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L’ISS, futur "hôtel" pour ultra-riches en quête d'espace ?

La Nasa veut permettre à des touristes de se rendre sur la Station spatiale internationale à partir de 2020.
La Nasa veut permettre à des touristes de se rendre sur la Station spatiale internationale à partir de 2020. Nasa

La Nasa a annoncé, vendredi, que des touristes pourraient se rendre sur la Station spatiale internationale à partir de 2020. Une promesse pour milliardaires visant à satisfaire le président américain Donald Trump qui veut rentabiliser l’espace.

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Le selfie depuis la Station spatiale internationale (ISS), c’est peut-être déjà pour demain. La Nasa a annoncé, vendredi 7 juin, qu’elle ouvrait l’ISS aux touristes et aux activités commerciales à partir de 2020.

Les Space X, Bigelow Space Operation, Axiom Space et autres entreprises privées espérant exploiter le filon du tourisme spatial, pourront envoyer des astronautes privés visiter l’ISS - une station scientifique cogérée par les Américains, les Russes, les Européens, les Japonais et les Canadiens - pour une période maximum de 35 jours, a précisé l’Agence spatiale américaine. Elle a ajouté que pour des raisons d’organisation, il ne pourrait y avoir que deux départs par an.

Trente-cinq mille dollars par nuit

Tout le monde ne pourra de toute façon pas se permettre de profiter du confort aux millions d’étoiles de “l’hôtel” ISS. Le séjour promet de coûter plusieurs millions de dollars, si on se réfère aux tarifs pratiqués par les Russes, qui ont déjà fait visiter l’ISS à sept touristes. L’homme d’affaires américain Denis Tito avait payé 20 millions de dollars pour devenir le premier “touriste de l’espace” en 2001, tandis que Guy Laliberté, le co-fondateur du Cirque du Soleil, avait dépensé 35 millions de dollars pour passer 9 jours sur l’ISS en 2009.

La Nasa a prévu de facturer près de 35 000 dollars la nuit sur place à ces voyagistes d’un genre nouveau, qui répercuteront ce prix sur leurs clients en se ménageant très probablement une confortable marge de profit. Le tarif comprend l’utilisation des systèmes de survie et des toilettes (11 250 dollars par jour) et l’accès à toutes les ressources nécessaires, comme la nourriture, des combinaisons, et les médicaments (22 500 dollars par jour). Le touriste devra, en outre, acheter son billet pour le voyage en navette spatiale.

Une opportunité qui “est réservée aux ultra-riches non seulement à cause du prix, mais aussi parce qu’il faut avoir les moyens de trouver le temps de s’y préparer”, précise Arnaud Saint-Martin, spécialiste des activités et technologies spatiales au Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne, contacté par France 24. Outre la batterie de tests physiques prévus par la Nasa pour qui veut partir dans l’espace, l’astronaute privé doit aussi comprendre le fonctionnement technique de l’ISS, apprendre le Russe, et se familiariser avec les finesses diplomatiques d’un satellite artificiel où coexistent plusieurs nationalités.

Un voyage sur l’ISS n’a, enfin, “physiquement rien à voir avec un séjour dans un hôtel de luxe, les doigts de pied en éventail”, souligne Arnaud Saint-Martin, qui a rencontré plusieurs astronautes ayant fait le périple pour une étude sur l’exploitation commerciale de l’espace. “Le sentiment sur place d’être constamment en apesanteur est terrible, et la rentrée atmosphérique [lorsque la navette retourne dans l’atmosphère terrestre, NDLR] fait subir un choc extrêmement violent au corps”, explique-t-il. 

Plaire à Donald Trump et aux républicains

L’annonce de cette ouverture de l’ISS aux touristes a pu surprendre les observateurs, rappelle le quotidien britannique The Guardian. La Nasa a, en effet, longtemps fait prévaloir les objectifs scientifiques sur l’appât du gain, alors même “que dès avant la mise en service de l’ISS [en novembre 2000, NDLR], des voix aux États-Unis plaidaient en faveur de sa privatisation”, rappelle l’expert français.

Mais les temps ont changé. La Nasa a de plus en plus de mal à défendre la raison d’être de la Station spatiale - qui doit continuer à être exploitée jusqu’à 2030 - car “la plupart des recherches scientifiques y ont déjà été menées et l’essentiel de l’activité de l’équipage consiste en des tâches de maintenance”, explique Arnaud Saint-Martin.

La tâche est d'autant plus délicate lorsqu’il s’agit de convaincre Donald Trump. Le président américain avait menacé de couper les fonds à l’ISS en 2024 (repoussé à 2028), réclamant que la Nasa se concentre sur des objectifs politiquement plus prestigieux, comme une nouvelle mission humaine sur la Lune. L’homme d’affaires devenu président avait même chargé un comité de trouver des solutions afin de gagner plus d’argent grâce à la “marque” Nasa. Cet organisme avait, notamment, proposé d’exploiter l’image des astronautes américains célèbres à des fins de marketing ou alors de permettre que les robots spatiaux arborent des logos de marques, à l’instar des voitures de course.

L’annonce de la Nasa constitue, à ce titre, “une stratégie rhétorique qui permet de montrer que la Nasa est prête à prendre le pli de ce qu’attendent le président Donald Trump et les républicains qui sont pro-business”, résume Arnaud Saint-Martin.

La Nasa s’adapte

Le directeur financier de la Nasa, Jeff DeWitt, a d’ailleurs indiqué que l’argent généré par ce tourisme spatial réduira le coût de l’exploitation de l’ISS et permettra de dégager des fonds pour financer d’autres aventures spatiales… comme le retour d’un astronaute sur la Lune. Une explication qui fait doucement sourire Arnaud Saint-Martin : “Les gains générés par l’envoi de touristes sur la Station spatiale seront anecdotiques par rapport au coût annuel d’exploitation de l’ISS pour la Nasa”. L’agence américaine dépense, en effet, entre 3 et 4 milliards de dollars par an pour maintenir le satellite artificiel en activité.

L’Agence spatiale s’est-elle “trumpisée” au contact du président, promettant monts et merveilles alors qu’elle sait très bien que faire plaisir à quelques milliardaires en quête d’émotions fortes ne va pas permettre de transformer l’ISS, du jour en lendemain, en poules aux étoiles d’or ? “Cette annonce démontre surtout la capacité d’adaptation d’un organisme qui doit se battre, chaque année, pour renouveler son budget”, estime Arnaud Saint-Martin. Cette annonce démontre aussi qu’à l’heure où les Space X d’Elon Musk et les Blue Origin de Jeff Bezos font preuve d’appétits de plus en plus prononcés pour faire des profits dans l’espace, la Nasa compte bien participer au partage du gâteau.

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