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"Parler", le concurrent de Twitter qui séduit l'extrême droite américaine et les Saoudiens

L'Arabie saoudite est le premier marché de Twitter au Moyen-Orient, avec 11,7 millions d'utilisateurs.
L'Arabie saoudite est le premier marché de Twitter au Moyen-Orient, avec 11,7 millions d'utilisateurs. Fayez Nureldine, AFP

En quelques jours, environ 200 000 internautes, essentiellement des Saoudiens, ont rejoint "Parler", un réseau social concurrent à Twitter, connu jusqu'à présent pour être surtout peuplé d'extrémistes américains pro-Trump… et antimusulmans.

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C'est de notoriété publique : le président américain Donald Trump s'entend bien avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS). Mais les fans du premier vont-il accueillir à bras ouvert les dizaines de milliers de Saoudiens qui semblent avoir décidé de rejoindre l'un des havres numériques des pro-Trump sur Internet ?

"Parler", un réseau social concurrent à Twitter très prisé par l'alt-right [néo-extrême droite américaine], a connu un afflux de 200 000 nouveaux membres ces derniers jours, principalement des Saoudiens, a constaté, jeudi 13 juin, Citizen Lab, un laboratoire de recherche spécialisé dans le numérique et les droits de l'Homme de l'université de Toronto. Avec l'agence de presse Reuters, ce centre de recherche a analysé près de 30 000 messages postés sur Twitter avec le hashtag #Parler, observant que plus de la moitié était écrit en arabe et émanait majoritairement d'Arabie saoudite.

Twitter, l'ennemi commun

Les responsables de Parler, qui ne comptait en mai qu'une centaine de milliers de membres, ont d'ailleurs reconnu l'arrivée massive de ces nouveaux utilisateurs dans un communiqué, publié lundi 10 juin, souhaitant la bienvenue aux membres "du mouvement nationaliste [sic] du royaume d'Arabie saoudite [...] qui partagent nos valeurs de liberté d'expression".

L'engouement soudain des Saoudiens pour Parler peut surprendre, tant les habitués de ce réseau social ont tendance à utiliser leur liberté d'expression pour exprimer leur islamophobie. Aucun fait divers impliquant un musulman ne semble leur échapper, et l'élue du Congrès Ilhan Omar, de confession musulmane, est l'une de leurs cibles favorites. Il en va de même pour la chancelière allemande Angela Merkel, à qui les membres de Parler ne pardonnent pas d'avoir mené une politique d'accueil généreuse des migrants… soupçonnés d'être tous des terroristes islamistes en puissance.

Mais les deux communautés partagent un ennemi commun : les réseaux sociaux traditionnels, accusés de les censurer. Sur Twitter, une partie des Saoudiens utilisaient le hashtag #twexit pour justifier leur décision de rejoindre Parler. L'une des premières Saoudiennes à avoir franchi le pas, qui utilise le pseudo @NadiaBintFahad sur Twitter, a expliqué à Reuters qu'elle voulait "infliger une leçon" au célèbre site de microblogging. "Dernièrement, Twitter a banni un grand nombre de comptes saoudiens sans raison apparente. #Twexit !", a affirmé pour sa part @AbdurhmanSultan, un autre utilisateur saoudien de Twitter.

Une posture victimaire qui ne semble reposer sur aucune réalité tangible. En octobre 2018, Twitter avait certes suspendu des centaines de comptes pro-saoudiens, mais il s'agissait essentiellement de "bots" (des comptes automatisés) qui inondaient le réseau de messages favorables à MBS après le scandale du meurtre du journaliste Jamal Kashoggi.

Maga ou racisme ?

Ces "twexiteurs" saoudiens n'avaient, de toute façon, pas l'embarras du choix pour trouver un "refuge" numérique. Le principal concurrent à Parler, Gab, s'est construit, depuis sa création en 2016, une réputation encore plus sulfureuse de nid à nazillons. Robert Bowers, l'auteur de la tuerie dans la synagogue de Pittsburgh en octobre 2018, y déversait sa haine antisémite et y avait même annoncé son passage à l'acte.

Parler a, pour l'instant, réussi à éviter de telles polémiques. Fondée en août 2018 par l'homme d'affaires libertarien John Matze, cette plateforme est devenue un réseau social pour les pro-Trump par accident et opportunisme. À l'origine, le site visait plutôt à séduire les petites entreprises désireuses de communiquer avec leurs clients, sans avoir à payer à Twitter ou Facebook le droit de faire de la pub.

Mais après l'exclusion de Twitter pour propos haineux de plusieurs figures de la nébuleuse alt-right américaine –tels que le complotiste pro-Trump Alex Jones, l'activiste Laura Loomer qui s'en est prise à Ilhan Omar, ou encore Gavin McIness, le fondateur du groupe néo-fasciste Proud Boys –, l'absence de règles de modération de Parler a séduit cette frange extrémiste. Des personnalités ultra-conservatrices comme Candace Owen, l'une des étoiles montantes de la droite dure américaine qui capitalise sur son appartenance à la communauté afro-américaine, ou Dana Loesh, la très virulente porte-parole de la NRA (le lobby des armes à feu), en ont fait la promotion. Ce réseau social a même séduit Brad Parscale, le responsable de la campagne numérique Donald Trump en 2016, et Katrina Pierson, une consultante en communication qui a aussi travaillé pour le président américain.

"Wow, toute la communauté twitter saoudienne rejoint Parler en même temps. Le #twexit a commencé ?"
"Wow, toute la communauté twitter saoudienne rejoint Parler en même temps. Le #twexit a commencé ?"

Le soutien à Donald Trump semble d'ailleurs être l'autre point commun entre les Saoudiens ayant rejoint Parler et le reste de la communauté. Plusieurs internautes de la monarchie wahhabite avaient fait leurs adieux sur Twitter en postant des images mettant côte à côte les drapeaux saoudien et américain, accompagnés du célèbre slogan trumpien "Maga" (Make america great again), a constaté Reuters.

L'afflux de ces nouveaux adhérents a d'ailleurs été plutôt bien accueilli par une partie de la communauté Parler. Jack Posobiec, un agitateur pro-Trump très versé dans les théories du complot, s'est réjoui "que tous ces Saoudiens [aient] rejoint Parler d'un coup". Mais d'autres n'ont pas tardé à faire l'amalgame entre islam et terrorisme, pressant ces petits nouveaux "qui ne parlent même pas anglais" de retourner d'où ils sont venus.

Reste à savoir lequel des sentiments – le soutien à Donald Trump ou le racisme – va se montrer le plus fort.

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