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REPORTAGE

Ekrem Imamoglu : "Ce n'est pas une victoire, mais un nouveau départ pour la Turquie"

Ekrem Imamoglu, candidat du parti d'opposition (CHP), face à la foule à Istanbul après sa victoire, le 23 juin 2019.
Ekrem Imamoglu, candidat du parti d'opposition (CHP), face à la foule à Istanbul après sa victoire, le 23 juin 2019. Kemal Aslan, Reuters

Ekrem Imamoglu a remporté une nouvelle fois, dimanche, la mairie d'Istanbul. Une victoire incontestable face au candidat de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. Et un revers cinglant pour le président turc, après l'annulation du premier scrutin.

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, correspondante de France 24 à Istanbul

"Aujourd’hui, 16 millions de Stambouliotes ont restauré notre foi en la démocratie et notre confiance en la justice." C’est avec ces mots qu’Ekrem Imamoglu a célébré sa victoire à l’issue de son élection à la mairie d’Istanbul, dimanche 23 juin 2019, lors du second scrutin. Il a estimé que cette victoire marquait "un nouveau départ pour la Turquie".

Son parti, le Parti républicain du peuple (CHP), a gagné dans certains districts de la capitale économique turque, pour la première fois depuis des décennies, comme à Fatih, fief pieux et conservateur de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. Le CHP, parti kémaliste laïc, reprend Istanbul, 25 ans après l’avoir perdue. Une victoire à mettre au crédit de la personnalité rassembleuse d’Ekrem Imamoglu, quarantenaire dynamique originaire de Trabzon sur la mer Noire.

"Notre gouvernement actuel est en panne"

Au QG de campagne de l’opposition, des centaines de partisans regardent défiler les résultats projetés sur un écran géant. Arda, 21 ans, a participé à la campagne. Il a du mal à trouver ses mots.

"C’est la première fois de ma vie que l’AKP n’est pas au pouvoir à Istanbul. Je ne peux pas décrire ce que je ressens." Pour lui, cette victoire est celle d’Imamoglu plus que de son parti. "Notre gouvernement actuel est en panne" ajoute-t-il, confiant. "Je suis sûr qu’on aura des élections anticipées dans deux ans, et qu’Ekrem Imamoglu sera président."

Tout au long de sa campagne, Binali Yildirim, candidat de l’AKP, a refusé de nommer son adversaire. Quand il a concédé sa défaite, il l’a enfin appelé par son nom. "Nous allons essayer d’aider Imamoglu dans tout ce qu’il fera au profit des Stambouliotes." Le ton est étonnamment conciliant. À ce stade, il est encore difficile de connaître la marge de manoeuvre du nouveau maire puisque les maires de district, les chefs de quartier et les membres du conseil municipal sont majoritairement issus des rangs de l’AKP ou de ses alliés.

D’abord ministre des Transports, puis Premier ministre et plus récemment Président de la Grande Assemblée nationale de Turquie, Binali Yildirim, hommelige du Président de la République, a eu du mal à rivaliser avec un adversaire au talent oratoire certain qui parvenait à séduire au delà de la base traditionnelle de son parti.

Lors du premier scrutin, le 31 mars dernier, Imamoglu l’avait emporté avec plus de 13 000 voix d’avance avant que la commission électorale n’annule sa victoire. Cette fois-ci, il devance l’AKP de plus de 800 000 voix. C’est une double humiliation pour le parti présidentiel qui s’est obstiné à vouloir refaire le scrutin.

"Le résultat n’est pas celui qu’on attendait, mais c’est la politique", concède Harun Armagan, membre de l’AKP à France 24. "Nous devons accepter et passer à autre chose, continuer notre travail."

>> À lire : "Ekrem Imamoglu, l'outsider qui a soufflé la mairie d'Istanbul à un fidèle d'Erdogan"

Désormais, toutes les grandes villes turques, y compris la capitale Ankara, sont aux mains duCHP. Dans un tweet, le président Erdogan a félicité Imamoglu, en promettant de travailler avec l’opposition jusqu’en 2023, année du centenaire de la république turque qui coïncidera avec la prochaine élection présidentielle. Pour la première fois depuis son apparition sur la scène politique nationale, Recep Tayyip Erdogan semble s’être trouvé un adversaire à sa taille.

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