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Sergio Moro, le "Monsieur Propre" du Brésil, affaibli par l'affaire Lula

Sergio Moro, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, le 10 juin à Manaus.
Sergio Moro, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, le 10 juin à Manaus. Michael Dantas, AFP

"Monsieur Propre" pour des millions de Brésiliens, Sergio Moro, juge anticorruption devenu ministre de la Justice, est aujourd'hui fragilisé par les révélations dans la presse sur sa partialité dans la condamnation à la prison de l'ex-président Lula.

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Depuis les révélations du site d'investigation The Intercept sur des conversations privées mettant en cause sa partialité, l'ancien juge anticorruption devenu ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, tente de faire bonne figure. Toute la semaine, il a multiplié les sorties aux côtés du président brésilien Jair Bolsonaro : il a été décoré de la médaille de l'ordre de la marine par le chef de l'État lors d'une cérémonie militaire, mardi 11 juin à Brasilia. Le lendemain, lors de la victoire de Flamengo face au CSA Alagoas (0-2) au stade Mané Garrincha, il a reçu, toujours des mains du président, un maillot de foot aux couleurs du club de Rio de Janeiro, sous les ovations du public scandant "Moro ! Moro !"

De toute évidence, Jair Bolsonaro veut montrer un soutien indéfectible à son ministre de la Justice et de la Sécurité publique, le plus populaire de son gouvernement. Sergio Moro est devenu célèbre pour sa croisade contre la corruption avec l'opération "Lavage express", une enquête tentaculaire qui a fait tomber des politiques de tous bords, son plus grand trophée étant d'avoir condamné l'ancien président brésilien, Lula, en juillet 2017. Et par là même entraîné son retrait de la présidentielle 2018, dont il était pourtant favori.

Mais selon les extraits publiés dimanche sur le site d'investigation, Sergio Moro aurait, en sa qualité de juge, orienté l'enquête en suggérant au procureur Deltan Dallagnol d'accélérer le début d'une intervention et en lui soufflant des sources à contacter.

"Pose ta démission Moro"

Depuis, Jair Bolsonaro, habituellement très loquace sur Twitter, prend soin de ne pas s'exprimer sur l'affaire. Il évite également de se confronter aux médias, dont certains appellent le ministre à quitter le gouvernement. "Pose ta démission, Moro", interpelle Elio Gaspari, éditorialiste de renom dans les colonnes du journal de référence Folha de S.Paulo. Rester serait "contraire à la morale et au bon sens", souligne le journaliste.

Le site d'information progressiste Brasil 247 quant à lui enterre politiquement celui qui fut longtemps surnommé le "Monsieur Propre" du Brésil. "Moro est mort. Détruit politiquement. Et cela deviendra plus clair dans les prochains jours", écrit Renato Rovai.

Son départ serait prématuré, assurent pourtant les observateurs, à l'instar de Hervé Thery, directeur de recherches au CNRS-Creda et professeur invité à l'université de São Paulo. L'histoire le prouve : le ministre du Tourisme, Marcelo Álvaro Antônio, embourbé dans un scandale de corruption depuis plusieurs semaines est, lui, toujours en poste.

"Moro, un juge partial qui voulait la peau de Lula"

En revanche, "cela met un coup d'arrêt à sa nomination à la Cour suprême", estime Armelle Enders, historienne du Brésil contemporain et professeure à l'université Paris 8. La nomination promise par Jair Bolsonaro d'ici à l'année prochaine ne serait, selon elle, "pas validée par le Sénat".

Cette affaire "a fragilisé Sergio Moro", affirment les spécialistes du Brésil. "La publication de ces échanges ne fait que confirmer ce que les avocats de Lula affirmaient depuis le début : Moro est un juge partial qui voulait la peau de Lula", ajoute Armelle Enders. Les messages publiés mettent au jour la vive opposition de plusieurs procureurs à l'encontre du Parti des travailleurs, la formation de Lula, et leur détermination à empêcher le retour de son champion, lors de la dernière élection présidentielle.

Les Brésiliens divisés

Ce nouveau scandale a aussi exacerbé la polarisation au sein d'une population brésilienne déjà fortement divisée au moment de la présidentielle de 2018. "Si les détracteurs du juge Moro sont confortés dans leurs positions, ses adorateurs restent, eux, impassibles", commente l'historienne Armelle Enders.

Décrit par ses pairs comme un magistrat compétent et déterminé, le juge a aussi été critiqué pour son recours récurrent à la détention provisoire et aux accords avec des inculpés pour obtenir leurs confessions. "C'est aussi un ministre peu soucieux du droit qui offre l'impunité aux forces de l'ordre qui commentent des homicides", ajoute la spécialiste du Brésil.

Son ambition qui l'a poussé a accepter le poste de ministre début 2019 avait déjà altéré sa popularité. "En devenant ministre, le juge anticorruption s'est mis en porte-à-faux", précise le chercheur Hervé Thery.

"Rien d'important dans ces messages"

En début de semaine, le magistrat n'a pas démenti le fond des accusations mais a plutôt cherché à les minimiser. "Je n'ai rien vu d'important dans ces messages, s'est-il défendu lundi. Les juges parlent aux procureurs, les juges parlent aux avocats, les juges parlent à la police. C'est normal." Le ministre a en revanche attaqué le site d'investigation pour avoir révélé des contenus privés. "Ce qui s'est passé, est une violation criminelle de téléphones portables appartenant à des procureurs. Il s'agit selon moi d'un incident très sérieux", a-t-il ajouté.

Pour l'heure, le ministre Sergio Moro se veut combatif. Mais le cofondateur de The Intercept, le journaliste Glenn Greenwald, a prévenu : d'autres documents accablants seront bientôt publiés.

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