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La Cour des comptes épingle la dette et le déficit français

Le président français Emmanuel Macron reçoit à l'Élysée le Premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, le 4 février 2019.
Le président français Emmanuel Macron reçoit à l'Élysée le Premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, le 4 février 2019. Christophe Petit Tesson, AFP (archives)

La dette et le déficit français préoccupe la Cour des comptes qui a mis en garde le gouvernement contre de possibles dérives des finances publiques. Didier Migaud a appelé la France à "cesser de reporter les efforts à plus tard".

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Jusque-là conciliante envers la politique budgétaire du gouvernement, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme, mardi 25 juin. L’instance a décelé de possible dérives des finances publiques françaises, fragilisées par les baisses d'impôts annoncées à l'issue du grand débat national.

"La France est loin d'avoir résorbé ses déficits structurels alors que de nombreux voisins européens ont pratiquement atteint l'équilibre", a souligné la Cour dans son rapport annuel sur les perspectives des finances publiques, évoquant de fortes "divergences" en matière de dette publique.

"Cette divergence accrue entre la France et ses partenaires est préoccupante", a ajouté la haute juridiction financière, qui épingle dans ce document de 150 pages "la lenteur des progrès faits par la France pour réduire son déficit structurel", malgré le retour de la croissance ces dernières années.

"Deux évolutions préoccupantes"

Dans son programme de stabilité budgétaire, envoyé fin avril à Bruxelles, le gouvernement a abaissé ses objectifs budgétaires afin de tenir compte du ralentissement de la croissance, mais aussi des dépenses et baisses d'impôts annoncées depuis décembre, évaluées à près de 17 milliards d'euros.

"Notre pays doit cesser de s'abandonner à l'un de ses travers : celui de toujours reporter à plus tard les efforts à fournir", a souligné lors d'une conférence de presse le Premier président de la Cour des comptes Didier Migaud, jugeant ces objectifs insuffisants et "affectés par de nombreux risques".

Concernant 2019, l'objectif de déficit public est certes "plausible" et le risque de dépassement "modéré". Mais "l'évolution attendue" recèle "deux évolutions préoccupantes" aux yeux de la Cour : le "déficit structurel", jugé trop élevé, et la "dette publique", qui continue d'augmenter, "à rebours de l'évolution de la majorité de nos partenaires de la zone euro".

Concernant 2020 et au-delà, la trajectoire retenue est "fragilisée par les annonces faites à la suite du grand débat national", estiment les magistrats financiers, qui épinglent notamment le flou entourant le financement des 5 milliards d'euros de baisses d'impôt sur le revenu promis par Emmanuel Macron.

Débat sur la nécessité de poursuivre la dette

"Mais compte tenu de l'ampleur des mesures annoncées, il paraît peu probable que cette compensation puisse être intégrale sur l'exercice 2020", avance la Cour, qui évoque un dérapage budgétaire pouvant aller de 0,1 à 0,3 point l'an prochain, portant le déficit à 2,1 ou 2,3 % du PIB.

"Nous avons trouvé les cinq milliards" d'euros, a toutefois assuré sur Cnews le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, en précisant que le déficit public de 2020 serait "autour de 2 %" du PIB. Selon Bercy, les mesures d'économies seront détaillées lors du débat d'orientation budgétaire, prévu le 11 juillet au parlement.

La mise en garde de la Cour des comptes intervient en plein débat, chez les économistes, sur l'opportunité de poursuivre ou non la politique de lutte contre la dette publique, du fait de taux d'intérêt historiquement bas.

Pour la première fois de son histoire, le rendement obligataire de la France à dix ans, c'est-à-dire le taux auquel le pays emprunte sur les marchés financiers, est passé la semaine dernière en territoire négatif.

Mise en garde sur les taux d'intérêt

Ce phénomène, qui n'a duré que quelques heures, a eu un fort écho symbolique, un taux négatif impliquant qu'on gagne de l'argent en empruntant. Il devrait par ailleurs permettre au gouvernement de réaliser des économies aussi substantielles que providentielles en 2020, évaluées par les économistes à près de 4 milliards d'euros.

"Il serait imprudent de compter sur un maintien durable des taux d'intérêt à un niveau bas", estime pourtant la Cour dans son rapport. "L'expérience historique enseigne en effet que les hausses de taux d'intérêt peuvent être brutales, surtout pour un pays qui, comme la France, a un niveau de dette publique nettement supérieur à certains de ses voisins".

Une mise en garde répétée en conférence de presse par Didier Migaud : "Notre pays dispose de très peu de marge de manœuvre (...) Les faibles taux d'intérêt ne doivent pas nous faire perdre toute lucidité".

Avec AFP

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