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À Paris, du sursis requis contre une princesse saoudienne

Les faits se seraient déroulés dans la résidence de la famille royale saoudienne, avenue Foch, à Paris.
Les faits se seraient déroulés dans la résidence de la famille royale saoudienne, avenue Foch, à Paris. Jacques Demarthon, AFP

Au tribunal correctionnel de Paris, l'accusation a requis mardi soir six mois de prison avec sursis à l'encontre de la fille du roi Salmane d'Arabie saoudite, accusée de complicité dans des violences présumées sur un artisan.

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Violence et intimidation des puissants ou protection contre l'indélicatesse d'un plombier ? L'accusation a requis mardi six mois de prison avec sursis contre la sœur du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et fille du roi Salmane pour des violences infligées par son personnel à un artisan dans une résidence royale à Paris en 2016.

Hassa bint Salmane est suspectée d'avoir demandé à son agent de "protection rapprochée", Rani Saïdi, seul présent à l'audience au tribunal correctionnel de Paris, de menacer, frapper et humilier le plombier auquel la princesse reprochait des photos volées.

Huit mois de prison avec sursis ont été requis contre ce garde du corps âgé de 47 ans, gérant de sociétés de gardiennage et de protection rapprochée, qui travaillait régulièrement pour la famille royale saoudienne mais est aujourd'hui pratiquement au chômage.

La procureure a en outre requis pour chacun des deux prévenus une amende de 5 000 euros.

Clichés dans la salle de bains

Le jour des faits, Ashraf Eid, entrepreneur en bâtiment d’origine égyptienne, se trouvait au septième étage d'une résidence de la famille royale saoudienne avenue Foch à Paris. Il repeignait des tables quand il a été appelé "en urgence" au cinquième étage pour réparer une vasque endommagée.

L'artisan a expliqué aux enquêteurs avoir pris avec son téléphone portable des clichés de la salle de bain où il devait intervenir : la princesse avait surgi dans la pièce, s'apercevant que le plombier avait pu "capter son reflet dans le miroir" et appelé son agent de sécurité. "Elle est en colère et je la comprends : personne ne l'a prise en photo depuis ses huit ans", l'artisan est peut-être un "ennemi de son pays" prêt à vendre ces photos ou "à la solde de Daech", a estimé la procureure.

Mais pour la magistrate, la fille du roi, 42 ans, visée depuis décembre 2017 par un mandat d'arrêt, est bien complice de violence avec arme et séquestration "par provocation et par abus de pouvoir".

"Il faut tuer ce chien, il ne mérite pas de vivre"

À la barre, l'assistant personnel et dirigeant de la société Attila sécurité a fermement nié toute violence, en dépit de traces sur les poignets et d'ecchymoses sur le visage du plaignant, qui s'est vu prescrire une ITT (incapacité totale de travail) de cinq jours.

"Quand j'ai entendu la princesse crier au secours, je suis arrivé, je les ai vus se tenir les mains, avec le portable. J'ai saisi (l'artisan), je l'ai maîtrisé, je ne connaissais pas ses intentions", a-t-il déclaré. Il a dit sa vigilance face à la presse à scandale, au risque de chantage visant la famille royale qu'il sert depuis vingt ans : "On en a eu des histoires comme ça. Les Arabes, ils veulent des photos, la princesse c'est quelqu'un de très important pour eux."

L'artisan a au contraire décrit au juge d'instruction un quart d'heure de terreur, où la princesse aurait dit "il faut tuer ce chien, il ne mérite pas de vivre".

L'agent de sécurité lui aurait notamment intimé l'ordre de s'agenouiller sous la menace d'une arme, les mains ligotées, pour baiser les pieds de la princesse. Le plaignant avait déclaré avoir pu quitter l'appartement au bout de plusieurs heures, sans son téléphone – qui sera détruit par un employé de la princesse.

L’artisan aurait tenté de monnayer le retrait de sa plainte, selon la défense

La défense s'est insurgée contre une instruction "totalement à charge", pointant l'attitude ambiguë du plaignant, et a demandé la relaxe.

"Il est tellement traumatisé qu'il ne perd pas le nord : il revient quelques jours après les faits pour présenter sa facture (de 21 000 euros)", avant de tenter de négocier, peu avant l'audience, le retrait de sa plainte "contre 500 000 euros", a affirmé l'avocat de la princesse Emmanuel Moyne.

"Pas une seule personne – sur 14 témoins – n'a vu des violences", a tonné Me Yassine Bouzrou, l'avocat de l'agent de protection.

Si le plaignant "avait été frappé pendant 15 minutes par un ancien champion de boxe thaï comme mon client, ce n'est pas cinq jours d'ITT qu'il aurait", a-t-il ironisé.

Les versions sont irréconciliables. Les rares images de vidéosurveillance des entrées de la résidence ont été effacées – "après le délai normal", selon la défense – et la princesse Hassa bint Salmane ne viendra jamais livrer son récit.

Le jugement sera rendu le 12 septembre.

Avec AFP et Reuters

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