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Au Bénin, plusieurs morts dans des affrontements entre armée et opposants

Une famille fuit la ville de Savè, après les affrontements meurtriers entre civils et forces de l'ordre, dans le centre du Bénin, le 15 juin 2019.
Une famille fuit la ville de Savè, après les affrontements meurtriers entre civils et forces de l'ordre, dans le centre du Bénin, le 15 juin 2019. Yanick Folly, AFP

Des affrontements, sur fond de rivalité entre l'actuel président, Patrice Talon, et son prédécesseur Thomas Boni Yayi, ont fait au moins deux morts dans le centre du pays. Une cinquantaine de policiers ont également été blessés.

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Le centre du Bénin est en plein effroi depuis cinq jours. Plusieurs civils ont été tués par balles et une cinquantaine de policiers blessés, dans des affrontements liés à la rivalité entre l'actuel président, Patrice Talon, et son prédécesseur Thomas Boni Yayi.

Dans la ville de Savè, ce sont au moins deux personnes qui ont été tuées, alors que les forces de sécurité tentaient de déloger les opposants. D'autres morts sont à craindre à Tchaourou, commune d'origine de l'ancien chef de l'État, Boni Yayi, située plus au nord.

C'est d'ailleurs à Tchaourou que les violences ont éclaté, mardi 12 juin, après l'arrestation de deux pesonnes, accusées de violences électorales lors des élections législatives du 28 avril.

Se soulevant contre ce qu'elles qualifiaient "d'arrestations arbitraires", les populations ont bloqué la route nationale, artère économique de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.

Le ministre de l'Intérieur, Sacca Lafia, a déclaré, samedi soir lors d'une conférence de presse, "les agents des forces de l'ordre et de sécurité ont été dans la nuit de vendredi à samedi la cible de tirs nourris auxquels ils ont riposté dans les localités de Tchaourou et de Savè, tuant ainsi les assaillants".

"À ce jour, on dénombre une cinquantaine de blessés parmi les forces de défense et de sécurité, dont 10 graves", a-t-il poursuivi.

Au moins deux morts

À Tchaourou, les rares habitants qui n'ont pas fui vers les campagnes ont fait état de "plusieurs morts par balles" et de blessés graves, sans pouvoir donner de bilan précis.

Située à une centaine de kilomètres plus au sud, Savè est devenue, elle aussi, le théâtre de violences, jeudi, lorsque les populations ont voulu empêcher le passage d'un contingent de la police se dirigeant vers Tchaourou.

La journée la plus tendue a été celle de vendredi, suivie par un samedi matin meurtrier. Il y a alors eu "de nouveaux échanges de tirs entre policiers et individus masqués", a affirmé le maire de Savè, Timothée Biaou, précisant : "Sept civils ont été reçus à l'hôpital et il y a aussi eu deux morts."

"Samedi matin, il y a eu deux morts", raconte un témoin de la scène, avant de poursuivre, "le premier vers 10 h, c'était un taxi-moto, et le deuxième, c'était un adolescent qui était allé faire une course".

Sous couvert d'anonymat, cette même source explique que la route a été bloquée, "mais c'est la panique totale. Beaucoup de gens ont fui, les autres restent chez eux".

Bastion de l'ancien président

Les rues de Savè, commune moyenne, étaient désertes samedi. Le marché est vide, les boutiques et commerces fermés. La route, elle, a finalement été rouverte samedi en fin de journée.

Peu avant midi, dans la journée samedi, le calme restait très précaire et le dispositif militaire dans la ville a été renforcé par une dizaine de véhicules blindés de l'armée, trois chars et des dizaines d'hommes armés.

La région est un bastion de l'ancien président Boni Yayi. Le domicile de ce dernier, situé à Cotonou, est toujours encerclé par les forces de l'ordre depuis les manifestations post-électorales des 1er et 2 mai.

Au lendemain des législatives, que celui-ci avait qualifiées de "coup d'État électoral", des centaines de ses partisans étaient descendus dans les rues de Cotonou, craignant qu'il ne se fasse arrêter.

"Assassinat politique"

Ceux-ci avaient été délogés à coups de balles réelles et Boni Yayi a lui été "séquestré" dans sa résidence, où il se trouve toujours, ont dénoncé ses avocats. "Nous assistons aujourd'hui à un plan pensé, conçu et qui est en train d'être mis à exécution et qui vise l'assassinat politique de Yayi", a notamment déclaré Me Renaud Agbodjo.

Boni Yayi, qui a dirigé le Bénin entre 2006 et 2016, et l'actuel président Patrice Talon sont des ennemis de longue date, et ce dernier, dans l'opposition avant d'arriver au pouvoir en avril 2016, avait d'ailleurs été forcé à l'exil par son prédécesseur.

Au début du mois de mai, la répression des manifestations par l'armée avait déjà fait au moins quatre morts par balles et de nombreux blessés à travers le pays, selon Amnesty International.

Le tournant autoritaire du président Patrice Talon a été dénoncé par les ONG de défense des droits humains, alors que le Bénin a longtemps été considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l'Ouest.

Avec AFP

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