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CAN-2019 : les binationaux, le réservoir des sélections africaines

Cédric Bakambu et Andy Delort s'apprêtent à disputer la CAN-2019.
Cédric Bakambu et Andy Delort s'apprêtent à disputer la CAN-2019. Montage AFP

Alors que le coup d'envoi de la CAN-2019 sera donné vendredi au Caire, de nombreuses sélections comptent sur le renfort de joueurs binationaux français, à l'image d'Andy Delort en Algérie, pour remporter la prestigieuse coupe d'Afrique.

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Ils sont nés en France et certains sont même passés dans les équipes de jeunes des Bleus. Pourtant, lors de la CAN-2019 qui se déroulera du 21 juin au 19 juillet, ils évolueront sous le maillot du pays de leurs parents ou de leurs grands-parents. Des binationaux garniront une nouvelle fois les rangs des 24 équipes qui se disputeront la 32e Coupe d'Afrique en Égypte.

Andy Delort est de ceux-là. Né à Sète d'une mère algérienne, il a indiqué en mai 2018 vouloir jouer pour l'Algérie, avec l'espoir d'être sélectionné pour la CAN. Naturalisé dans la foulée, il a rejoint in extremis la liste des 23 Fennecs à la faveur d'une exclusion prononcée contre un des joueurs de la sélection.

Choix du cœur ou pragmatisme ?

"La vie est compliquée, on se découvre un peu plus tard. C’est une décision personnelle. J’ai envie de porter ce maillot", avait justifié l'attaquant de Montpellier sur BFM TV au moment d'évoquer sa décision.

Comme beaucoup de joueurs binationaux, le néo-Fennec évoque un choix du cœur. Mais, pour Brahim Thiam, franco-malien et ancien joueur du Stade Malherbe Caen, il est naïf de s'arrêter à cela. Pour celui qui commentera la CAN-2019 sur son diffuseur officiel BeIN Sports, il y a un équilibre entre une dose de pragmatisme et des sentiments bien réels chez les joueurs qui sont confrontés à ce choix. Il prend pour exemple son histoire personnelle. En 2001, alors qu'il avait déjà revêtu à plusieurs reprises le maillot de l'équipe de France chez les moins de 20 ans, il est approché par le Mali. N'évoluant pas dans un club de premier plan, il sait qu'il lui est compliqué de prétendre à une place parmi l’équipe première des Bleus, tout juste sacrés champions du monde et d'Europe.

"J'avais le choix entre prendre le risque de ne plus être sélectionné en France ou le choix d'aller vers mes origines et d'aller construire une carrière internationale au Mali, c'est assez naturellement que ça s'est fait", explique Brahim Thiam, interrogé par France 24. Bien lui en a pris puisqu'il revêtira par la suite 17 fois le maillot des Aigles avec qui il décrochera une quatrième place à la CAN-2004.

La révolution de 2009

Jusqu’en 1964, il était possible pour les footballeurs de jouer successivement pour plusieurs équipes nationales à condition d’en avoir la nationalité : soit par la double nationalité, soit en ayant été naturalisé. La Fifa est alors intervenue pour réguler la situation. Depuis, les binationaux devaient faire un choix concernant leur nationalité sportive avant l'âge de 21 ans : un jeune joueur ayant par exemple défendu les couleurs françaises en catégories juniors ou espoirs ne pouvait plus opter pour une autre sélection après cet âge-là.

La législation évoluera en 2009 sous l'impulsion des fédérations africaines. Le congrès de la Fifa à Nassau a voté l'abolition de la limite d'âge pour changer de maillot national s'il n'a disputé que des matchs amicaux avec son ancienne sélection.

Cet assouplissement ne tarde pas à se traduire par un afflux massif dans les sélections du continent africain de joueurs nés en Europe et non retenus en match officiel par l'équipe nationale "A" de leur pays de naissance. Une véritable opération séduction commence chez certaines sélections pour attirer ce réservoir de jeunes talents, tiraillés entre deux pays.

La France fait figure de mine d'or, l'Hexagone étant considéré comme champion du monde de la formation des jeunes joueurs. C'est ainsi que lors du Mondial-2018, pas moins de 52 joueurs sur les 736 ayant participé étaient nés et avaient été formés en France, selon l’observatoire du football CIES. Au total, la France est le pays qui a fourni le plus de joueurs de Coupe du monde au XXIe siècle, avec 216 participants nés sur son sol, bien loin devant le Brésil et ses 148 joueurs.

"Il ne faut pas que ce soit un choix par défaut"

Lors de la CAN-2019, les Léopards de RD Congo aligneront neuf joueurs binationaux. Parmi eux, les Franco-Congolais Parfait Mandanda, frère de Steve, gardien de l'équipe de France, ou encore Cédric Bakambu, natif d'Ivry-sur-Seine, en région parisienne.

"C'est un travail de longue haleine", estime Florent Ibenge au micro de RFI. Le sélectionneur congolais fait de la séduction des binationaux une composante à part entière de ses attributions : "Je les invite à venir jouer un match amical pour qu'il viennent voir le fonctionnement et qu'ils se décident après. Il faut qu'ils soient maître de leur choix et que celui-ci ne se fasse pas par défaut", avance le technicien des Léopards.

Brahim Thiam ne dit pas autre chose : "Il faut être un plus pour l'équipe. Si on y va, ça ne doit pas être à contrecœur. On doit y aller avec l'envie", estime le consultant de BeIN Sports. "On vient apporter notre savoir-faire du continent européen. Les locaux, eux, peuvent nous aider à appréhender le contexte des matchs en Afrique. Mais il ne faut surtout pas que le binational arrive en prenant tout le monde de haut et en estimant n'avoir de leçons à recevoir de personne."

Les tractations entre joueurs et fédération peuvent durer des mois voire des années. Ainsi M'Baye Niang, ancien espoir du football français, a longtemps guetté un signe de l'équipe de France avant de s'engager pleinement pour le Sénégal. Le joueur rennais est désormais un fer de lance de l'attaque des Lions de la Teranga aux côté de Sadio Mane.

En revanche, Paul-George Ntep et Gianni Imbula, également espoirs déchus de l'équipe de France, n'ont pas été retenus pour cette CAN-2019, malgré leur choix de rejoindre respectivement le Cameroun et la RD Congo, après des années de tergiversations.

Andy Delort rêve lui à un meilleur destin avec les Fennecs. Pour son premier match en vert, il a marqué le but de la victoire le 16 juin contre le Mali lors d'un match de préparation. De bon augure pour la CAN-2019.

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