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L’ONU dénonce les "exécutions extrajudiciaires présumées" au Venezuela

Opération des forces spéciales vénézuéliennes (FAES) à Caracas le lundi 1er juillet 2019.
Opération des forces spéciales vénézuéliennes (FAES) à Caracas le lundi 1er juillet 2019. Yuri Cortez, AFP

Un rapport de l’ONU publié jeudi dénonce le nombre "extrêmement élevé" d’exécutions extrajudiciaires présumées dans le cadre de la répression de l’opposition au Venezuela. Caracas rejette un document truffé d'"erreurs".

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Les forces spéciales vénézuéliennes (FAES) sont dans le collimateur de l’ONU pour leur rôle dans la répression de l’opposition, du fait notamment de leurs recours à des exécutions en dehors de tout processus judiciaire.

Le gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro a mis en oeuvre une stratégie "visant à neutraliser, réprimer et incriminer les opposants politiques et les personnes critiquant le gouvernement" au cours des dix dernières années, et surtout depuis 2016, accuse Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, dans un rapport publié jeudi 4 juillet, qui fait suite à sa visite à Caracas le mois dernier.

"Selon le rapport, le nombre d'exécutions extrajudiciaires présumées par les forces de sécurité, en particulier les forces spéciales (FAES), dans le cadre d'opérations de sécurité est extrêmement élevé", déclare également le Haut-Commissariat dans un communiqué.

Michelle Bachelet a affirmé vendredi devant l'ONU que "les principales institutions et l'État de droit au Venezuela ont été érodés". Et de poursuivre, "l'exercice de la liberté d'opinion, d'expression, d'association et de réunion, et du droit de participer à la vie publique, comporte un risque de représailles et de répression", a-t-elle déclaré devant le Conseil des droits de l'homme, lors de la présentation du rapport.

Par ailleurs, vingt-deux personnes ont été libérées par le gouvernement du Venezuela jeudi dont l’emblématique juge Maria Afiuni et le journaliste britannique Braulio Jatar, a également assuré vendredi, Michelle Bachelet. Les 20 autres sont des étudiants.

La publication du document intervient quelques jours après l’inculpation par la justice vénézuélienne de deux agents de renseignements pour la mort du capitaine de corvette Rafael Acosta Arevalo, qui était alors en détention pour son implication présumé dans un projet de coup d’État contre Maduro.

Ces exécutions extrajudiciaires sont pointées du doigt par l’opposition vénézuélienne, qui appelle à manifester devant le siège du contre-espionnage militaire le vendredi 5 juillet.

"Un officier a été battu à mort. Il a été porté disparu une semaine, avant son assassinat (...) Il y a six autre officiers dans cette situation. Donc on ne peut pas parler de gouvernement, on ne peut pas utiliser un autre mot, on ne peut pas utiliser un euphémisme, c’est une dictature ce que nous connaissons aujourd’hui au Venezuela ", a martelé le chef de l’opposition Juan Guaido lors d’un entretien à France 24.

Entretien exclusif avec Juan Guaido, chef de l'opposition au Venezuela

L’ONU appelle à la dissolution des forces spéciales

Dans son rapport, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, appelle à la "dissolution" des FAES, responsables selon son rapport de nombreuses exactions.

Les FAES sont un corps d'"élite" de la police nationale créé en 2017 "pour combattre la criminalité". De noir vêtus, surentraînés et surarmés, ses agents sont redoutés par les Vénézuéliens. L'organisation de défense des droits de l'homme PROVEA dénonce leurs descentes "violentes", notamment dans les quartiers les plus pauvres.

Le rapport indique qu'en 2018, 5 287 personnes ont été tuées pour "résistance à l'autorité" au cours de ces opérations de sécurité, selon des chiffres "fournis par le gouvernement" vénézuélien. Entre le 1er janvier et le 19 mai de cette année, 1 569 autres personnes ont été tuées, toujours selon Caracas.

"Le nombre de ces décès est anormalement élevé", note le rapport, qui souligne que d'après ses informations, "nombre de ces exécutions pourraient constituer des exécutions extrajudiciaires".

Le Venezuela traverse depuis des mois une profonde crise politique, avec la lutte entre le président Nicolas Maduro et l'opposant Juan Guaido, qui s'est proclamé président par intérim et a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont les États-Unis.

Le pays est aussi en proie à une grave crise économique, aggravée par un embargo pétrolier et des sanctions financières imposés par Washington pour tenter de chasser Nicolas Maduro du pouvoir, et souffre de pénuries de nourriture et de médicaments.

"Violations graves"

Le Haut-Commissariat appelle par ailleurs Caracas à prendre des "mesures immédiates et concrètes pour mettre fin aux graves violations des droits économiques, sociaux, civils, politiques et culturels".

Il souligne qu'"une série de lois, de politiques et de pratiques ont restreint l'espace démocratique, démantelé les contre-pouvoirs institutionnels et donné libre cours à des schémas de violations graves".

"Des groupes civils armés progouvernementaux, appelés 'colectivos', ont contribué à la détérioration de la situation en exerçant un contrôle social et en aidant à réprimer les manifestations", explique l'organe onusien, qui a recensé 66 morts lors de manifestations entre janvier et mai 2019, dont 52 attribuables aux forces de sécurité gouvernementales ou aux "colectivos".

Le rapport note également qu'au 31 mai, 793 personnes étaient privées arbitrairement de leur liberté et que, jusqu'à présent cette année, 22 députés de l'Assemblée nationale ont été privés de leur immunité parlementaire, dont son président Juan Guaido qui tente de déloger Nicolas Maduro du pouvoir depuis janvier.

Face à ce cinglant rapport, le gouvernement vénézuélien a aussitôt réagi en épinglant ses "innombrables imprécisions, erreurs, décontextualisations et fausses affirmations".

Avec AFP

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