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Journée mondiale de l'océan : “Sans pression citoyenne, pas de changement politique”

La biologiste Jennifer Suarez, experte en éco-systèmes marins du Parc national des Galapagos, collecte des déchets près d'un cormorant, en Équateur, le 21 février 2019.
La biologiste Jennifer Suarez, experte en éco-systèmes marins du Parc national des Galapagos, collecte des déchets près d'un cormorant, en Équateur, le 21 février 2019. Rodrigo Buendia, AFP

À l'occasion de la journée mondiale de l'océan, samedi, la question de la préservation des mers et des océans se pose. D'autant plus qu'avec la pollution plastique et leur acidification croissante, les milieux maritimes sont déséquilibrés.

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Ils produisent plus de 50 % de notre oxygène respiré quotidiennement, occupent plus de 70 % de la superficie de la Terre, charrient au moins des centaines de milliers d’espèces vivantes… Mais les mers et océans voient leur équilibre menacé. “L’océan ne va pas bien : on y fait et on en fait n’importe quoi”, estime Isabelle Autissier, présidente de WWF France, contactée par France 24.

Même constat pour André Abreu, directeur des politiques internationales de la Fondation Tara, qui affirme : “Cet écosystème est menacé alors qu’il a un rôle dans la captation du carbone de l’atmosphère, un rôle de régulation du climat, et surtout d’être la base alimentaire qui produit quasiment la moitié des protéines dont les humains ont besoin.”

Objectif “consommation responsable” sans plastique

Le fonctionnement des océans est d’abord perturbé par la pollution maritime, principalement le plastique – 95 % des déchets en haute mer. En 2018, l’ONG Greenpeace a expliqué que “chaque minute, l’équivalent d’un camion poubelle de plastique est déversé dans l’océan”. Et le rapport poursuit : “Nous produisons en moyenne 300 millions de tonnes de plastiques par an et on estime qu’entre 8 et 12 millions de tonnes finissent dans nos océans”.

Et cela s’applique aussi à la mer Méditerranée, qui fait “aujourd’hui partie des mers les plus polluées au monde”, selon un rapport de WWF publié le 8 juin. On y apprend aussi que la France est le premier pays producteur de déchets plastiques du bassin méditerranéen, alors qu’il en est le plus riche. “Il faut diminuer notre consommation de plastique. Nous, citoyens, devons arrêter d’utiliser des objets en plastique, et il faut que les industriels envoient le même signal”, affirme Isabelle Autissier.

Des solutions peuvent juguler ces phénomènes, mais à condition que les différents acteurs de la société agissent.

“Le citoyen a un rôle sur la consommation responsable : on doit réduire nos emballages, acheter en vrac, se passer des sacs plastiques, des pailles, gobelets et couverts en plastique… Tout ça nous pouvons le faire”, explique André Abreu, de la Fondation Tara. Et il ajoute : “Mais ce n’est pas assez. Il faut que la société – notamment l’industrie, les distributeurs – avance aussi de son côté pour réduire le nombre d’éléments plastiques”.

Citoyens, industriels… Et pouvoirs publics doivent selon eux, agir de concert pour réduire la pollution plastique. Le Parlement européen a notamment adopté en mars l’interdiction de plusieurs produits en plastique à usage unique à l’horizon 2021. Le WWF propose de nouvelles mesures pour la France, appelant les décideurs à “s’assurer que tous les producteurs paient une contribution équitable pour la gestion des déchets et intègrent le recyclage dans la conception de leurs produits.” Selon l’ONG, il faudrait aussi, à court terme, “envisager un système de consigne intégré sur tous les emballages [et] inciter les consommateurs à utiliser des emballages réutilisables.”

L’acidification des océans “pourrait tripler” d’ici à la fin du siècle

Les milieux océaniques sont aussi déséquilibrés par leur acidification, c’est-à-dire la baisse de leur pH (potentiel hydrogène) – car les océans absorbent, chaque jour, un quart du dioxyde de carbone (CO2) produit par l’homme. “L’acidité des océans a augmenté de 30 % en 250 ans (baisse de pH de 8,2 à 8,1), soit depuis le début du développement industriel”, expliquaient en 2013 Jean-Paul Gattuso, directeur de recherches au CNRS, et Lina Hansson, chargée de projet à l’IAEA.

Cette acidification pourrait avoir “des conséquences sur les réseaux alimentaires et la biodiversité de certains écosystèmes”. selon les deux spécialistes. Et les projections en la matière ne sont pas optimistes : “Des simulations ont montré que, au rythme des émissions actuelles, l’acidité des eaux de surface de l'océan pourrait tripler d’ici à la fin du siècle”, précisent Jean-Paul Gattuso du CNRS et Lina Hansson de l’IAEA. “Cette absorption du CO2 se produit à une vitesse cent fois plus rapide que ce qui s’est produit naturellement au cours des 300 derniers millions d’années !”

Le réchauffement climatique génère une accumulation de CO2 dans les océans de la planète bleue, et finissent par fragiliser le squelette ou la coquille calcaire de plusieurs organismes marins – comme les coraux, les moules ou les huîtres.

“La seule manière de traiter [ce problème], c’est de réduire les émission de CO2. C’est l’ensemble des politiques nationales et internationales qui vont contribuer à un arrêt de l’augmentation de l’acidification des océans”, explique Robert Vautard, climatologue, contacté par France 24. “La prise de conscience n’est pas assez importante aujourd’hui”, selon lui. “Il est difficile de faire un changement drastique nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré [Celsius]. Cela demande des changements de toute la société et dans les comportements individuels. S’il n’y a pas de pression citoyenne, il n’y aura pas de changement politique.”

La préservation des océans se retrouve sur le devant de la scène cette année, notamment avec les marches pour le climat. Elle devrait aussi être soulignée en septembre prochain par le rapport spécial du groupe d'experts de l'ONU sur le climat consacré aux océans. Selon Lisa Speer, de l'ONG Natural Resources Defense Council, interrogée par l’AFP, ce rapport "devrait être plutôt sombre.

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