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En France, l’état de 25 000 ponts routiers inquiète le Sénat

L'un des câbles en acier du pont de l'ïle de Ré a dû être réparé en 2019, il avait rompu.
L'un des câbles en acier du pont de l'ïle de Ré a dû être réparé en 2019, il avait rompu. AFP (Archive)

Interpellés par l’effondrement du pont de Gênes en 2018, les sénateurs ont rendu jeudi un rapport sur les ponts routiers de France, dont plus de 25 000 sont dans un état préoccupant. Les parlementaires demandent un "plan Marshall" de rénovation.

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Après dix mois de travail, la mission sénatoriale initiée après l’effondrement du pont de Gênes en 2018 a rendu son rapport jeudi 27 juin. Les sénateurs s’y inquiètent de l’état des ponts routiers en France, dont au moins 25 000 ont été jugés préoccupants. Ces ponts sont "en mauvais état structurel et posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers", relève la mission d'information.

Les sénateurs s'étonnent aussi de l'absence d'un recensement exhaustif des ponts gérés par les collectivités territoriales, notant que le nombre exact de ponts routiers en France n'est pas connu. "On est dans le flou ! On considère qu'il y a entre 200 000 et 250 000 ponts" en France, souligne Hervé Maurey, le président de cette mission sénatoriale.

Des "ponts orphelins" pour lesquels personne ne veut payer

Entre 18 à 20 % des ponts considérés en mauvais état sont gérés par des communes et des intercommunalités. Pour le reste, 7 % des ponts abimés appartiennent à l'État et 8,5 % sont des ponts départementaux. Les sénateurs remarquent aussi qu’un certain nombre de ponts, tel que celui de Rosselmont à Petite-Rosselle (Moselle), sont "orphelins" car ni la commune, ni l’État ne veulent en payer les réparations.

L'état du pont de Rosselmont situé à Petite-Rosselle (Moselle) a été jugé préoccupant par la Mission d’information sur la sécurité des ponts.
L'état du pont de Rosselmont situé à Petite-Rosselle (Moselle) a été jugé préoccupant par la Mission d’information sur la sécurité des ponts. Google street view

Les ponts gérés par les sociétés concessionnaires d’autoroutes – soit la moitié des ponts français – ne présentent pas, quant à eux, de problèmes.

La dégradation de l'état des ponts, qui "a fortement augmenté sur les dix dernières années", s'explique par le vieillissement des ouvrages construits dans l'après-guerre qui arrivent "en fin de vie", la durée de vie moyenne d’un pont étant de 70 ans.

À cela s’ajoute un sous-investissement chronique dans l'entretien du patrimoine. La situation actuelle est le "résultat d'une politique centrée sur le traitement des ponts les plus dégradés", indique le rapport qui exhorte à sortir de la "culture de l’urgence" pour une politique de "prévention" des risques.

Hervé Maurey a cité, parmi les facteurs aggravants, le réchauffement climatique et l'envoi par les GPS de véhicules trop lourds sur des ouvrages qui n'ont pas été conçus pour supporter de telles charges.

"Si le gouvernement ne fait rien, il expose les Françaises et les Français"

Les sénateurs estiment donc urgent de "mettre en place un ‘plan Marshall’ pour les ponts. "Si le gouvernement ne fait rien il s'expose, et surtout il expose les Françaises et les Français", a lancé Hervé Maurey, interrogé jeudi par Europe 1.

Les sénateurs demandent d'augmenter le montant des moyens consacrés par l'État à l'entretien de ses ouvrages d'art à 120 millions d'euros par an dès 2020, contre 45 millions en moyenne ces dernières années. "Le maintien d'un budget au niveau actuel conduirait à un doublement du nombre de ponts en mauvais état d'ici dix ans", ajoute le rapport.

L’autre investissement de masse doit consister, pour les parlementaires, dans la création d’un fonds d’aide aux collectivités locales pour permettre de réaliser un diagnostic de l'ensemble des ponts des communes et intercommunalités et de rénover ceux qui sont en mauvais état. Ce fonds serait doté de 130 millions d'euros par an pendant dix ans grâce à l'enveloppe jusqu'à présent dédiée à la mise en sécurité des tunnels, qui prendra fin en 2021.

La France manque d’ingénieurs spécialisés

Les sénateurs prônent un meilleur suivi et une programmation des travaux nécessaires. Ils jugent essentiel d'"apporter une offre d'ingénierie aux collectivités territoriales en aidant les petites collectivités" et en favorisant la mutualisation de la gestion des ouvrages au niveau intercommunal ou départemental.

En cause, la raréfaction des compétences en matière d'ingénierie spécialisée. La mission s'inquiète en particulier d'une apparente réduction de l'attractivité des carrières d'ingénieur en génie civil et construction en France.

De son côté, le ministère des Transports voit dans ce rapport sénatorial la confirmation de "la priorité donnée par le gouvernement, depuis le début du quinquennat, à l'entretien et la remise en état [des] infrastructures existantes plutôt qu'à de nouveaux grands projets".

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