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Canicule : "Quinze ans que je regarde les cartes météo, et je n'ai jamais vu ça"

En plein épisode caniculaire, Parisiens et touristes se sont rassemblés en masse pour se rafraîchir dans la fontaine du Trocadéro à Paris, le 28 juin 2019.
En plein épisode caniculaire, Parisiens et touristes se sont rassemblés en masse pour se rafraîchir dans la fontaine du Trocadéro à Paris, le 28 juin 2019. Zakaria Abdelkafi, AFP

Record de chaleur battu en France vendredi avec 45,9 °C relevés dans le Gard. Ce pic de chaleur, dont le lien avec la crise climatique est de plus en plus souligné par les scientifiques, marque un nouveau tournant dans l'escalade des températures.

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Les thermomètres s’emballent, en France. Un premier record de 44,3 °C a été enregistré, vendredi 28 juin, à Carpentras (Vaucluse), suivi quelques minutes plus tard par un nouveau pic à 45,1 °C à Villevieille (Gard). "C’est une première en France depuis que l’on fait des mesures de températures" (au début du XXe siècle, NDLR), a commenté Météo-France, ajoutant sur son site internet que "la barre des 45 °C a été franchie pour la première fois (cet après-midi)."

Un record qui pouvait néanmoins encore évoluer, les températures connaissant en général leur maximum en fin de journée, et le temps s’annonçant de nouveau caniculaire sur la majeure partie du pays, samedi.

"Les maximums, on les a généralement vers 17-18 h", précise Ruben Hallali, ingénieur et docteur en météorologie, et ancien chef de projet chez Météo-France, ajoutant que la température en journée augmente selon le rayonnement solaire. En effet, étant donné le décalage lié à l’heure d’été (décalage de deux heures dans nos régions par rapport à l’heure solaire), la température maximale se produit après le pic de rayonnement. "Avec ces deux heures, associées au décalage entre le pic de rayonnement et la température maximale, nous nous retrouvons généralement avec des maximales qui arrivent en fin d’après-midi."

Dans la commune gardoise de Gallargues-le-Montueux, le mercure est monté à 45,9°C à 16 h 00, écrasant un peu plus le précédent record détenu par les villes de Saint-Christol-lès-Alès et Conqueyrac (Gard) lors de la canicule de 2003 (44,1°C).

Indice de sévérité plus élevé qu’en 2003

En 2003, l’événement climatique qu’avait connu l’Europe, lors de la première quinzaine d’août, s’était déjà révélé d’un niveau exceptionnel. Dans un silence assourdissant, la France suffoquait sous une chaleur insoutenable, et comptait ses morts (plus de 19 000 selon l’Inserm, 25 000 selon les syndicats des urgentistes).

Comme l’explique Ruben Hallali, par ailleurs cofondateur de HD Rain, startup de mesure et prévision de pluie à très haute définition, Météo-France utilise plusieurs critères afin de classer les vagues de chaleur. Parmi ces critères, la sévérité de l’événement climatique, calculée à partir de moyennes de températures relevées sur l’ensemble du territoire, et la durée de celui-ci.

Après cinq jours de vague de chaleur, la canicule que connaît actuellement la France semble se montrer plus puissante que ce que le pays a déjà connu depuis lors. "En termes de durée, cette canicule dure un peu moins longtemps que celle de 2003", développe Ruben Hallali, "mais en termes de sévérité, avec les records battus sur une grande partie du territoire, l’indice de sévérité est plus élevé que celui de 2003".

2019, nouveau tournant ?

Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), l'année 2019 pourrait s’annoncer comme l'une des plus chaudes jamais enregistrées dans le monde. La période quinquennale 2015-2019 est, elle, en passe de battre tous les records de chaleur depuis les premiers relevés scientifiques à la fin du XIXe siècle.

Dans le Gard, où ont été relevées les plus hautes températures vendredi, des vagues d’air chaud saturent l’atmosphère. "On peut à peine marcher", déplorent deux touristes britanniques. "On voulait du soleil et de la chaleur mais franchement là, c’est insupportable !"

Pour Ruben Hallali, l’événement est extrême également dans sa temporalité (les records de chaleur étant battus au tout début de l’été), mais aussi dans sa répétition.

Utilisant l’exemple de Paris, celui-ci note que depuis 2003, les températures dépassent chaque année la barre des 35 °C, une température associée à une très grosse vague de chaleur il y a 30 ans, le pic des 40 °C étant à cette époque considéré comme une vague de chaleur exceptionnelle. "Maintenant, on dépasse systématiquement les 35 °C, et les 40 °C sont aujourd’hui les 35 °C d’avant."

Le 20 juin dernier, le docteur en météorologie avait publié une carte de prévisions des températures à 1 500 mètres d’altitude en France. Des températures représentées par des zones de couleurs formant un visage ressemblant à une tête de mort ou, comme suggéré par l’auteur du tweet, à la célèbre œuvre d’Edvard Munch, Le Cri.

Devenue virale, la publication indique avant tout le caractère inédit de telles températures. "Voir un 29-30 degrés au-dessus de la France, de façon généralisée, à 1 500 mètres d’altitude – donc en atmosphère libre – et à 2 h du matin… En effet, ça fait 15 ans que je regarde les cartes météo, et je n’avais jamais vu ça. Même en 2003", explique Ruben Hallali, précisant que le pic était alors de 3 à 4 °C inférieur en altitude, seize ans plus tôt.

Passant en revue les moyens mobilisés dans le Sud de la France, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a déclaré vendredi : "Nous ne gérons pas une crise exceptionnelle, nous gérons un phénomène qui va se reproduire".

Crise climatique

Il est trop tôt, selon l’OMM, pour attribuer avec certitude à la crise climatique l'origine de la canicule qui frappe l'Europe. Toutefois, l’agence des Nations unies ajoute que cette vague de chaleur "correspond parfaitement" aux phénomènes extrêmes liés à l'impact des émissions des gaz à effet de serre.

Un lien de cause à effet également évoqué par Ruben Hallali, selon qui les scientifiques "commencent" à établir ce rapport entre la répétition des vagues de chaleur, leur sévérité de plus en plus importante et l’augmentation des phénomènes extrêmes avec la crise climatique.

"C’est un long travail sur lequel il faut rester prudent car il nécessite des années d’observations", explique-t-il. "Les premières projections climatiques, dans les années 2000, ont permis d’améliorer les modèles. On peut aujourd’hui regarder comment se situent les événements par rapport à la climatologie passée. C’est un travail qui prend du temps, et il faut un peu de recul avant de pouvoir décréter certaines choses."

D'autres pays d'Europe subissent actuellement la canicule. En Espagne, où les vagues de chaleur sont devenues habituelles en juin, des feux de forêt continuaient de faire rage vendredi en Catalogne tandis que des températures supérieures à 43 °C étaient attendues dans certaines régions.

2019, année la plus chaude jamais enregistrée ? Ruben Hallali ne préfère pas s’avancer, mais estime cependant que"nous sommes mal partis".

Pour autant, celui-ci espère que la canicule de 2019 marquera les esprits et sera déterminante dans la prise de conscience collective de la crise climatique. "Ce sera là au moins un point positif."

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