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Hong Kong : après une nouvelle manifestation massive, la cheffe de l'exécutif présente des excuses

La manifestation à Hong Kong, dimanche 16 juin, visait à maintenir la pression sur le gouvernement de Carrie Lam.
La manifestation à Hong Kong, dimanche 16 juin, visait à maintenir la pression sur le gouvernement de Carrie Lam. Hector Retamal, AFP

Plusieurs centaines de milliers de manifestants se sont rassemblés dans les rues de Hong Kong, dimanche, pour maintenir la pression sur le gouvernement malgré la suspension du projet de loi sur l'extradition vers la Chine, la veille.

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Malgré l’annonce de la suspension du projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine, une nouvelle immense manifestation était attendue dimanche 16 juin à Hong Kong, théâtre depuis une semaine d'une vague inédite de colère et de violences.

Les organisateurs de la manifestation, qui entendent maintenir la pression sur la cheffe de l'exécutif pro-Pékin de Hong Kong, Carrie Lam, ont annoncé deux millions de manifestants dans les rues dimanche, soit près du double du nombre de manifestants revendiqué dimanche dernier.

Cette estimation n'a pas pu être vérifiée de source indépendante. La police a de son côté évoqué le chiffre de 338 000 manifestants au plus fort de la manifestation.

"Retirez la loi maléfique !"

C'est une marée humaine, formée par des centaines de milliers de protestataires vêtus de noir, qui a deferlé dans les rues de l'ancienne colonie britannique, aujourd'hui territoire chinois autonome. "Nous voulons le retrait de la loi [sur l'extradition]", réclamaient ces manifestants, qui ont contraint le gouvernement de Hong Kong à reculer sur le texte, jugé dangereux pour les droits de l'Homme, et demandent aussi la démission de Carrie Lam.

À la demande de la rue, qui exigeait également des excuses pour la répression plus que musclée des manifestations par la police ces derniers jours, cette dernière a présenté ses excuses, dimanche 16 juin, pour avoir causé "conflit et querelles".

L'analyse de notre correspondante à Hong Kong

Mais les craintes et la colère des manifestants ne sont toujours pas apaisées.

"Retirez la loi maléfique !", scandaient-ils encore, alors que plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés pour participer au défilé qui part d'un parc de l'île de Hong Kong pour gagner le Conseil législatif (LegCo, Parlement), au cœur de la ville. Il s'agit du même parcours que celui emprunté par une manifestation record organisée il y a une semaine et qui a réuni selon les organisateurs 1 million de personnes, sur 7 millions d'habitants. "Police de Hong Kong, tu dois nous protéger, pas nous tirer dessus", pouvait-on lire sur une banderole.

Jimmy Sham, du Civil Human Rights Front, a comparé le projet de loi à un "couteau" s'étant abattu sur Hong Kong. "Il a presque atteint notre cœur. Maintenant, le gouvernement dit qu'il ne l'enfoncera pas davantage, mais il refuse aussi de le ressortir", a-t-il déclaré devant des journalistes.

L'analyse de Valérie Niquet, responsable de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique

Mercredi, Hong Kong avait connu les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Une nouvelle manifestation rassemblant des dizaines de milliers de personnes avait été dispersée par la police à l'aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

La police a justifié la vigueur de son action par les actes de violence perpétrés par certains manifestants. Mais l'opposition l'accuse de prendre prétexte des violences d'une infime minorité pour se déchaîner sur l'ensemble des protestataires, en grande majorité pacifiques.

Déclenché par le projet de loi sur les extraditions, le mouvement de protestation exprime aussi un ressentiment beaucoup plus large de la population de Hong Kong contre Carrie Lam et contre Pékin, accusés de rogner depuis des années les libertés dont jouit l'ancien territoire britannique, estiment les analystes.

"Continuer sur cette lancée"

"Les groupes pro-démocratie ne vont pas s'arrêter là. Ils veulent profiter de la dynamique contre Carrie Lam", a expliqué à l'AFP l'analyste politique Willy Lam. "Ils vont maintenir la pression et continuer sur cette lancée."

Nommée à la tête de l'exécutif par une commission largement composée de loyalistes pro-Pékin, Carrie Lam a affirmé que cette loi sur les extraditions était nécessaire pour empêcher la place financière asiatique de devenir un refuge pour criminels, tout en admettant que son administration avait sous-estimé l'opposition populaire.

Selon ses détracteurs, ce projet placerait la population à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d'affaires craignent eux que la réforme ne nuise à l'image internationale et l'attractivité du centre financier.

"Il y a des pro-Chinois, mais on voit aussi qu’il y également beaucoup de gens qui veulent conserver à Hong Kong son identité particulière qui est théoriquement garantie jusqu’en 2049", explique Valérie Niquet, maître de recherches à la Fondation pour la recherche stratégique. "Hong Kong est censée jouir d’une autonomie, c’est une zone économique spéciale où les libertés sont bien plus importantes qu’en Chine même, et c’est cette question du statut particulier de Hong Kong qui est remis en cause particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping qui a accentué les pressions sur Hong Kong pour y reprendre le contrôle".

L'opposition au projet de loi réunit notamment avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d'industrie, chambres de commerce, journalistes, militants et diplomates occidentaux.

En vertu du principe "un pays, deux systèmes", l'ancienne colonie britannique continue à jouir de libertés inconnues dans le pays vingt-deux ans après son retour dans le giron chinois.

Selon Valérie Niquet, cette stratégie de "un pays deux systèmes", censée garantir l’autonomie de Hong Kong et permettre l’intégration de Hong Kong à la Chine de manière harmonieuse, "on voit aujourd’hui qu’elle ne fonctionne pas à Hong Kong […] car Pékin tente, avant même les échéances, de reprendre un contrôle politique beaucoup plus important sur Hong Kong."

Ces dernières années, en effet, la disparition de plusieurs libraires et d'un milliardaire chinois critiques envers Pékin ont semé le trouble. Ils sont ensuite réapparus en Chine, où ils ont été visés par des poursuites judiciaires.

La suspension, mais non le retrait, du projet de loi est une rare concession de la part du gouvernement de Hong Kong.

L'éclairage de notre correspondant à Pékin, Zhifan Liu

Pékin de son côté a réagi de façon ambiguë : "Nous soutenons, respectons et comprenons cette décision", a déclaré un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant de la nécessité de "restaurer le calme au plus vite" dans le territoire.

Mais dans un communiqué séparé, l'agence chinoise chargée des relations avec Hong Kong a redit que la loi sur l'extradition était "nécessaire et justifiée". Pékin continue à la soutenir, tout en étant "très attentif" à l'opposition à cette loi.

Les médias d'État ont quant à eux gardé le silence sur le mouvement de protestation. Lundi 17 juin au matin, l'agence officielle Chine Nouvelle a diffusé une information de quatre paragraphes indiquant que la suspension du projet de loi "eu égard aux opinions fortes et différentes dans la société". En revanche, aucune mention n'a été faite de la mobilisation.

Selon l'agence chinoise, Carrie Lam a présenté ses excuses après que des "déficiences" dans le travail du gouvernement ont "causé des controverses". Toute référence à la manifestation a été expurgée de l'Internet.

Avec AFP

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