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Féminicides en France : "Nous avons besoin d’une mobilisation générale pour sauver ces vies"

Une manifestante de l'association @Noustoutes, le 29 septembre 2018, à Paris.
Une manifestante de l'association @Noustoutes, le 29 septembre 2018, à Paris. Zakaria Abdelkafi, AFP

Alors que 72 femmes ont été tuées depuis le 1er janvier par leur conjoint ou ex-conjoint, de nombreuses voix s’élèvent pour demander à Emmanuel Macron et au gouvernement de réagir. Un rassemblement est organisé samedi à Paris.

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Depuis que la barre des 70 féminicides a été franchie, le 26 juin, plusieurs tribunes ont appelé le président et le gouvernement à agir. Un premier texte, "Protégez-les !", écrit par un collectif de proches de victimes, a été publié, samedi 29 juin, dans Le Parisien. Un second, "Les féminicides ne sont pas une fatalité : Monsieur le président, réagissez", est l’œuvre de la militante Caroline de Haas et a été publié, jeudi 4 juillet, dans Le Monde.

Si le sujet est largement médiatisé depuis le début de la semaine, le décompte, lui, ne s’arrête pas. Deux autres femmes ont depuis perdu la vie pour porter à 72 le nombre de féminicides en France entre le 1er janvier et le 4 juillet 2019, selon le groupe Facebook "Féminicides par compagnons ou ex". Un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes : 130 femmes avaient été assassinées en 2018 et 123 en 2017, selon le même groupe.

Un rassemblement sera organisé place de la République, à Paris, samedi 6 juillet, à l’initiative du Collectif de familles et de proches de victimes de féminicides et de la Fondation des femmes. Pour la présidente de cette association, Anne-Cécile Mailfert, interrogée par France 24, "il faut une mobilisation générale des institutions et de la société pour sauver ces vies".

France 24 : Un 72e féminicide s’est produit dans la nuit de mercredi à jeudi, près de Reims. Pourquoi autant de femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France ?

Anne-Cécile Mailfert : Le problème de la France, c'est que nous avons des lois mal appliquées ou pas assez appliquées. On n’arrive pas à protéger des femmes en danger de mort parce que notre pays ne fait pas ce qu’il faut pour éviter que les femmes meurent. C’est criant sur les dépôts de plaintes : celles-ci sont souvent transformées en mains courantes, ou alors elles ne sont pas suivies d’effet.

Il y a aussi une explication structurelle. On vit dans une société où il y a encore des inégalités entre les femmes et les hommes, ce qui génère des violences. Les raisons sont liées au machisme, des hommes qui pensent que les femmes peuvent être leur propriété, qui pensent qu’ils peuvent être violents quand ils n’ont pas ce qu’ils veulent.

Selon vous, l’État est-il responsable ?

C’est quand même dingue qu’on ne parvienne pas à protéger des femmes qui font pourtant la démarche de se rendre dans un commissariat. Il y a des défaillances dans la manière dont les lois sont appliquées et nous avons aujourd’hui besoin d’une mobilisation générale des institutions pour sauver ces vies. Il n’est pas normal que les plaintes ne remontent pas toujours jusqu’au procureur ou que le juge des affaires familiales tarde à délivrer, voire refuse de délivrer une ordonnance de protection ! Dans certains endroits, celle-ci arrive rapidement, mais dans d’autres régions, il faut parfois attendre huit mois !

>> À voir : Violences faites aux femmes : "Il y a un problème de formation des professionnels de santé"

Vous organisez un rassemblement samedi à Paris. Que demandez-vous exactement ?

Le mot d’ordre qui s’adresse au gouvernement, c’est "Protégez-les !". Nous demandons un Grenelle des violences faites aux femmes pour mobiliser la société dans son ensemble. Des mesures visant à faire baisser le nombre de victimes immédiatement doivent être prises. L’exemple à suivre, c’est l’Espagne, qui a mis en place de nombreuses mesures pour lutter efficacement contre les féminicides. En premier lieu, les personnels susceptibles de recueillir la parole des victimes – médecins, policiers, juges – ont tous été formés et les femmes n’ont plus peur de parler. Elles savent que leur parole sera entendue. Elles bénéficient également d’une aide juridique. Enfin, les affaires de violences faites aux femmes sont traitées par des tribunaux spécifiques et les médias s’impliquent aussi en portant beaucoup d’attention à chaque affaire.

À lire : #NousToutes : contre les violences sexistes et sexuelles, il faut "un électrochoc"

En France, les victimes manquent souvent d’information. La plupart des femmes assassinées ne sont pas suivies pas des associations et n’avaient jamais appelé le 3919 [numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, NDLR]. Pourtant, elles avaient toutes montré des signaux. Il est urgent de mettre fin aux défaillances.

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