés d’Europe.

Selon Charlotte Lepitre, coordinatrice du réseau Santé-Environnement de France Nature Environnement, partenaire de cette étude, l'impact de ces pollutionssur la santé des riverains ne fait aucun doute. "Les émissions d’oxydes de soufre et de dioxyde d’azote [autre gaz polluants émis par ces paquebots] se transforment en particules fines dans l’atmosphère. Or l’impact des particules fines sur la santé a été prouvée par de nombreuses recherches", explique-t-elle à France 24. Une étude publiée en 2015 par l’université allemande de Rostock avait conclu, pour sa part, que les émissions du transport maritime étaient responsables de 60 000 décès prématurés par an en Europe.

La santé des riverains marseillais en question

AtmoSud, l’organisme qui mesure la qualité de l’air à Marseille, joint par France 24, estime que les activités maritimes représentent 40 % des émissions d’oxyde d’azote et 13 % des particules fines émises dans la ville. La tendance est à la hausse avec l’augmentation de l’activité maritime. D’autant que la ville de Marseille vise la place de premier port de croisière méditerranéen avec un objectif de 2 millions de passagers en 2020 contre 1,6 millions pour 2017.

"La phase à quai [lorsque les paquebots restent amarrés au port] est la plus pénalisante pour les riverains", indique Damien Piga, responsable du pôle modélisation. Des échantillons prélevés depuis plusieurs années chez des riverains du port de Marseille sont en cours d’analyse afin de mesurer précisément l’impact sur les populations locales. Les résultats sont attendus très prochainement.

Du carburant sale mais moins cher pour les armateurs

L'origine de cette pollution tient à la mauvaise qualité du carburant consommé par les navires de croisière. "Il s’agit d’une pâte noire issue d’un carburant non raffiné qui coûte moins cher. Ce sont clairement des déchets des raffineries, plus toxiques et plus chargés en soufre", regrette Charlotte Lepitre. "Alors que de nombreuses mesures sont prises pour limiter l’utilisation de diesel sur les routes, la navigation maritime est un secteur polluant qui a été oublié pendant des années. Des alternatives sont pourtant possible", souligne-t-elle.

L’Organisation maritime internationale (OMI) dépendant de l’ONU a délimité depuis 2015 des zones d’émission contrôlées de soufre (SECA), dans lesquelles les navires sont contraints de n’utiliser que du carburant contenant moins de 0,1 % de soufre. L’une d’entre elle couvre la Manche, la mer du Nord jusqu’à la Baltique. Dans cette zone, les navires réduisent leurs émissions grâce à des dispositifs de lavage des fumées ou encore l’utilisation de plusieurs cuves pour basculer sur du carburant moins chargé en soufre.

France Nature Environnement se bat pour que la Méditerranée, où le taux d'oxydes de soufreautorisé est de 3,1 % hors Union européenne et de 1,5 % en Europe, passe en SECA. "La situation devient ridicule. Un bateau de croisière qui part de Boston [en SECA], avec du fuel à 0,1 % passe à du carburant chargé à 1,5% en Méditerranée en changeant de cuve. Une règlementation plus stricte éviterait ce type de comportement", relève Charlotte Lepitre. La situation devrait évoluer à partir du 1er janvier, date à laquelle l’OMI a décidé de faire passer le taux de soufre autorisé sur les mers du monde à 0,5 %.

Des drones pour contrôler la fumée des bateaux

En attendant, le gouvernement françaiscontinue de militer pour limiter davantage encore le taux d’oxyde de soufre dans les carburants des paquebots transportant les touristes dans ses ports. Paris voudrait que ses côtes méditerranéennes passent en SECA. Des études financées par l’État français et l’UE sont en cours pour mesurer les avantages sanitaires sur les populations des rivages impactés si les carburants des paquebots passent la barre des 0,1 % en soufre.

Encore faut-il que les navires concernés respectent les règles. "Et pour cela il faudrait davantage de contrôles", insiste Charlotte Lepitre. "Seul un bateau sur 1 000 est inspecté dans le monde. C’est largement insuffisant". Pour faciliter ces contrôles, la France est en train de tester des drones capables de mesurer les polluants en se plaçant au-dessus des cheminées de paquebots stationnés dans ses ports, notamment à Marseille.

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