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Hong Kong : qui sont les manifestants en révolte contre Pékin ?

La mobilisation a atteint des records dans les rues de Hong Kong, jusqu’à un million de personnes le 9 juin et près de deux millions le 16 juin.
La mobilisation a atteint des records dans les rues de Hong Kong, jusqu’à un million de personnes le 9 juin et près de deux millions le 16 juin. Vivek Prakash, AFP

Réputé jeune, étudiant et pacifique, le mouvement de contestation à Hong Kong se durcit, à l’image de l’assaut du parlement local lundi. Il représente aussi d'autres facettes de la population. Anatomie d’un mouvement en évolution.

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Hong Kong a sombré dans un chaos total lundi 1er juillet, date anniversaire de la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la Chine en 1997. Des manifestants vêtus de noirs et de casques jaunes ont brisé les portes vitrées du Conseil législatif (LegCo) face aux forces de l'ordre faisant usage de leurs matraques et de gaz poivre, certains déployant le drapeau de l'époque coloniale britannique à l'intérieur de l'hémicycle, et d’autres taguant les murs de slogan anti-gouvernement.

Le mouvement de contestation a atteint "un niveau de violence sans précédent", reconnaît le chroniqueur international de France 24 Baptiste Fallevoz, ancien correspondant dans la région. Au premier rang de cette opération, on retrouve des jeunes identifiés par Pékin comme "les radicaux", une faction ultra déterminée du camp pro-démocratie. "Ils se sont illustrés ces dernieres années en brandissant des drapeaux de l’Union Jack ou des bannières de l’empire colonial britannique", rappelle le journaliste. Un geste perçu davantage comme de la provocation que comme une réelle conviction.

"Les radicaux refusent toute appartenance à la Chine"

Ces irréductibles, qui n’ont pas peur d’aller au conflit, affichent un profond rejet des Chinois du continent, qui viennent à Hong Kong faire du tourisme ou investir. "Même si les ‘radicaux’ n’ont pas connu le Hong Kong britannique d’avant 1997, ils refusent toute appartenance à la Chine, qu’elle soit politique culturelle ou sociale, décrypte l'ancien correspondant de France 24. Ils accusent les Chinois de tous les maux : faire flamber les prix de l’immobilier, prendre les emplois des Hongkongais, … ".

Reste que la nature de l’opération menée par les manifestants pose question pour Jean-François Dufour, directeur du cabinet d'analyses DCA Chine-Analyse, interrogé sur l'antenne de France 24 : "Les activistes qui se sont introduits dans le Parlement sont peu nombreux mais sont très déterminés et organisés. On peut se poser la question d’une opération pilotée depuis l’extérieur [pour donner une mauvaise image du mouvement]".

Un mouvement mieux préparé qu’en 2014

Quoi qu’il en soit, ces activistes ne représentent qu’une infime partie du mouvement initié en mars par des syndicats d’étudiants vêtus de noirs, une ombrelle à la main, pour protester contre l'amendement de la loi d'extradition par le gouvernement de Carrie Lam. Ces scènes de désobéissance civile ont fait écho aux manifestations de Occupy de 2014, lorsque des manifestants ont tenu des sit-in pendant 79 jours pour réclamer une plus grande démocratie. Sans succès.

"Cette fois-ci, si on perd, Hong Kong ne sera plus Hong Kong, ce sera juste une simple ville chinoise", a déclaré Martin Lee QC, un militant pro-démocratie, avocat de formation, et leader de ce mouvement qui se montre plus organisé qu’il y a cinq ans. "Ils disposent de masques faciaux, de lunettes et de gilets de protection", relève le South China Morning post. Le journal hongkongais de langue anglaise juge les manifestants "mieux préparés pour la confrontation". "Leurs actions sont coordonnées spontanément sur le terrain et par le biais de messages cryptés", précise le quotidien.

Milieux d’affaires, avocats et retraités

Portée par les réseaux sociaux, la mobilisation a atteint des records dans les rues de Hong Kong, jusqu’à un million de personnes le 9 juin et près de deux millions le 16 juin, soit près d’un tiers de la population. Un tel engouement s’explique notamment par le soutien des milieux financiers, la colonne vertébrale de cette mégalopole. "Ce qui n’était pas le cas en 2014", précise Jean-François Di Meglio, économiste et président d’Asia center. Il faut remonter aux manifestations de 2003, qui dénonçaient un projet de loi liberticide de sécurité nationale, pour voir l’appui des hommes d’affaires.

Les cabinets d’avocats aussi sont très présents dans ces manifestations. "Avec le projet de loi, ils pourraient se sentir menacés en raison de leurs activités, commente Carine Milcent, professeure d’économie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) interrogée par France 24. Elles pourraient être perçues comme allant à l’encontre du pouvoir central".

Les personnes plus âgées ont également rejoint les rangs du cortège. "Habituées à prôner la stabilité depuis des années, elles sentent que le pouvoir est en train de glisser vers l’État continental, ce qui attise la concurrence entre Hong Kong et sa rivale Shanghaï", précise Carine Milcent. Elles ne voient donc plus d’intérêt de préserver cette stabilité".

Le mouvement s’est élargi, reconnait le South China Morning Post, qui constate que le spectre des revendications s’est aussi amplifié. La suspension du projet de loi contesté, mi-juin, n’a pas réussi à calmer la protestation. Au contraire, les protestataires continuent de demander le retrait définitif du projet de loi et appellent aussi à la démission de la cheffe de l'exécutif Carrie Lam.

Interrogée par le South China Morning Post, Chloe Wong, une administratrice d'école âgée de 43 ans, s’est félicité d’avoir manifesté lundi malgré la chaleur accablante. Elle est venue dénoncer la détérioration de la qualité de la vie et le refus du gouvernement d’écouter les préoccupations du public. Elle se dit "réveillée après des années de frustration".

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