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L'usage croissant de la climatisation aggrave le réchauffement climatique

Des climatiseurs sur des façades de bâtiments à Hong Kong.
Des climatiseurs sur des façades de bâtiments à Hong Kong. Tengku Bahar, AFP

Une étude scientifique parue lundi alerte sur le cercle vicieux entre réchauffement climatique et augmentation de la demande énergétique. Pour les chercheurs, il y a urgence à trouver des alternatives à la climatisation.

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Plus le climat se réchauffe, plus la demande énergétique augmente, et inversement. C'est le cercle vicieux pointé par une étude signée par trois chercheurs et publiée lundi 24 juin dans la revue scientifique Nature Communications.

Fondée sur diverses projections de températures et d'évolution démographique et économique, l'étude estime que d'ici 2050, le changement climatique devrait ainsi accroître la demande énergétique de 11 à 27 % en cas de réchauffement modéré, et de 25 à 58 % en cas de réchauffement "fort"… dérèglant encore davantage le climat en augmentant l'émission de gaz à effets de serre.

La climatisation estdéjà actuellement responsable de 10 % de la consommation électrique mondiale, selon l'Agence internationale de l'énergie. Avec des conséquences bien réelles : dans les villes, la climatisation entraîne en moyenne une hausse de la température entre 1 et 1,5 degré comparée à celle des campagnes avoisinantes.

Or le recours à la climatisation dans le monde est en pleine expansion. "Aux États-Unis et au Japon, le taux d'adoption de la climatisation avoisine les 100 %. Mais dans des économies émergentes telles que l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et le Brésil, les taux d'adoption sont beaucoup plus bas, en moyenne inférieurs à 10 %", explique à France 24 Enrica De Cian, professeure associée à l'université Ca' Foscari de Venise, scientifique au Centre euro-Méditerranéen sur les changements climatiques et co-auteure de l'étude.

Avec le réchauffement, la climatisation de plus en plus essentielle... et néfaste

Selon la chercheuse, le taux d'équipement va également augmenter dans des pays européens, comme la France, l'Espagne ou l'Italie, qui vont être de plus en plus exposés à des phénomènes extrêmes liés à la chaleur.

Dans son rapport publié l'an dernier, l'Agence internationale de l'énergie estimait que le nombre de climatiseurs dans le monde allait passer de 1,6 milliard d'unités à 5,6 milliards en 2050… ce qui équivaudra, en matière de consommation d'électricité, à ce que consomme actuellement la Chine, toutes activités confondues.

L'Inde, qui a déjà connu 32 jours de canicule cette année, devrait ainsi voir son marché des climatiseurs individuels exploser, passant de 30 millions d'unités aujourd'hui à un milliard d'ici 2050.

Des alternatives à la climatisation, "responsabilité des politiques"

"Avec les épisodes caniculaires à répétition, la climatisation est en train de devenir dans de nombreux pays non plus un luxe, mais un équipement essentiel pour une vie décente. Or dans les pays à faibles revenus, toute la population n'aura pas les moyens d'y accéder, avec tout ce que cela implique pour la santé notamment", souligne Enrica De Cian. Pour se rafraichir en période caniculaire sans réchauffer la planète, une partie de la solution pourrait passer par la mise au point de climatiseur moins énergivore : "Mais de tels équipements sont déjà disponibles sur le marché et ils ne sont pas achetés. Quant aux innovations majeures en matière de climatisation, elles ne sont pas commercialisables aux prix actuels ou ne sont pas disponibles", précise Enrica De Cian.

Pour la chercheuse, la solution est pourtant sous nos yeux. Entre les nombreuses surfaces artificielles minérales, le manque de végétation, les matériaux de construction inadaptés, la présence insuffisante d'eau et la climatisation des bâtiments qui réchauffe l'air extérieur, les habitants des villes sont les plus exposés aux vagues de chaleur. Ainsi, selon elle, "penser aux stratégies d'adaptation alternatives (zones vertes, ombrage, isolation) est essentiel". Et la scientifique d'ajouter : "Il est de la responsabilité des politiques de soutenir et de diffuser ces alternatives".

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