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Levée de boucliers dans le monde arabe contre la conférence de Bahreïn

Des Marocaines manifestent contre la conférence de Manama sur le processus de paix au Proche-Orient, le 23 juin 2019 à Rabat
Des Marocaines manifestent contre la conférence de Manama sur le processus de paix au Proche-Orient, le 23 juin 2019 à Rabat AFP

La présentation du plan de l’administration Trump pour relancer le processus de paix au Proche-Orient, prévue mardi lors de la conférence de Bahreïn, suscite le rejet ou l’exaspération dans une grande partie du monde arabe.

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Les slogans "Mort à Israël" et "Mort aux États-Unis" fusent tandis que des manifestants brûlent un drapeau israélien. La scène n’a pas lieu à Téhéran mais à Rabat, la capitale marocaine. Dimanche 23 juin, des milliers de manifestants rassemblés à proximité du Parlement dénoncent le "congrès de la honte" qui doit s’ouvrir mardi à Manama, la capitale de Bahreïn.

La colère des manifestants s’étend également à l'Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, décrits comme des "régimes arabes traitres" et "des alliés du sionisme". Les deux pétromonarchies du Golfe sont accusées de soutenir l’initiative américaine, qui consiste à privilégier l’économie aux dépens du politique.

Ce projet sera présenté officiellement par son concepteur, Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, mardi à Manama. Ce plan, dont les grandes lignes ont déjà fuitées, propose d’investir 50 milliards de dollars sur dix ans pour stimuler l’économie des territoires et obtenir "la paix par la prospérité".

Jared Kushner n’a rien dit de ses intentions sur le volet politique, mais des responsables américains informés indiquent que le gendre de Donald Trump a renoncé à la solution à deux États, qui prévoit la création d’un État palestinien indépendant en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza.

Pour les opposants à ce projet, il ne s’agit que d’obtenir l’abandon des droits nationaux historiques des Palestiniens, tels que reconnus par l’ONU, en échange de grosses sommes d’argent.

Une perspective immédiatement rejetée par les premiers concernés, les Palestiniens.

"L’argent est important. L’économie est importante, mais la politique l’est plus encore", a déclaré dimanche Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. "Nous saluons tous ceux qui souhaitent nous aider, que ce soit à Manama ou ailleurs. Mais, pour le moment, nous rejetons l’accord du siècle", a-t-il poursuivi, reprenant les termes utilisées par Donald Trump.

"Qu’est-ce que les Américains proposent d’original ? Cinquante ou soixante milliards de dollars ? Nous sommes habitués à ce genre de bêtises. Ne nous mentons pas les uns aux autres. Nous verrons bien si quelqu’un vit assez longtemps pour voir venir ces 50 ou 60 milliards de dollars", a ajouté Abbas.

Un projet "mort-né"

L’absence de proposition politique, que Washington promet pour une deuxième phase d’ici l’automne, est non seulement déplorée par les Palestiniens mais par l’ensemble des pays arabes avec lesquels Israël cherche à normaliser ses relations.

Du Soudan au Koweït, les commentateurs dénoncent le projet Kushner dans les mêmes termes : "énorme perte de temps", "voué à l’échec", "mort-né".

En Égypte, les partis de gauche et libéraux ont publié un communiqué dans lequel ils dénoncent une tentative déguisée de "consacrer et de légitimer" l’occupation par Israël des territoires palestiniens.

Jared Kushner propose que plus de la moitié des 50 milliards de dollars attendus soient investis dans les territoires palestiniens, et le reste dans la région - en Égypte, au Liban et en Jordanie. Il souhaite que les riches pétromonarchies du Golfe ou des investisseurs privés financent l’essentiel de la facture.

Les analystes arabes estiment que le projet Kushner vise à acheter le silence des opposants à l’occupation des territoires en payant des milliards de dollars aux pays hébergeant la plupart des réfugiés palestiniens - Syrie, Jordanie, Liban -, dont le nombre est évalué à environ 5 millions.

"L’occupant gagne tout"

L’Autorité palestinienne ayant décidé de boycotter le rendez-vous de Manama, Washington n’a pas invité de représentants du gouvernement israélien. Les alliés des États-Unis dans le Golfe, Arabie saoudite et Emirats arabes unis en tête, seront représentés ainsi que des responsables égyptiens, marocains ou jordaniens. Le Liban et l’Irak seront absents.

Riyad, qui tient à ménager Washington, a assuré à ses alliés arabes qu’il n’approuverait rien qui puisse nuire aux revendications fondamentales des Palestiniens.

"Je pense que tout ce qui améliore la situation du peuple palestinien mérite d’être salué. Cela dit, le processus politique est extrêmement important", a commenté dimanche Adel al Djoubeir, chef de la diplomatie saoudienne, interrogé par France 24. "Ce sont les Palestiniens qui doivent prendre la décision finale, parce que c’est leur problème et je pense que, ce qu’ils accepteront, tout le monde l’acceptera", a-t-il ajouté.

Même dans le Golfe, le soutien au plan Kushner reste limité.

"Seule la partie arabe fait des concessions, alors que l’occupant gagne tout: la terre, la paix et l’argent du Golfe", a ainsi déploré le député koweitien Ossama al Chahine.

Avec AFP et Reuters

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