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Le Losharik, sous-marin russe au cœur de tous les fantasmes

Le port militaire de Severomorsk abrite la flotte du Nord de la marine militaire russe.
Le port militaire de Severomorsk abrite la flotte du Nord de la marine militaire russe. Reuters

L’accident à bord d’un sous-marin russe qui a coûté la vie à 14 personnes, lundi, a provoqué une pluie de spéculations. Si Moscou se montre si discret, c’est parce que la tragédie impliquerait le submersible le plus secret de sa marine.

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Quatre jours après l’accident d’un sous-marin russe qui a coûté la vie à quatorze membres de l’équipage, Moscou continue à garder un silence obstiné sur les circonstances qui entourent l’incendieau large de la base militaire de Severomorsk, dans l'Arctique. Ce site, à quelques kilomètres de Mourmansk, abrite la flotte du Nord, la plus puissante de la marine russe.

Le président Vladimir Poutine a attendu le lendemain de l’incident, mardi 2 juillet, pour le confirmer. Il a fallu patienter encore un jour pour que les autorités daignent nommer l’une des personnes décédées, alors que l’identité des quatorze disparus circulait déjà depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux. Mais Moscou a continué de refuser d’évoquer les causes de l’accident, et n’a pas voulu préciser combien de marins avaient survécu.

Les autorités russes sont également restées très vagues sur le modèle de sous-marin impliqué et l’ampleur des dégâts. "C’est un vaisseau scientifique qui était en mission d’étude des fonds marins", s'est contenté d'expliquer le ministère de la Défense. Une précision qui n’explique pas la présence à bord – confirmée par Moscou – de capitaines de marine de première classe. Ces officiers sont généralement affectés aux bâtiments militaires les plus importants, et pas aux submersibles purement scientifiques.

Sous-marin à propulsion nucléaire

Moscou "conserve un niveau de secret remarquable autour de ce qui est arrivé à ce sous-marin", reconnaît Pavel Baev, spécialiste de l’armée russe au Peace Research Institute d’Oslo, contacté par France 24. Une réticence à entrer dans les détails qui a poussé certains médias à comparer cet accident à celui du sous-marin Koursk, où 118 marins avaient trouvé la mort en 2000. Vladimir Poutine, depuis peu au pouvoir, avait été critiqué pour son manque de communication sur les circonstances de la tragédie.

D’autres commentateurs russes ont même établi un parallèle avec le silence radio de Moscou juste après l’explosion à la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. La Russie dispose en effet de sous-marins nucléaires à la base de Severomorsk, et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, a confirmé que l’accident avait touché l’un d’eux. "Tout indique qu’il s’agit du sous-marin AS-31 à propulsion nucléaire et l’absence de radiation dans la zone après l’accident, confirmée par la sûreté norvégienne [la frontière norvégienne est proche, NDLR], indique que le pire a pu être évité", précise Pavel Baev.

Que l’accident soit survenu à bord du sous-marin AS-31 est d’ailleurs considéré comme un fait établi par la plupart des médias. Il s’agit du nec plus ultra des submersibles d’exploration et de recherche de l’armée russe, et, surtout, cela expliquerait pourquoi Moscou est aussi avare de détails. "C’est le projet le plus secret de la marine russe", confirme Pavel Baev. Il n’existe qu’un seul cliché de l’appareil, et il a été pris par accident… lors du tournage d’un épisode en 2015 de l’émission consacrée à l’automobile "Top Gear".

Missions scientifiques… et militaires

L’AS-31, aussi appelé Losharik (une référence à un dessin animé russe éponyme des années 1970), est un sous-marin unique dont la conception remonte à la fin de l’ère soviétique. "La construction de la première version de ce sous-marin [appelé AS-21, NDLR] a été interrompue dans les années 1990 en raison du manque d’argent, puis elle a repris au début des années 2000 pour être achevée en 2003", explique Pavel Baev. Ce submersible est souvent présenté à tort comme un sous-marin espion. "Sa raison d’être principale est l’exploration des fonds marins, et il a été d’abord utilisé dans l'Arctique, en 2012, pour collecter des échantillons censés renforcer les revendications maritimes russes sur cette région", rappelle ce spécialiste. Le Losharik a, en effet, été conçu pour plonger à plus de 6 000 mètres sous le niveau de la mer.

Mais il a aussi une utilité militaire. "On le soupçonne d’être utilisé pour surveiller les câbles sous-marins et il serait aussi équipé pour les sectionner le cas échéant", explique Pavel Baev. Le sous-marin AS-31 effectuerait aussi des missions de reconnaissance… et de nettoyage. "L’état-major de la marine russe redoute que l’Otan ait truffé les fonds marins autour de la base de Severomorsk de matériel électronique de surveillance, et ce navire – grâce à sa capacité de descente et de submersibilité – est l’outil idéal pour repérer et se débarrasser de ce type de mouchards", note Pavel Baev.

Il se pourrait, selon lui, que l’accident soit survenu lors d’une mission. Mais cela n’explique pas, à ses yeux, le principal mystère de toute cette affaire : pourquoi des capitaines de première classe avaient appareillé à bord d’un bâtiment qui, à sa connaissance, n’a jamais transporté d’armes. Moscou refuse d’éclairer ce point invoquant le secret défense… ce qui laisse la porte ouverte à toutes les spéculations.

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