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Malgré l’embargo de l’ONU, les armes continuent d’affluer en Libye

Des combattants fidèles au GNA chargent un canon, à Espiaa, à environ 40 kilomètres au sud de Tripoli, le 29 avril 2019.
Des combattants fidèles au GNA chargent un canon, à Espiaa, à environ 40 kilomètres au sud de Tripoli, le 29 avril 2019. Mahmud Turkia, AFP (archives)

La course à l’armement se poursuit entre les deux autorités rivales du pays en dépit de l’embargo sur les armes imposé à la Libye par l’Onu depuis 2011. En cause, des puissances étrangères accusées de violer les résolutions du Conseil de sécurité.

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Amnesty International a lancé un nouveau cri d’alarme, mercredi 3 juillet, contre les violations continues de l’embargo sur les armes imposé à la Libye par l’ONU depuis 2011. L’ONG a même nommément accusé plusieurs pays de garnir les arsenaux des belligérants locaux qui s’affrontent pour le contrôle de la capitale Tripoli.

"L’embargo sur les armes de l’ONU vise à protéger les civils en Libye. Mais la Jordanie, les Émirats arabes unis et la Turquie, entre autres, le bafouent manifestement en fournissant des véhicules blindés, des drones, des missiles guidés et d’autres armes, déplore Magdalena Mughrabi, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, citée dans un communiqué de l’ONG. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit de toute urgence prendre des mesures pour faire respecter l’embargo, et les parties en conflit doivent respecter le droit international humanitaire et cesser de mettre en permanence en danger les civils".

Ces accusations sonnent comme un écho avec celles prononcées par l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé, fin mai sur l’antenne de France 24. Ce dernier s’était toutefois gardé de citer nommément les pays qui fournissent des armes aux deux camps qui se font face, celui du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen et chef de l’Amée nationale libyenne (ANL), et celui de son rival politique Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement d'union nationale (GNA).

"Les différentes parties libyennes importent, achètent ou reçoivent des armes de l’extérieur, ce n’est pas nouveau, avait-il dénoncé. Des États étrangers, qui se reconnaîtront, ont exporté directement ou indirectement des armes vers la Libye, et c’est une violation flagrante des résolutions du Conseil du sécurité".

Depuis le lancement début avril d'une offensive du maréchal Khalifa Haftar pour s'emparer de Tripoli, où siège le GNA, le Conseil de sécurité reste en panne d'accord sur une résolution réclamant un cessez-le-feu en Libye. Sur le terrain, alors que les deux camps s'accusent mutuellement de bénéficier du soutien militaire de puissances étrangères, la tragédie se poursuit. Mardi, un raid aérien a visé un centre de détention de migrants près de Tripoli et un premier bilan a fait état d'au moins 44 morts et d'une centaine de blessés.

Un contrôle inopérant

Le 11 juin, les quinze membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité avaient pourtant adopté la résolution 2473 prolongeant d’un an l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye et autorisant les États à "inspecter en haute mer, les navires à destination ou en provenance de la Libye, s’ils ont des motifs raisonnables de penser que ces navires transportent des armes ou du matériel connexe".

Malgré cette initiative, plusieurs affaires ont démontré ces dernières semaines que le contrôle du respect de l’embargo imposé par la résolution 1970 et confié à l’opération militaire Sophia de l’Union européenne en Méditerranée, est inopérant.

Le 28 juin, le New York Times a révélé que les forces loyales au GNA en Libye avaient découvert des missiles antichars Javelin de fabrication américaine sur une base à Gharyan (ouest), alors aux mains des combattants du maréchal Khalifa Haftar.

Selon le quotidien, cet arsenal proviendrait d'une cargaison vendue, en 2008, par les États-Unis dans le cadre d'un contrat avec les Émirats arabes unis, un des soutiens régionaux du camp Haftar avec l'Égypte et l'Arabie saoudite, et le sultanat d'Oman. L’administration américaine a indiqué enquêter sur ces informations, tandis que les Émirats ont démenti, mardi 2 juillet, avoir acheminé de tels missiles en Libye.

Le même jour, le sénateur démocrate américain Robert Menendez, numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a prévenu que Washington pourrait suspendre ses ventes d'armes aux Émirats arabes unis s'il s'avérait que cet allié régional des États-Unis ait transféré des missiles américains à des forces libyennes.

Dans une lettre adressée au secrétaire d'État Mike Pompeo, il a exigé qu'une enquête soit menée et réclamé des précisions d'ici le 15 juillet sur les accords régissant les ventes d'armes à Abou Dhabi.

"Vous savez certainement que si ces affirmations sont avérées, vous serez peut-être obligé légalement de mettre un terme à toutes les ventes d'armes aux Émirats", a écrit le sénateur démocrate au chef de la diplomatie américaine. De tels transferts d'armes "enfreindraient gravement" la loi américaine et rompraient "presque certainement" l'embargo onusien sur les ventes d'armes à la Libye.

La Turquie reconnaît fournir des armes le GNA

De l’autre côté de l’échiquier libyen, le maréchal Khalifa Haftar a menacé vendredi de s'en prendre aux intérêts turcs dans le pays, accusant Ankara d'intervenir "dans la bataille de façon directe : avec ses soldats, ses avions et ses navires par la mer". Selon lui, des approvisionnements en armes et munitions arrivent directement aux forces du GNA via la Méditerranée. Le 30 juin, ses forces avaient annoncé avoir détruit au cours d'une frappe un "drone turc" à l'aéroport international de Tripoli.

Plus tôt, le 18 mai, une trentaine de véhicules blindés turcs avaient été livrés au grand jour, sans déclaration préalable auprès du comité des sanctions de l’ONU, dans le port de Tripoli. Ils ont été transportés à bord d’un navire battant pavillon moldave, l’Amazon Giurgulesti, en provenance du port turc de Samsun.

Le 19 juin, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait confirmé que son pays fournissait des armes au GNA, estimant que ces équipements avaient permis à Tripoli de "rééquilibrer" la situation face aux forces de Khalifa Haftar. Selon les experts, la Turquie, qui a promis de riposter contre toute attaque ordonnée par l’ANL, a fourni au GNA des véhicules, des drones armés ou non, et un soutien technique (de la formation notamment), mais également une implication plus directe en particulier pour le pilotage des drones Bayraktar TB2, le temps que les (combattants) libyens soient opérationnels.

Avec AFP

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