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Jugé "inacceptable", l’accord entre l’UE et le Mercosur indigne les agriculteurs français

Une bannière protestant contre l'accord de libéralisation commerciale entre l'UE et le Mercosur, déployée lors du Salon de l'Agriculture, à Paris, le 24 février 2018.
Une bannière protestant contre l'accord de libéralisation commerciale entre l'UE et le Mercosur, déployée lors du Salon de l'Agriculture, à Paris, le 24 février 2018. Stéphane Mahé, Reuters

Annoncé vendredi soir, l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays sud-américains du Mercosur est jugé "inacceptable" par les agriculteurs français, y compris macronistes.

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Le monde agricole français est indigné. Annoncé vendredi 28 juin, l’accord entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) est jugé "inacceptable" par les agriculteurs, y compris macronistes, à l’instar de l’éleveur et député européen de la liste Renaissance (soutenue par Emmanuel Macron), Jérémy Decerle.

"Quelques semaines après l'élection européenne, inacceptable signature d'un accord Mercosur-UE qui va exposer les agriculteurs européens à une concurrence déloyale et les consommateurs à une tromperie totale !", a réagi sur Twitter Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA, premier syndicat agricole français, ajoutant : "N'importons pas l'agriculture et l'alimentation que nous ne voulons pas chez nous !"

Les raisons de leur colère ? Les quelque 99 000 tonnes de viande bovine que les pays latino-américains devraient pouvoir exporter vers l'Union européenne sans droit de douane, fragilisant un peu plus les 85 000 éleveurs français de vaches allaitantes. Des éleveurs déjà très touchés par la guerre des prix dans la distribution en France.

Interrogé sur France 24, Emmanuel Aze, porte-parole de la Confédération paysanne dans le Lot-et-Garonne estime que "cet accord place la compétition économique au dessus de toute autre considération". "On nous enferme dans un système de recherche de gain de productivité et de compétition de prix pour ne pas perdre notre marché intérieur, au lieu de nous laisser rester concentrer sur notre mission première qui est de nourrir les gens" a-t-il déclaré.

Vendredi soir, le commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, a dès lors promis "une aide financière", jusqu'à un milliard d'euros "en cas de perturbation du marché".

"Usines à viande" latino-américaines

Pour les éleveurs français, lourdement dépendants des subventions européennes, organisés en exploitations familiales extensives au revenu très bas (entre 10 000 et 12 000 euros en moyenne en 2018, selon la Fédération nationale bovine), il leur sera impossible de concurrencer les "usines à viande" latino-américaines.

Des pratiques qui, selon eux, illustrent de surcroît un double standard de production entre les deux continents. Antibiotiques utilisés comme hormones de croissance et déforestation du côté sud-américain, contre toujours plus de normes environnementales côté européen.

Sur Twitter, les responsables agricoles montraient leur abattement et l'ampleur de leur incompréhension face à un accord qui menace leur survie.

"À quoi bon demander en France et en Europe une montée en gamme en termes de qualité et de respect de l'environnement si c'est pour importer des produits contraires à cet effort ?", s'interroge le syndicat Jeunes agriculteurs (JA), avant de surenchérir avec un deuxième message : "Ceux qui se réjouissent de la conclusion de l'accord UE-Mercosur n'ont pas mesuré les conséquences pour les consommateurs européens et pour l'agriculture !"

Indignation générale

Plutôt classée à gauche, la Confédération paysanne a quant à elle dénoncé le "sacrifice de l'agriculture et l'élevage sur l'autel d'un commerce cannibale et d'une course folle à la croissance au détriment du climat, de la planète et des hommes".

Mais le plus déçu semble se trouver dans les rangs de la majorité : Jérémy Decerle, ancien président des Jeunes agriculteurs et tout nouveau député européen de la liste Renaissance soutenue par Emmanuel Macron. "En tant que député européen, je ne peux pas l'approuver", a-t-il réagi.

"Braderie de l'élevage européen"

Le rythme de baisse du nombre d'élevages bovins a doublé depuis 2017 sur le territoire français, à 1 500 ces dernières années, selon la Fédération nationale bovine (FNB) qui représente les éleveurs.

"Il est toujours important de savoir qui, au nom des chefs d'État et de gouvernement, organise la grande braderie de l'élevage européen", s'interroge Jean-Pierre Fleury, président du groupe de travail viande bovine au sein du syndicat agricole européen Copa-Cogeca.

En 2018, ce dernier avait lancé l'alerte sur l'existence de risques sanitaires, notamment au Brésil, où la "traçabilité des animaux est inexistante".

"On fait quoi ? On reste dans nos fermes ou on va chercher Didier Guillaume (ministre de l'Agriculture, NDLR) et Emmanuel Macron pour qu'ils nous expliquent l'accord ?", lance pour sa part Vincent Noël, éleveur de bovins et membre des JA en Mayenne.

En marge du G20 au Japon, le président français a salué samedi la conclusion de ce vaste traité de libre-échange, tout en se disant "vigilant" sur sa mise en œuvre. Selon lui, le traité reconnaît les indications géographiques comme aucun autre ne l'a fait précédemment, tout en assurant un "respect explicite de l'accord de Paris sur le climat" et en respectant "nos normes environnementales et sanitaires".

Le chef de l'État a également assuré la protection des filières sensibles telles que le bœuf et le sucre, pour lequel des "limites" auraient été fixées dans le cadre des quotas.

Avec AFP

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