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Boeing 737 MAX : toujours pas de redécollage en vue

Southwest est la compagnie qui opère le plus de Boeing 737 MAX au monde.
Southwest est la compagnie qui opère le plus de Boeing 737 MAX au monde. Mike Blake, Reuters

Boeing espérait que ses 737 MAX, cloués au sol depuis le crash du vol d’Ethiopian Airlines en mars, pourraient rapidement reprendre les airs. Mais ce modèle accumule les problèmes techniques et les retards.

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De "quelques semaines" à probablement "avant la fin de l’année". L’avenir proche du Boeing 737 MAX, dont la flotte est clouée au sol suite à deux catastrophes aériennes survenues récemment et ayant coûté la vie à 346 personnes, semble de plus en plus flou.

L’avionneur américain a affirmé, vendredi 28 juin, qu’il espérait obtenir un "feu vert" des autorités américaines de l’aviation (FAA) au plus tôt en octobre. Les compagnies aériennes pourraient ainsi de nouveau utiliser leurs Boeing 737 MAX "avant la fin de l’année", a estimé le géant de l’aéronautique.

Un nouvel horizon bien plus lointain que ce qui avait été initialement prévu par la direction de Boeing au lendemain du crash du vol 302 d’Ethiopian Airlines le 10 mars. L’avionneur espérait alors trouver en quelques semaines une solution au problème technique suspecté d’être à l’origine des deux catastrophes aériennes.

Deux nouveaux problèmes techniques

Mais les semaines, puis les mois, ont passé sans que les autorités nationales ne délivrent les autorisations nécessaires pour que les quelques 480 Boeing 737 MAX cloués au sol dans le monde puissent de nouveau voler. L’avionneur a d’abord tardé à finaliser la mise à jour du logiciel anti-décrochage (baptisé MCAS), qui semble avoir mal fonctionné lors des deux accidents. Il n’a fourni les détails de sa solution à la FAA et aux autres régulateurs nationaux que le 16 mai, soit presque huit mois après le crash du vol 610 de la compagnie indonésienne Lion Air, fin octobre 2018. Boeing a, en effet, reconnu avoir commencé à travailler à une mise à jour du logiciel MCAS dès cette époque. Le groupe américain a justifié ce retard par le fait qu’il avait voulu multiplier les précautions, effectuant plus de 200 vols test avec la nouvelle version de son système anti-décrochage.

Les compagnies aériennes avaient alors anticipé une remise en service de leurs Boeing 737 MAX pour la fin de l’été, le temps que la FAA fasse les vérifications nécessaires. Mais ils ont dû remiser leurs espoirs au placard lorsque l’autorité américaine de l’aviation a révélé, en juin, avoir découvert d’autres défauts techniques sur ce modèle. Plusieurs composants situés sur les ailes d’une centaine de Boeing 737 MAX présentaient des défauts de fabrication, les rendant moins résistants, ont d’abord découvert les experts américains, le 3 juin. Ensuite, lors de plusieurs simulations de vols, les techniciens de la FAA se sont aperçus qu’un autre logiciel - distinct du MCAS mais qui peut servir à rectifier le tir en cas de dysfonctionnement de ce dernier - ne fonctionnait pas de manière optimale, a rapporté le Wall Street Journal.

Boeing a donc été prié de retourner à ses ateliers pour revoir sa copie. L’avionneur a prévenu qu’il lui faudrait probablement plusieurs mois pour trouver une solution à ces nouveaux problèmes. De son côté, la FAA a déclaré qu’elle continuait à se pencher sur le cas du Boeing 737 MAX et n’autoriserait ces avions à retourner dans les airs qu’après "une enquête minutieuse".

La FAA sous pression

La FAA ne peut, en effet, se permettre de raté dans cette affaire. "À ce stade, les aspects techniques sont moins importants que les considérations politiques pour comprendre le temps pris par les régulateurs", assure Richard Aboulafia, un analyste pour le cabinet de conseil américain The Teal Group, interrogé par CNN. La FAA se sait sous pression : après les deux crashs, les médias américains se sont intéressés de plus près au processus de certification du Boeing 737 MAX et, plus largement, à la relation entre cet organisme et l’avionneur.

Une longue enquête du Washington Post, publiée le 27 juin, a, notamment, révélé que Boeing avait traité pendant des décennies avec une certaine légèreté les préconisations de la FAA qui, en retour, se serait montrée plutôt accommodante avec une entreprise aussi puissante économiquement qu’influente politiquement.

En 2015, cette autorité avait infligé une modeste amende de 15 millions de dollars à Boeing pour une série de dysfonctionnements remontant aux années 1980 allant de portes mal conçues à des outils oubliés dans les ailes des avions. Pour un groupe réalisant près de 20 milliards de dollars de bénéfices par an, c’était un faible prix à payer pour effacer son ardoise. Même après cet accord, Boeing a continué à traîner des pieds pour fournir à la FAA toutes les informations qui lui étaient régulièrement demandées concernant la sécurité de ses avions, affirme le Washington Post.

En attendant que la FAA rende son verdict et que Boeing s’exécute, les compagnies aériennes trinquent. Les principales sont américaines - à commencer par Southwest, qui opère 31 Boeing 737 MAX, et United (24) - et elles enregistrent environ 60 millions de dollars de manque à gagner par jour d’inactivité de leurs avions, a calculé pour le site The Conversation Volodymyr Bilotkach, professeur d’économie à l’Université de Newcastle qui collabore avec l’Association internationale du transport aérien.

Des pertes que ces compagnies ne manqueront pas de réclamer à Boeing et qui promettent de longues batailles judiciaires.

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