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Les Algériens ne se démobilisent pas malgré une forte présence policière

Des manifestants pendant un rassemblement contre le régime algérien, à Alger, le 28 juin 2019.
Des manifestants pendant un rassemblement contre le régime algérien, à Alger, le 28 juin 2019. Ramzi Boudina, Reuters

Au lendemain d’une fin de non-recevoir de l’armée aux revendications des manifestants, les Algériens battent le pavé pour la 19e fois contre le régime, vendredi. Un dispositif policier particulièrement important a été déployé au cœur d’Alger.

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Le dispositif policier d'ampleur au cœur de la capitale algérienne n'a pas empêché une forte mobilisation des manifestants, vendredi 28 juin. pour une 19e grande mobilisation hebdomadaire contre le régime, au lendemain d'une nouvelle fin de non-recevoir de l'armée aux revendications des manifestants.

Sous un soleil de plomb et une forte chaleur, une foule massive a commencé à sillonner en début d'après-midi les rues du centre d'Alger, au milieu de très nombreux policiers en uniforme et en civil, selon un journaliste de l'AFP.

Une centaine de fourgons de police – bien plus qu’habituellement – étaient garés dans le centre d'Alger depuis le début de la matinée, ainsi que des canons à eau et des bulldozers antibarricades. Les véhicules sont restés en place après le début du défilé.

Même après le début de la marche, la police a continué de cibler les porteurs de symboles berbères, notamment de drapeaux, conformément aux instructions données la semaine précédente par le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah. Celui-ci est devenu l'homme fort du pays depuis que la contestation a poussé le président Abdelaziz Bouteflika à la démission, le 2 avril.

Des policiers ont notamment fait usage de sprays lacrymogènes pour se replier après être allés arrêter un porteur de drapeau berbère au milieu de la foule, provoquant la colère des manifestants. Ceux-ci ont été calmés par les habituels bénévoles chargés de faire respecter le mot d'ordre pacifique de la protestation.

À Alger, 18 manifestants arrêtés en possession de drapeaux berbères lors de la manifestation du 21 juin ont été inculpés d'"atteinte à l'unité nationale", infraction passible de 10 ans d'emprisonnement, et placés en détention provisoire. Plusieurs autres, dont deux étudiants arrêtés le 25 juin à Alger, ont été inculpés des mêmes chefs et placés sous contrôle judiciaire.

"La peur est derrière nous"

Depuis plusieurs semaines, la police mène des arrestations à Alger chaque vendredi matin avant que la foule ne soit trop nombreuse, sans motif apparent. Vendredi, elle a procédé dans la capitale à de très nombreux contrôles d'identité et une dizaine de personnes ont été arrêtées et embarquées dans des fourgons, sans qu'il soit possible d'en déterminer les raisons, selon ce journaliste.

Sur les réseaux sociaux, des journalistes algériens ont également fait état dans la matinée d'actions de la police pour empêcher des petits groupes de s'agglomérer, ainsi que d'une intervention pour disperser une tentative de sit-in dans une rue du centre.

Ahmed, manifestant de 54 ans, s'est dit "impressionné par le nombre de policiers". "Je n'ai jamais vu ça. Ils veulent nous faire peur, mais ils ont tort, la peur est (désormais) derrière nous", a-t-il assuré à l'AFP.

Vendredi, "ce n’est pas le drapeau amazigh (berbère) qui est recherché, mais c'est le ‘hirak’ (mouvement) qu'ils (...) veulent étouffer, restons pacifiques et mobilisés", a lancé sur Twitter Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH).

Instrumentalisation ?

Durant la semaine, le général Ahmed Gaïd Salah, qui fut durant 15 ans un pilier de la présidence Bouteflika (1999-2019), a appelé les Algériens à "comprendre" les décisions de l'armée, alors que les manifestants réclament chaque semaine que le chef d'état-major "dégage" et exigent un "État civil, pas militaire".

Le commandement de l'armée rejette invariablement les revendications des manifestants, à savoir l'instauration d'instances de transition débarrassées de tous les anciens fidèles d'Abdelaziz Bouteflika et qui seraient chargées de réformer le pays avant la tenue d'une présidentielle.

Le 27 juin, le général Ahmed Gaïd Salah a accusé les partisans d'une telle transition de vouloir protéger les anciens responsables politiques et hommes d'affaires liés à Bouteflika, visés par les nombreuses enquêtes pour corruption récemment ouvertes.

Plusieurs d'entre eux ont été écroués, dont deux anciens Premier ministres – Ahmed Ouyahia, trois fois chef du gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika entre 2003 et 2019, et Abdelmalek Sellal (2012-2017).

Des figures de la contestation et des observateurs s'inquiètent d'une possible instrumentalisation de la justice au profit de luttes de clan au sommet et réclament que ce soit le futur pouvoir élu qui mène à bien les enquêtes sur la présidence Bouteflika.

"Ceux qui veulent instaurer des phases de transition (...) veulent protéger la corruption en reportant la lutte lancée contre elle", a accusé le général. Il a réitéré n'avoir aucune ambition politique tout en réaffirmant implicitement que l'armée resterait aux commandes tant qu'un nouveau président ne serait pas élu.

L'annulation de la présidentielle du 4 juillet place le pouvoir intérimaire dans une situation délicate, la Constitution prévoyant que le président par intérim Abdelkader Bensalah rende les rênes du pays à un président élu d'ici le 9 juillet, un délai trop court pour organiser un nouveau scrutin.

Avec AFP

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