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Reporters

Ghana : avec les forçats des déchets électroniques

Capture d'écran France 24

Au Ghana, la décharge d'Agbogbloshie, située dans la banlieue d’Accra, est tristement célèbre. Ce dépotoir géant, où sont déversés ordinateurs, télévisions ou autre matériel informatique en provenance des pays développés, est souvent présenté comme "la poubelle électronique de l'Europe". Alors que le Ghana voit son environnement se dégrader et les maladies se développer, nos reporters Thaïs Brouck et Antoine Galindo ont tenté de comprendre comment et pourquoi un tel lieu peut encore exister.

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Le site d'Agbogbloshie n’est situé qu’à une quinzaine de minutes en voiture du centre-ville d’Accra, la capitale du Ghana. Agbogbloshie, c’est d’abord une odeur. Celle des oignons. Des montagnes d’oignons. Le marché d’Agbobloshie, l’un des plus grands du pays, est en effet la principale voie d’accès vers la décharge. Mais les effluves d’oignons sont rapidement remplacés par une odeur différente. Difficile à identifier, puis évidente : celle du plastique brûlé. À l’horizon, des fumées noires s’élèvent, comme un incendie localisé. Cette décharge de déchets électroniques se résume aussi à un bruit, celui des marteaux frappant le métal. Un tac-tac perpétuel, à 360 degrés.

>> À voir, Tech 24 : "Déchets électroniques, quelle solution à la pollution hi-tech ?"

Tous les matins, le père Subash marche une vingtaine de minutes pour se rendre au dispensaire qu'il a créé, au cœur du bidonville d'Agbogbloshie. Ce prêtre indien vit dans la capitale ghanéenne depuis une dizaine d'années. Il connaît le dédale de ses ruelles comme sa poche. Les riverains le saluent, lui demandent conseil. Le père Subash est en contact permanent avec les travailleurs de la décharge et tente de les sensibiliser aux risques qu'ils encourent. C'est par son intermédiaire que nous avons pu rencontrer les différents chefs communautaires, ainsi qu'Awal et les autres "burner boys", les brûleurs de plastique.

Réglée comme une horloge suisse

Du matin au soir, Awal, torse nu, un bâton à la main, secoue des sacs de câbles en feu. Il brûle les gaines de plastique pour récupérer le cuivre et l'aluminium. Sans masque, ni protection. Au-dessus d'Awal et de son groupe de collègues, une épaisse fumée noire s'élève.

À proximité, vivent et travaillent une centaine de milliers de personnes. Le marché aux légumes voisin alimente toute la capitale. Tous respirent cet air souillé et consomment les produits contaminés. Les habitants d'Agbogbloshie meurent à petit feu. "Je n’ai pas envie que mon fils aille travailler là-bas", nous confie Awal, son garçon de huit mois dans les bras. Pourtant, le jeune homme n'a pas d'autre alternative. La vingtaine de cedis, la monnaie locale, qu'il gagne par jour lui suffit à peine pour vivre.

Malgré le chaos apparent, la décharge d'Agbogbloshie est réglée comme une horloge suisse. Chaque atelier a son fonctionnement propre, avec son chef et ses règles. Grâce à Awal, nous avons pu rencontrer ces travailleurs. Ces échanges nous ont permis de comprendre pourquoi il est si difficile pour les autorités d'imposer un changement radical : la chaîne informelle de désassemblage des déchets électroniques fonctionne à merveille. Trop de gens en dépendent et en vivent. Avec ses partenaires, le gouvernement ne peut que s'employer à informer, former et sensibiliser. Un travail de fond, qui prend du temps. Un temps dont ne disposent malheureusement pas les travailleurs d'Agbogbloshie.

Trafic

L'autre volet sur lequel les autorités peuvent agir est la lutte contre les trafiquants. Nous nous sommes donc rendus à Tema, à une quarantaine de kilomètres d'Accra. Tema est le principal port de marchandises du pays. Environ 2 700 containers sont déchargés chaque jour sur ses quais. Les lois sont claires : il est interdit d'importer des déchets électroniques sur le sol ghanéen. Mais il n'est pas toujours évident, pour les douaniers, de faire appliquer la loi... Faute de temps, et de moyens.

>> Entretien : "C'est à l'Afrique d'améliorer les conditions de vie", estime le président ghanéen

Du côté de l'Union européenne, qui est le plus gros exportateur de déchets électroniques illégaux vers le Ghana, les textes sont clairs également : depuis 1989, la Convention de Bâle interdit d'exporter les déchets électroniques vers des pays tiers. L'exportation vers le Ghana est donc théoriquement illégale. Mais dans les pays développés, le recyclage reste un procédé coûteux et il est souvent plus rentable d’exporter ces déchets électroniques que de les traiter sur place...

Alors, à qui la faute? Comme vous allez le voir dans ce reportage, la réponse n'est pas simple et la responsabilité partagée.

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