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Pour apprendre la neurologie, le théâtre sans l'amphi

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Paris (AFP)

Sur une petite scène, Charlie Chaplin claudique, Theresa May mélange ses mots et Kate Winslet vomit en perdant l'équilibre, agrippée au bastingage du Titanic. Du théâtre? Non: des cours de neurologie, où les étudiants en médecine apprennent les symptômes des maladies par la comédie et le mime.

"Ca permet d'associer des termes techniques à une gestuelle. On retient beaucoup mieux comme ça", assure à l'AFP Marion François-Elie, étudiante à la faculté de Sorbonne Université à Paris.

A ses côtés, Cassandra Diaz acquiesce: "Plus tard, face à des patients, on comprendra beaucoup mieux ce qu'ils vivent".

Les deux jeunes femmes ont participé mercredi et jeudi à un événement appelé The Move Europe, dans l'amphithéâtre de l'Institut du cerveau (ICM), au sein de l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.

Il s'agit d'un tournoi entre des universités européennes où cet enseignement ludique est dispensé: Paris, Bordeaux, Rennes, Lille pour la France, ainsi que Londres, Dublin et Lisbonne.

A chaque fois, deux équipes composées d'une poignée d'étudiants s'opposent pour traiter d'un syndrome ou d'une maladie dans des saynètes de 5 minutes, préparées à l'avance. Scénarisées, ces mini-pièces de théâtre doivent décrire les symptômes au plus près de la réalité.

Un jury de spécialistes de neurologie les évalue, sur le modèle de l'émission musicale The Voice. Il prend en compte l'originalité des scénarios et la précision avec laquelle les symptômes sont mimés.

Déguisés et munis d'accessoires, les aspirants médecins s'en donnent à coeur joie.

Pour Parkinson, la fac de Bordeaux joue un remake de "Retour vers le futur". À chaque voyage dans le temps, les symptômes du personnage principal s'aggravent (perte de l'odorat, tremblements, problèmes moteurs). Une allusion au fait que l'acteur du film américain, Michael J. Fox, est réellement atteint de cette maladie.

Pour l'aphasie, un trouble du langage, la fac de Dublin met en scène une conférence de presse de Theresa May au moment du Brexit.

Interprétée par un étudiant, perruque sur la tête, l'ex-Première ministre britannique dit des phrases sans queue ni tête.

"Nous traitons de l'aphasie de Wernicke: le patient parle, mais ses mots ne sont pas les bons, même si grammaticalement l'ordre est correct. Alors le plus dur, c'était d'apprendre les dialogues!", assure à l'AFP la fausse (ou plutôt le faux) Mme May, Alexander McDaid.

- "Neurophobie" -

Les saynètes s'enchaînent, les maladies et les idées de mise en scène aussi: un Harry Potter épileptique, la finale de Wimbledon 1999 Sampras-Agassi interrompue par le malaise d'une ramasseuse de balles atteinte d'un syndrome vestibulaire (vertiges, nausées...), ou encore une version déjantée de "Titanic", dont l'héroïne souffre de ce même mal.

Les étudiants-comédiens s'amusent, mais, signe qu'on est (aussi) là pour apprendre, émaillent leurs dialogues de vrais termes techniques: trépidation épileptoïde du pied, marche ataxique, manoeuvre de Mingazzini...

Dans la salle, leurs adversaires les applaudissent ou les chahutent gentiment, loin de la solennité d'un cours magistral. Si certaines trouvailles prêtent à rire, il n'est jamais question de se moquer des malades, mais bien de se mettre à leur place.

Cette méthode d'enseignement à part, proposée en deuxième année de médecine et soutenue par l'ICM, a été développée à partir de 2014 par l'équipe d'Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à la Pitié-Salpêtrière.

Depuis, elle a essaimé en Europe, et peut même remplacer les cours magistraux pour apprendre les signes et symptômes neurologiques (la sémiologie).

"On s'était rendu compte que nos étudiants avaient d'excellentes connaissances théoriques, mais avaient des difficultés à les mettre en pratique, en particulier en neurologie", raconte à l'AFP le Pr Flamand-Roze.

"Qu'ils soient européens, africains, asiatiques ou américains, les étudiants considèrent souvent la neurologie comme la matière la plus difficile, et la craignent", poursuit-il.

"Ce phénomène est appelé +neurophobie+, et on peut le surmonter avec cette méthode d'apprentissage joyeuse et stimulante", selon lui.

Camille Béhar, une étudiante parisienne, est d'accord: "Moi, je ne revise plus la neuro. Pour la sémiologie, tout est dans la tête, franchement!"

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