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Raid aérien en Libye : des gardes ont ouvert le feu sur des migrants, selon l'ONU

Des militaires du Gouvernement d'union nationale (GNA) inspectent des décombres après le raid sur un camp de détention de migrants, le 3 juillet 2019, près de Tripoli.
Des militaires du Gouvernement d'union nationale (GNA) inspectent des décombres après le raid sur un camp de détention de migrants, le 3 juillet 2019, près de Tripoli. Mahmud Turkia, AFP

Des gardes libyens ont ouvert le feu sur des migrants qui essayaient de fuir, près de Tripoli, le camp de détention visé par un bombardement et qui a fait 53 morts, selon un rapport humanitaire des Nations unies publié jeudi.

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Une phrase au détour d’un rapport, rendu public jeudi 4 juillet, du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l'ONU révèle les instants qui ont suivi la première frappe aérienne, deux jours auparavant, sur le camp de détention de migrants de Tajoura, dans les faubourgs de Tripoli.

Selon ce document, une première frappe a touché un garage vide dans le camp, créant un début de panique parmi les migrants. C’est alors que des gardes libyens auraient ouvert le feu sur ceux qui cherchaient à s’échapper. La deuxième frappe aérienne a ensuite pulvérisé le hangar sous lequel s’abritaient 120 migrants et réfugiés. Le dernier bilan de cette attaque qualifié de « crime de guerre » par l’ONU fait état 53 morts.

Le rapport indique également que le camp de détention est situé à proximité de la base d’une milice.

« Ce n’est pas la première fois que le camp de détention de Tajoura est visé du fait de sa proximité avec une base militaire », notent les rédacteurs du rapport. Le 7 mai dernier, une frappe aérienne contre des troupes du gouvernement d’union national (GNA) avait déjà fait deux blessés dans le camp de détention.

La frappe menée, mardi, à Tajoura a été attribuée par le GNA aux forces rivales du maréchal Khalifa Haftar engagées dans une offensive pour s'emparer de la capitale d'un pays plongé dans le chaos depuis 2011. Mais le porte-parole des forces pro-Haftar, Ahmad al-Mesmari, a démenti toute implication dans l'attaque, accusant en retour le GNA de "fomenter un complot" pour leur faire endosser la responsabilité du carnage.

Les États-Unis bloquent une condamnation unanime de l’ONU

Malgré le tollé international, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas condamné unanimement cette attaque. Les États-Unis ont empêché l'adoption par le Conseil de sécurité, réuni en urgence, d'une condamnation unanime, au terme de plus de deux heures de réunion, selon des diplomates.

Sans accuser une partie ou une autre, le projet de texte britannique reprenait l'ensemble de ces éléments et soulignait aussi la profonde préoccupation du Conseil devant l'aggravation de la situation humanitaire en Libye, tout en réclamant des États membres de l'ONU un plein respect de l'embargo sur les armes décrété en 2011.

Car, malgré cet embargo, la course à l'armement se poursuit entre les deux autorités rivales du pays. Les puissances étrangères sont accusées de violer les résolutions du Conseil de sécurité.

En début de réunion, un responsable de l'ONU avait exhorté le Conseil de sécurité à adopter une "position forte pour la paix et la fin de la violence", à défaut de quoi le bilan des victimes civiles continuerait à s'accroître en Libye, a rapporté une source onusienne.

Ce n'est pas la première fois que le Conseil se révèle dans l'incapacité de prendre une position commune depuis l'offensive début avril du maréchal Khalifa Haftar pour conquérir Tripoli, où siège le Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj.

Soutien américain à Haftar

Depuis la mi-avril et un appel téléphonique entre le président américain Donald Trump et Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, un projet britannique de résolution réclamant un cessez-le-feu est resté lettre morte sur la table du Conseil de sécurité.

Selon des diplomates, "les États-Unis ne veulent pas de résolution" qui critiquerait l'offensive du maréchal Haftar. En avril, l'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, avait vivement dénoncé l'incapacité de la communauté internationale à adopter une position commune sur la Libye.

Le maréchal Haftar est notamment soutenu par l'Égypte et les Émirats arabes unis tandis que le GNA bénéficie de l'appui de la Turquie et est reconnue par la communauté internationale.

Selon une source onusienne, lors d'une rencontre les 22 et 23 juin, Ghassan Salamé n'a pas réussi à faire endosser au maréchal Haftar l'idée d'un cessez-le-feu. Ce dernier s'est borné à accepter d'étudier de petites mesures de confiance à conclure avec son adversaire, selon la même source.

D'après l'ONU, les centres de détention libyens comptent 5 700 réfugiés et migrants, dont 3 800 sont en position de vulnérabilité face à des combats.

En 2019, plus de 3 000 réfugiés et migrants interceptés en mer ont été reconduits en Libye alors que personne ne peut affirmer qu'il s'agit d'un "pays sûr" pour leur sécurité, a par ailleurs fait valoir aux membres du Conseil de sécurité un responsable de l'ONU, en critiquant implicitement ces retours forcés.

Avec AFP

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