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#BlueForSudan : l’histoire derrière le hashtag de solidarité envers les manifestants soudanais

Des manifestants chantent des slogans contre le régime devant le quartier général de l'armée, à Khartoum, le 3 juin 2019.
Des manifestants chantent des slogans contre le régime devant le quartier général de l'armée, à Khartoum, le 3 juin 2019. Ebrahim Hamid, AFP

De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont utilisé ces derniers jours le hashtag #BlueForSudan. Ce mouvement de solidarité avec les manifestants soudanais a été lancé par les amis d’un jeune homme tué début juin par les forces de l’ordre.

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Le Soudan s’est couvert d’un voile bleu sur les réseaux sociaux. Depuis plusieurs jours, de nombreux comptes d’utilisateurs de Twitter, Facebook et instagram, au Soudan et à l’étranger, affichent des photos de profil bleues et reprennent le hashtag #BlueForSudan [Du bleu pour le Soudan]. Ce mouvement a été lancé par les amis de Mohammed Mattar, jeune Soudanais de 26 ans tué début juin par les forces de l’ordre lors d’une manifestation à Khartoum.

Ce jeune ingénieur vivait à Londres, mais avait choisi de rentrer à Khartoum pour participer aux manifestations organisées pour réclamer la chute du régime d’Omar el-Béchir et l’instauration d’un gouvernement civil. Il a été tué le 3 juin, au cours de la violente dispersion du sit-in installé devant le quartier général de l’armée.

Après sa mort, ses amis ont modifié leurs photos de profils pour y afficher du bleu, la couleur préférée de leur ami.

"Nous avons changé nos photos de profil uniquement pour nous souvenir de lui. Nous n’avions jamais envisagé que cela devienne un hashtag, ni un phénomène mondial", a expliqué Safwa Mohammad, une amie du jeune homme, interrogée par la BBC.

Repris dans le monde entier, #BlueForSudan a également été relayé par des stars de la musique, du cinéma ou de la mode. Rihanna l’a affiché dans un message posté sur son compte instagram, mais aussi Naomi Campbell ou encore l’acteur John Boyega.

Sheikha Al-Mayassa Al-Thani, la sœur de l'émir du Qatar, qui dirige l'ensemble des musées de l'émirat et figure parmi les personnalités très influentes du monde de l'art, s’est également exprimée sur le sujet.

"Dressez-vous pour l'humanité, dressez-vous pour le Soudan - montrez votre solidarité en colorant de bleu votre profil!", a-t-elle écrit sur ses comptes officiels, sur Twitter et Instagram.

Symbole des victimes de la répression policière

Ses amis décrivent Mohammed Mattar comme quelqu’un de "gentil, attentionné, au cœur pur". "C’était le genre de personne que vous ne rencontrez qu’une fois dans votre vie", a confié son ami Abdullah Al Fazh à la BBC.

Ahmad Saleh a, quant à lui, exprimé le souhait que "grâce à [ce hashtag], les gens sauront que Mohammed Mattar était une personne extraordinaire et que nous sommes fiers de l’avoir connu."

Mais au-delà de l’hommage au jeune ingénieur mort, le hashtag #BlueForSudan est devenu le symbole d’un mouvement plus général de solidarité avec les Soudanais victimes de la répression policière.

Selon un comité de médecins proches de la contestation, quelque 120 personnes, dont des enfants, ont été tuées dans la répression depuis le 3 juin, la plupart dans la dispersion du sit-in. Sur les réseaux sociaux, des personnes évoquent jusqu’à 500 morts, des centaines de blessés et des dizaines de femmes violées.

Parmi les victimes figurent des enfants. "Nous avons reçu des informations selon lesquelles des enfants sont détenus, enrôlés au sein de forces combattantes et abusés sexuellement", a dénoncé Henrietta Fore, la directrice de l’Unicef, dans un communiqué publié le 11 juin. De leur côté, les autorités ont parlé de 61 morts.

Le leader de l'opposition soudanaise Sadek al-Mahdi a réclamé vendredi une enquête internationale sur la répression meurtrière du sit-in, après le rejet par les militaires au pouvoir d'une telle investigation.

Coupure internet

La propagation de #BlueForSudan est d’autant plus importante pour les manifestants que les lignes de connexion Internet terrestres ont été coupées à Khartoum lundi 10 juin, plongeant la capitale soudanaise dans un "trou noir" digital une semaine après la coupure de l'Internet mobile dans le cadre de la répression d'un mouvement de contestation.

Les lignes de Sudatel, principal fournisseur d'accès au Soudan, ont arrêté de fonctionner en début d'après-midi selon un correspondant de l'AFP sur place qui a précisé que des ambassades, des hôtels de luxe ainsi que de nombreux bureaux étaient affectés. Plusieurs autres villes du pays sont touchées, selon la même source.

Selon un rapport réalisé par l'ONG Netblocks, spécialisée dans la cartographie des libertés en ligne, la coupure quasi totale d'Internet, tant mobile que fixe, est intervenue à 12h GMT et concerne tous les opérateurs locaux. L'Internet mobile était déjà largement perturbé depuis le 3 juin, est-il précisé dans le rapport.

Les manifestations ont débuté au Soudan en décembre 2018. L'ex-président Omar el-Béchir, poussé au départ et arrêté le 11 avril, doit comparaître la semaine prochaine devant un tribunal pour répondre d'accusations de corruption et de possession illégale de devises étrangères.

Jeudi, l'agence de presse officielle soudanaise SUNA avait indiqué que l'ancien homme fort du Soudan était accusé "de possession de devises étrangères, d'avoir acquis des richesses de façon suspecte et illégale et d'avoir ordonné [l'état] d'urgence".

Avec AFP

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