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Les Palestiniens désabusés par la conférence de Bahreïn sur le conflit au Proche Orient

Jared Kushner présentant le volet économique du plan américain lors de la conférence "Peace to Prosperity" à Manama.
Jared Kushner présentant le volet économique du plan américain lors de la conférence "Peace to Prosperity" à Manama. Reuters

Les Palestiniens ont rejeté à l’unisson le volet économique du plan de Donald Trump visant à relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes, présenté lors d'une conférence organisée au Bahreïn.

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La conférence de Manama, au Bahreïn, sur le volet économique de "l’accord ultime" de Donald Trump, censé régler le conflit israélo-palestinien, n'a pas convaincu les Palestiniens qui l'ont boycottée et s'en sont désintéressés.

Toutes les organisations palestiniennes ont condamné d'une même voix la conférence coorganisée par les États-Unis avant même sa tenue mardi et mercredi, et celle-ci a été à peine couverte par les médias palestiniens. Dans la bande de Gaza, plusieurs milliers de manifestants ont brûlé des posters de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien. "Non à la conférence de la trahison, non à la conférence de la honte", était-il écrit sur une
banderole.

"L'atelier de Bahreïn n'a pas atteint ses objectifs"

Estimant d'emblée qu'elle était vouée à l'échec, l'administration palestinienne a boycotté la rencontre de Bahreïn, durant laquelle Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, a défendu, en présence de responsables économiques internationaux, le volet économique d'un plan américain, un préalable selon lui à un accord de paix.

Aux yeux de l'Autorité palestinienne, Jared Kushner a fait miroiter ce plan de 50 milliards de dollars d'investissements dans les Territoires palestiniens et les pays voisins afin de permettre à l'administration Trump, accusée d’être ouvertement pro-israélienne, d'imposer une solution politique qui serait défavorable aux Palestiniens et ignorerait leur revendication d'un État indépendant.

"L'atelier de Bahreïn n'a pas atteint ses objectifs", a déclaré à l'AFP Ahmad Majdalani, un haut responsable palestinien. "La représentation à cette conférence était faible et son  contenu vide".

Bien que les appels à de grandes manifestations contre ce forum, baptisé "De la paix à la prospérité" et présenté comme "l'occasion du siècle" par Jared Kushner, aient peiné à mobiliser les foules, de nombreux Palestiniens estiment qu'aucun effort américain en vue d'une relance du processus de paix ne pouvait être pris au sérieux.

"Globalement il y avait un intérêt, mais dès le départ il n'y en avait pas pour les Palestiniens, car si je rejette quelque chose, je le rejette vraiment", a déclaré à l'AFP Rohi Ziadeh, professeur d'université à Ramallah en Cisjordanie occupée.

Les plus importants hommes d'affaires palestiniens ont également boudé la conférence, accusant les États-Unis d'essayer d'utiliser leur influence financière pour acheter leurs aspirations à l'indépendance.

"Une porte ouverte"

La porte "reste ouverte" aux Palestiniens pour accepter le volet économique du plan américain, a annoncé le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner à la conférence. "Si les dirigeants palestiniens veulent améliorer les conditions de vie [de leur peuple], nous avons présenté un plan formidable dans lequel ils peuvent s'engager".

Clôturant les débats, dans l'atmosphère feutrée d'un palace de Manama, l'homme d'affaires de 38 ans a précisé que la partie politique du plan de paix américain serait révélée "au moment opportun".

Les équipes travaillant sur la partie économique et celles sur la partie politique de ce plan américain visant à résoudre le conflit israélo-palestinien, sont distinctes, a-t-il précisé.

"Les dirigeants palestiniens n'ont fait qu'accuser Israël et tout le monde d'être responsables des problèmes de leur peuple, alors qu'en fait tous s'accordent à penser que tout cela est faisable si leur gouvernement accepte ces réformes", a-t-il déclaré.

Le gouvernement palestinien fait face à une grave crise financière et a réduit de moitié les salaires de plus de ses 100 000 fonctionnaires. Alors que la corruption palestinienne a souvent été évoquée comme cause de la crise, l'occupation de la Cisjordanie par Israël a en revanche été à peine mentionnée au Bahreïn. La question du contrôle de Gaza par le Hamas, n'a pas non plus été discutée.

"La paix économique qui nous a déjà été plusieurs fois proposée, et qui a déjà échoué parce qu'elle ne traite pas les vrais problèmes, nous est présentée une nouvelle fois", a déclaré la responsable palestinienne Hanan Ashrawi. "L'éléphant dans la pièce à Manama est bien sûr l'occupation israélienne elle-même. Elle n'a pas été mentionnée. Pas une seule fois".

Drapeaux israéliens brûlés devant l'ambassade de Bahreïn en Irak

La conférence de Bahreïn est "loin d'être connectée à la réalité", a déclaré Ofer Zalzberg, analyste basé à Jérusalem au sein du groupe de réflexion International Crisis Group.

Des sondages ont montré que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est impopulaire et pour Ofer Zalzberg, le gouvernement américain espérait utiliser les retombées économiques potentielles pour "créer un fossé entre le peuple palestinien et leurs dirigeants" à propos de ce plan. En fait, cela a peut-être eu l'effet inverse, a-t-il souligné.

L’optimisme américain est loin d’être partagé par toutes les nations arabes. La Jordanie et l'Égypte, les deux seuls pays arabes ayant signé un accord de paix avec Israël, n'ont envoyé à Manama que des fonctionnaires, et Amman a estimé que cette conférence ne pouvait se substituer à un accord de paix politique en bonne et due forme.

En Irak, plus de 200 manifestants ont pénétré jeudi soir dans la cour de l'ambassade de Bahreïn à Bagdad et ont retiré le drapeau, en signe de protestation contre la conférence de Manama.

La police a tiré à balles réelles pour disperser la foule, mais aucune victime n'a été signalée, a-t-on dit à Reuters de source proche des forces de l'ordre.

Les autorités de Bahreïn ont annoncé qu'elles rappelaient leur ambassadeur en poste en Irak pour consultations après l'irruption des manifestants.

Avec AFP et Reuters

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