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REPORTAGE

À Washington, la fête nationale imaginée par Donald Trump divise le public

Donald Trump s'adresse à la nation derrière une vitre pare-balle dégoulinante de pluie, jeudi 4 juillet 2019.
Donald Trump s'adresse à la nation derrière une vitre pare-balle dégoulinante de pluie, jeudi 4 juillet 2019. Sarah Silbiger, Getty Images/AFP

Malgré un discours le moins politique possible pour la fête nationale, le "Salut à l'Amérique" lancé jeudi par Donald Trump sous le ciel pluvieux de Washington n'a pas empêché les divisions entre ses partisans et ceux qui le haïssent.

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, correspondante à Washington

Depuis qu’il a assisté au défilé du 14 juillet 2017 sur les Champs-Élysées, Donald Trump rêvait d’une parade militaire à la française. Deux ans plus tard, face aux critiques et au manque de budget, il a dû revoir ses prétentions à la baisse. Pas de défilé militaire, mais des tanks immobilisés au sol et un survol - trop haut dans le ciel orageux - de jets et d’hélicoptères de guerre. L’image qui restera de ce 4 juillet, jour de fête nationale américaine, sera peut-être celle du président derrière une vitre pare-balle dégoulinante de pluie.

Certains craignaient qu’il s’accapare ce jour et le transforme en meeting politique. Durant son "Salut à la nation", le chef de l’État, droit et fier devant le mémorial Lincoln de Washington, s’en est tenu à un discours non partisan rappelant l’histoire du pays et saluant ses grands hommes, de George Washington à Martin Luther King. "Aujourd’hui, nous sommes rassemblés en tant que nation", a-t-il lancé à la foule de casquettes rouges "Make America Great Again" (MAGA, "Rendre à l’Amérique sa grandeur", son slogan de campagne en 2016). "Nous les Américains, nous aimons notre liberté et personne ne nous la prendra jamais", a-t-il ajouté.

En costume bleu et cravate rouge, Donald Trump a également rendu hommage aux "héros" de l'armée américaine. "Notre nation est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été", a-t-il assuré avant d’égrener les noms des engins militaires qui ont déchiré le ciel durant plusieurs minutes.

Les chars dans la capitale ne passent pas

Dans la journée, l’ambiance laissait pourtant penser que cette fête nationale ne serait pas célébrée sous le signe de l’unité. Le long de la parade civile matinale, d’ordinaire apolitique, les vendeurs de casquettes et de T-shirts "Trump" jouent des coudes pour fournir en accessoires les partisans du président écrasés par la chaleur.

Face à eux, quelques pancartes anti-Trump commencent à émerger. "Make out, not war" (Embrassez-vous, ne faites pas la guerre), "Thanks but no tanks" (Merci mais nous ne voulons pas de tanks) ou encore "Lock him up!" (Enfermez-le !), peut-on lire. "Nous habitons Washington et nous n’avons jamais vu un tel événement. Le 4 juillet est censé être non partisan. Et Donald Trump n’a toujours pas remboursé à la ville les 7 millions de dollars dépensés pour son investiture", peste une famille de locaux. Elle ajoute se sentir particulièrement mal à l’aise à la vue de chars militaires dans les rues de la capitale, un symbole associé aux dictatures dans l'esprit de beaucoup d’Américains.

La tension politique grimpe au fur et à mesure que la foule se rapproche du Lincoln Memorial. À mi-parcours, au niveau du Washington Monument, des dizaines d’activistes de gauche sont rassemblés à l’appel de l’organisation Code Pink. Immigration, environnement, politique étrangère : chacun a son cheval de bataille.

"Monsieur Trump, on vous aime !"

L’une d’entre elle brandit la terrible photo des corps d’un homme et de sa petite fille noyés dans le Rio Grande en tentant de franchir la frontière entre les États-Unis et le Mexique. "Cette image est devenue le symbole du manque d’humanité de ce gouvernement", lance-t-elle au public assis sur des chaises de fortune. Une jeune femme de 22 ans lui succède au micro pour faire part de son angoisse au sujet de la crise climatique : "Donald Trump et les idiots qu’il a nommés au gouvernement sont en train de détruire ma génération." Un peu en retrait, les républicains ricanent sans perdre une miette du spectacle.

Ils font face à un ballon gonflable à l’effigie d’un Donald Trump en couche-culotte, baptisé "Baby Trump", flottant dans l’air étouffant. Mais c’est un moulage représentant le président sur la cuvette des toilettes, hurlant "Fake News" ou encore "No collusion!" qui a déclenché leur colère.

Un Afro-Américain s’insurge : "C’est n’importe quoi ! Où est le respect ? Celui qui a créé ça est une ordure  !". "Monsieur Trump, on vous aime, merci d’être venu sauver l’Amérique", continue-t-il avant de déplier sa bannière étoilée géante.

Petit à petit, l’orage approche et l’ambiance s’électrise. À ceux qui lui font remarquer que l’administration actuelle attise le racisme, le même quarantenaire répond : "Donald Trump a fait baisser le chômage des Afro-Américains. Tous les Noirs ont un travail grâce à lui !" "On a gagné !" ajoute-t-il. "Et on va le réélire en 2020, ça va être un tsunami !" Une partie de la foule approuve et se met à scander : "USA ! USA ! USA !". À quelques mètres, une démocrate filme la scène : "Ça me donne envie de pleurer", confie-t-elle.

Un dialogue impossible... ou presque

Le ton monte, les regards se braquent, les torses se bombent. Le dialogue semble impossible et face à un tel spectacle, il est difficile de se rappeler qu’il l’a été un jour. Même quand les plus civils tentent de discuter, leurs yeux finissent par se fixer dans le vide, chacun campant sur ses positions.

Plus loin, un peu d’espoir renait quand deux générations échangent dans le respect. Un adolescent à la casquette MAGA tente de convaincre son interlocuteur, un sexagénaire à la barbe poivre et sel, que "l’économie sous Donald Trump ne s’est jamais portée aussi bien". "Trump est un nationaliste et c’est une bonne chose, voyez-vous. Comment voulez-vous prendre soin des autres si vous ne commencez pas par vous-mêmes ?" Le vieil homme n’est pas d’accord. "Le président a fait un chèque en blanc aux industries fossiles", affirme-t-il, avant de se lancer dans une argumentation chiffrée. "Mais ne croyez pas un mot de ce que je dis, vérifiez les faits par vous-même", conseille-t-il au jeune homme avec bienveillance. "Je le ferai, monsieur. Ravi de vous avoir rencontré", répond le trumpiste en herbe avant de lui serrer la main.

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