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La vie reprend à Khartoum, les États-Unis nomment un émissaire spécial au Soudan

Des habitants de Khartoum font la queue pour retirer des espèces, le 12 juin 2019, alors que la vie reprend son cours dans la capitale soudanaise après trois jours de paralysie.
Des habitants de Khartoum font la queue pour retirer des espèces, le 12 juin 2019, alors que la vie reprend son cours dans la capitale soudanaise après trois jours de paralysie. AFP

Washington a annoncé la nomination mercredi d’un émissaire spécial pour la crise au Soudan, alors que les négociations entre militaires et opposants pourraient reprendre. À Khartoum, la vie semble reprendre son cours après trois jours de paralysie.

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Le département d’État des États-Unis a nommé mercredi 12 juin un émissaire spécial pour la crise au Soudan, Donald Booth, après la rupture des négociations entre les militaires et les opposants. Après trois jours de paralysie de la capitale dans le cadre d’une campagne de désobéissance civile, les deux camps auraient accepté de retourner à la table de négociations, selon un représentant de la médiation éthiopienne. Aucune date n’a été évoquée.

Après le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui s'est rendu dans la capitale soudanaise le 7 juin, c'est au tour des États-Unis de tenter d'œuvrer à une médiation afin de trouver "une solution politique et pacifique".

À cette fin, le département d'État a annoncé la nomination d'un émissaire spécial pour la crise au Soudan, l'ex-diplomate Donald Booth, qui est arrivé mercredi à Khartoum avec le secrétaire d'État américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy.

Les deux responsables américains doivent avoir plusieurs réunions avec les généraux au pouvoir, dont le chef du Conseil militaire de transition, Abdel Fattah al-Burhane, ainsi qu'avec les leaders du mouvement de contestation.

Ils doivent ensuite se rendre à Addis Abeba pour discuter de la crise soudanaise avec les responsables éthiopiens et ceux de l'Union africaine, qui a suspendu le 6 juin la participation du Soudan à ses activités jusqu'à la mise en place d'une autorité civile de transition.

L’opposition exige des "garanties régionales et internationales"

Malgré l’annonce d’une possible reprise des négociations, Madani Abbas, responsable de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), le fer de lance du mouvement de protestation déclenché en décembre 2018, a déclaré à des journalistes que "tout accord (obtenu avec les généraux) devrait être accompagné de garanties régionales et internationales pour sa mise en œuvre".

Les pourparlers entre les deux camps avaient été suspendus le 20 mai, chaque partie voulant diriger la future instance censée mener la transition pendant trois ans.

Une campagne de désobéissance civile avait été lancée dimanche pour maintenir la pression sur les généraux au pouvoir, après le net durcissement de la répression avec la dispersion sanglante le 3 juin d'un sit-in qui se déroulait depuis le 6 avril devant le QG de l'armée.

"On a la sensation que la vie va reprendre son cours et que les négociations se passeront bien après la suspension de la désobéissance civile", opine Hassan, professeur dans la capitale.

À Khartoum, magasins et restaurants ont commencé à rouvrir mercredi après la décision des contestataires de mettre fin au mouvement de désobéissance civile lancé après la répression meurtrière, afin de donner une chance à une reprise de pourparlers avec les généraux.

Beaucoup d'habitants semblent toutefois préférer rester chez eux en raison du déploiement toujours massif des forces de sécurité, lourdement armées.

Patrouilles et mitrailleuses

Mardi 13 juin au soir, le Conseil de sécurité de l'ONU a fermement condamné les violences contre les civils. Il a souligné l'importance du respect des droits humains et appelé à la reprise du dialogue.

Selon un comité de médecins proche des contestataires, plus de cent personnes ont été tuées depuis le durcissement de la répression qui a aussi fait plus de 500 blessés, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre des morts, dont 49 à la suite de "tirs à balles réelles" à Khartoum.

Mercredi matin, des bus circulaient dans la capitale et de magasins avaient levé leurs rideaux de fer, selon un correspondant de l’AFP. À l’image d’Hussein, qui tient un magasin de sacs dans la capitale : "Nous saluons la reprise des négociations entre le conseil militaire de transition et les Forces pour la liberté et le changement, ainsi que la suspension de la désobéissance civile. On peut reprendre une vie normale et les marchands comme moi peuvent continuer à vendre."

Plus tard dans la journée, plusieurs restaurants ont rouvert et des vendeurs de rue ont repris leurs activités. Des bennes à ordures ont circulé dans les rues et des centaines de Soudanais ont aussi fait la queue devant les distributeurs automatiques de billets, et ce des heures durant, pour retirer des espèces auprès d'institutions bancaires partiellement renflouées.

Le principal marché de l'or de la capitale est toutefois resté fermé et les passants étaient peu nombreux.

Des véhicules équipés de mitrailleuses des Forces de soutien rapide (RSF) – paramilitaires accusés d'être à l'origine de la dispersion du sit-in et de la répression qui a suivi – patrouillent dans divers quartiers.

Médiations

Né en décembre d'une colère contre le triplement du prix du pain dans un pays en plein marasme économique, le mouvement de contestation a rapidement pris une tournure politique. Après le renversement par l'armée du président Omar el-Béchir le 11 avril, les manifestants avaient refusé de lever le camp, exigeant un transfert du pouvoir aux civils.

L'annonce de la reprise des négociations intervient après que les meneurs de la contestation avaient annoncé lundi qu'ils comptaient rendre publique la composition de leur propre instance dirigeante.

Outre les États-Unis et les pays africains voisins, plusieurs États arabes suivent de près la situation au Soudan.

"La détente au Soudan invite à l'optimisme quant à un accord sur une période de transition fondée sur un partenariat réel et solide" entre les parties, a déclaré mercredi Anwar Gargash, le numéro deux de la diplomatie des Émirats arabes unis.

Selon des experts, les Émirats, l'Égypte et l'Arabie saoudite semblent soutenir les généraux tandis que Washington plaide pour une transition menée par les civils.

Avec AFP

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