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Le père de la bossa nova, João Gilberto, est mort

João Gilberto, le 14 août 2008, lors d'un concert à São Paulo.
João Gilberto, le 14 août 2008, lors d'un concert à São Paulo. Marco Hermes, AFP

Le musicien brésilien João Gilberto, considéré comme le principal créateur de la bossa nova, est mort samedi après-midi à son domicile de Rio de Janeiro, à l'âge de 88 ans, ont confirmé ses proches, qui n'ont pas communiqué la cause du décès.

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La légende brésilienne de la bossa nova João Gilberto, est décédé, samedi 6 juillet, à 88 ans. Sa voix douce susurrant "The Girl rom Ipanema" continue de bercer les cœurs près de soixante ans après son enregistrement en 1962.

"Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu'il perdait son autonomie", a annoncé son fils João Marcelo sur Facebook. Les causes de la mort de cette icône, qui vivait ruinée et solitaire à Rio, n'ont pas été précisées.

Guitariste et chanteur intimiste de l'âme brésilienne, João Gilberto s'est produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux morceaux d'anthologie, figurent "Desafinado", "Garota de Ipanema" ["The Girl from Ipanema"], "Chega de saudade", "Rosa Morena", "Corcovado", "Aquarela do Brasil".

"João a changé la musique du monde pour toujours. Il a enseigné la délicatesse au Brésil, il a apporté la modernité. C'est une perte irréparable", a réagi la chanteuse brésilienne Gal Costa à l'annonce du décès, selon un communiqué.

"Son importance pour la musique est incalculable. Il fut la principale voix du mouvement musical brésilien le plus connu dans le monde et a été révolutionnaire presque sans l'avoir voulu", avait expliqué il y a quelques mois à l'AFP Bernardo Araujo, critique musical du journal O Globo. "Il fut le premier chanteur, du moins au Brésil, à montrer qu'on n'avait pas besoin d'une voix puissante, il chuchotait, en s'accompagnant avec virtuosité à la guitare", soulignait-il alors.

Un perfectionnisme qui tournait à l'obsession névrotique

Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l'État lointain de Bahia (nord-est), João Gilberto Prado Pereira de Oliveira reçoit sa première guitare à 14 ans. Quatre ans plus tard, "Joãozinho" quitte son village natal pour Rio.

Dans un appartement de Copacabana, la nouvelle vague, "bossa nova" en argot carioca – poètes, musiciens – se réunit chez Nara Leão, une petite chanteuse de 14 ans. Il y a là Vinicius de Moraes, Newton Mendonça, Antônio Carlos Jobim et un jeune homme timide, João Gilberto. Les deux premiers composent, le troisième écrit et le dernier chante de sa voix timide.

C'est un chuchotement, un souffle, "la dernière étape avant le silence", disent les critiques. Seul sur son tabouret, avec sa guitare, il invente "la batida", un rythme sensuel et impose le "canto falado", le chant parlé. Le 10 juillet 1958, il enregistre "Chega de saudade" et "desafinado", manifestes de cette "nouvelle vague".

"Chega de Saudade" interprété avec sa fille Bebel

Du haut de son génie, João Gilberto n'avait jamais été facile à vivre. Son perfectionnisme qui tournait à l'obsession névrotique, son côté excentrique et sa phobie sociale – il vivait reclus depuis des années, souvent en pyjama – étaient légendaires.

Depuis des années, le chanteur aux épaisses lunettes était pris dans un conflit entre deux de ses trois enfants, son fils João Marcelo et sa fille Bebel Gilberto – également musiciens – et sa dernière épouse, Claudia Faissol, journaliste de quarante ans sa cadette et mère de sa fille adolescente. Épouse dont il s’était séparé récemment. 

Claudia Faissol accusée d'avoir abusé de la faiblesse de Joao Gilberto

Bebel et Joao Marcelo accusent Claudia Faissol d'avoir abusé de la faiblesse de leur père et d'avoir provoqué sa ruine en lui faisant signer des contrats sans la pleine possession de ses capacités cognitives.

Signe de ces tensions, dans son message sur Facebook, Joao Marcelo a écrit samedi : "Je remercie ma famille (mon côté de la famille) d'avoir été là pour lui".

Fin 2017, sa fille Bebel a obtenu sa mise sous tutelle, alors qu'il n'était plus en mesure de s'occuper de sa santé et de ses finances en raison de sa fragilité physique et mentale.

"Je voudrais que mon père ait une fin de vie heureuse et tranquille", avait déclaré Joao Marcelo, qu'il a eu avec sa première épouse, la chanteuse Astrud Gilberto, à la revue Veja.

Bebel, elle, est née de son union en deuxièmes noces avec la chanteuse Miucha, sœur du célèbre musicien, chanteur et écrivain Chico Buarque.

Beaucoup de Brésiliens ont vu João Gilberto pour la dernière fois sur une vidéo en 2015, où il apparaissait, très amaigri et en pyjama, chantant "The girl from Ipanema" à sa plus jeune fille en s'accompagnant à la guitare.

Avec AFP

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