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Nouvelle manifestation d'ampleur à Khartoum contre le pouvoir militaire

Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Khartoum, le 30 juin 2019.
Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Khartoum, le 30 juin 2019. AFP

Des dizaines de milliers de Soudanais ont manifesté, dimanche, à Khartoum, pour demander aux militaires le transfert du pouvoir à un gouvernement civil. Sept manifestants ont été tués.

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Des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé, dimanche 30 juin, à Khartoum, pour réclamer au Conseil militaire un transfert du pouvoir à un gouvernement civil, trois semaines après la répression sanglante d'un sit-in à Khartoum. Au moins sept personnes ont été tuées.

Citant le ministère de la Santé, l'agence de presse officielle Suna a également fait état de 181 blessés, dont 27 par balles. L'agence a ajouté que dix membres des forces régulières ont été blessés, dont trois paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), touchés par balle. Auparavant, un comité de médecins proche de la contestation avait fait état de cinq morts dans le pays.

Tirs de gaz lacrymogènes

À Khartoum, où les Soudanais étaient invités en masse à défiler dimanche pour faire pression sur les dirigeants militaires, la police a fait usage de gaz lacrymogènes, dans les quartiers de Bari, Arkaweit et al-Mamoura, ainsi que dans la ville de Gadaref (est du pays). Des tirs ont visé des manifestants, alors que les appels d'ONG à faire preuve de retenue s'étaient multipliés afin d'éviter une nouvelle répression sanglante.

"Nous sommes ici pour les martyrs du sit-in. Nous voulons un État civil qui garantisse notre liberté. Nous voulons en finir avec la dictature militaire", a déclaré Zeinab, un manifestant de 23 ans.

Peu avant 16 h, un groupe clé de la contestation a appelé à marcher sur le palais présidentiel, siège des généraux au pouvoir. Groupe composé d'une centaine de manifestants, ils ont été pris pour cible par la police soudanaise alors que la foule se trouvait à environ 700 mètres du palais. Les redoutés paramilitaires des RSF ont, eux, été appelés en renfort.

Des "snipers" auraient tiré près d'un hôpital militaire d'Omdourman. "Ils ont tiré sur trois paramilitaires des RSF et sur peut-être cinq ou six citoyens", a affirmé le général Mohammed Hamdan Daglo, numéro deux du conseil, lors d'une allocution retransmise à la télévision publique, sans préciser si ces personnes avaient été blessées ou tuées.

Une recherche de légitimité pour l'ALC

"On ne sait pas s'il y a des millions de gens dans les rues ou pas, mais c'est une grande manifestation aujourd'hui au Soudan", a affirmé Tarek Kai, journaliste à Monte Carlo Doualiya (MCD), invité du journal de France 24.

La marche du "million" était censée représenter un test pour jauger la capacité à mobiliser les protestataires. Mais aussi pour le Conseil militaire de transition, qui tient les rênes du pays depuis la destitution en avril du président Omar el-Béchir.

Selon Tarek Kai, rentré du Soudan il y a quelques jours, si l'ALC réussit à mobiliser "des millions de personnes", "sa légitimité sera encore plus forte et plus importante. Dans le cas contraire, c'est le Conseil militaire de transition qui dictera encore plus ses désirs lors des pourparlers qui devraient reprendre prochainement."

Après la répression meurtrière le 3 juin d'un sit-in devant le siège de l'armée à Khartoum, les meneurs de la contestation ont été confrontés à un important déploiement sécuritaire et au blocage d'Internet, un outil qui a été essentiel pour mobiliser des dizaines de milliers de personnes à partir du 19 décembre et des premières manifestations.

Lancé par l'ALC, l'appel à manifester dimanche était le premier de cette envergure depuis la dispersion du sit-in du 3 juin. Au moins 128 personnes avaient été tuées lors de cette opération et dans la répression des jours suivants, selon des médecins proches de la contestation. Les autorités ont évoqué de leur côté un bilan de 61 morts.

Dernièrement, les protestataires se sont contentés de petits rassemblements à travers la capitale, parfois dispersés par les forces de sécurité avec des gaz lacrymogènes.

"S'abstenir de tout recours à la violence contre les manifestants"

Le Conseil militaire avait mis en garde l'ALC qu'il lui ferait porter "l'entière responsabilité" en cas de "perte humaine" ou de tout "acte de vandalisme" durant la marche.

"Les (RSF) essaient de tuer la contestation dans l'œuf", explique Tarek Kai. "Le risque est grand qu'ils agissent aujourd'hui comme ils l'avaient fait il y a trois semaines en tuant plus de 130 personnes." Ces paramilitaires sont accusés par les contestataires d'avoir mené la dispersion du sit-in le 3 juin. Le Conseil militaire affirme ne pas avoir donné d'ordre en ce sens. Reconnaissant toutefois des "excès", il assure qu'il s'agissait à l'origine d'une opération antidrogue dans le secteur voisin de Columbia.

L'Union européenne et des défenseurs des droits humains avaient appelé les militaires au pouvoir à la retenue dimanche. "Il est du devoir du Conseil militaire de transition d'assurer la sûreté de tous au Soudan et de s'abstenir de tout recours à la violence contre les manifestants", a indiqué dans un communiqué la diplomatie européenne. Pour Amnesty International, "le Conseil militaire ne doit pas laisser le pays glisser vers plus de répression. Le monde observe."

Malgré les tensions, contestataires et généraux se disent ouverts à une reprise des négociations, à travers une médiation de l'Éthiopie et de l'Union africaine, pour dessiner les grandes lignes de la transition à venir.

Avec AFP

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