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Les diasporas d'Afrique appelées à être les ambassadrices de la France

Le président français Emmanuel Macron lors du "grand débat" avec les diasporas africaines de France, le 11 juillet 2019 à l’Élysée.
Le président français Emmanuel Macron lors du "grand débat" avec les diasporas africaines de France, le 11 juillet 2019 à l’Élysée. Ludovic Marin / AFP / Pool

Les présidents français et ghanéen se sont entretenus jeudi à l'Élysée avec 400 membres des diasporas africaines de France. Un "grand débat" visant à "repenser" la relation entre la France et le continent.

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Accompagné du président ghanéen Nana Akufo-Addo, Emmanuel Macron s’est adressé, jeudi 11 juillet, aux membres des diasporas africaines, reçues pour l'occasion à l’Élysée. Pour ce "grand débat", quelque 400 personnes avaient été invitées : des Africains résidant en France, des binationaux et des Français d’origine africaine, dont quelques célébrités. Le président français a d’emblée affiché son ambition : établir une nouvelle relation "plus équilibrée" avec l’Afrique en s’appuyant sur les diasporas en France, qui sont "nos meilleurs ambassadeurs".

"Pas de père Noël pour l’Afrique"

Dès son introduction, le président Nana Akufo-Addo a adressé un message clair et direct aux Africains de l’étranger : "Il faut impliquer la diaspora dans le développement du continent, seuls les Africains peuvent y arriver, il n’y a pas de père Noël qui va le faire à notre place." Le président ghanéen veut ainsi miser sur les ressources du continent, qui possède notamment 30 % des minéraux de la planète : "Il faut créer les conditions chez nous pour l’exploitation. Il n’est pas question de rester assis pendant qu’on nous prend nos ressources, que ce soient la Chine, les États-Unis ou la France. Le président français veut savoir quelle part de cette industrie va revenir à la France, c’est son rôle, mais notre devoir, c’est que ces accords soient profitables pour nous". Parmi les projets du président ghanéen figure en bonne place la monnaie unique pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont il souhaite l’arrivée progressive dès 2020.

Emmanuel Macron a expliqué de son côté vouloir soutenir cette politique volontariste, estimant qu’il est nécessaire de discuter "sans tabou" de la question du franc CFA, utilisé par huit pays sur quinze dans cette zone. Tout en affirmant que le succès du continent viendrait "des Africains et de leurs dirigeants", le président français s’est employé à souligner la relation particulière de proximité avec l’Europe, en évoquant la question migratoire : "Contrairement à la Chine et aux États-Unis, l’Europe ne peut pas réussir si l’Afrique échoue. Nous nous devons d’encourager les échanges culturels et de combattre les mobilités subies."

"Le copain de mon fils lui a dit que l’Afrique, c’est nul"

Pour aborder la question de la place des diasporas en France, la modératrice du débat et journaliste Elizabeth Tchoungui se fend d’une anecdote : "Mon fils a dit à son copain qu’il partait dans son autre pays, au Cameroun, pour les vacances. Il lui a répondu : 'L’Afrique, c’est nul, c’est mon père qui me l’a dit.' Voilà d’où on part !"

Pour Emmanuel Macron, le changement de regard passe par la promotion de personnalités à des postes importants : "Nous avons fixé des objectifs de parité pour les nominations. Nous devons aussi nous donner des objectifs de diversité, pas pour favoriser un type de personnes mais par souci d’égalité."

Au sein de l’entreprise, il le reconnaît, le plafond de verre existe : "Nous sommes en train de systématiser les tests à l’aveugle à l’embauche et sur les promotions pour lutter contre les entreprises discriminantes."

Sur ce sujet, le président ghanéen a souligné que le destin des Noirs, où qu’ils se trouvent, est lié à l’Afrique : "Une Afrique qui réussit élève le statut des Noirs partout dans le monde et la perception que l’on en a. Lorsque l’Afrique va changer, vous verrez, votre situation va changer ici en France." Des propos qui n’ont pas convaincu Madina Tall, membre de l’Association des étudiants maliens de Lille, invité à l’événement : "Malheureusement, le problème ne se résume pas à une question économique, il y a une réalité historique liée à la colonisation bien plus complexe. J’ai des amis français qui n’ont jamais mis les pieds en Afrique mais se sentent étrangers ici. Les préjugés sont bien ancrés, je ne suis pas sûr que les dirigeants puissent vraiment agir sur cette question."

"Expliquer aux étudiants africains qu’il faut venir en France pour réussir, ce n’est pas possible"

Visiblement échaudé par la polémique qu’a suscité l’augmentation des frais d’inscriptions pour les étudiants étrangers, le président français a tenu à défendre sa réforme : "La Belgique, le Canada, les États-Unis font payer des frais 10 à 15 fois plus élevés, même après notre réforme. L’université, ce n’est pas gratuit, c’est le contribuable qui paie ! Par ailleurs, nous avons élargi les possibilités de bourses et d’exonérations pour les étudiants modestes."

Lorsque le Premier ministre Édouard Philippe avait annoncé ce projet en novembre, de nombreuses universités étaient montées au créneau pour dénoncer une décision discriminante, notamment pour les étudiants africains, présents en nombre dans l’Hexagone. Chiffres à l’appui, Emmanuel Macron a affirmé que leur nombre n’avait pas baissé, malgré la hausse des tarifs. Pour lui, la priorité doit être de développer l’éducation en Afrique : "Depuis deux ans, nous lançons des programmes pour installer des universités dans des pays africains comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Expliquer à tous les Sénégalais ou Ivoiriens que s’ils veulent réussir et faire une licence, il faut venir à Paris ou Bordeaux, ce n’est pas possible. Et ça, c’est le mirage dans lequel nous vivions." Ces propos résonnent chez Madina Tall : "Je comprends la mobilisation contre cette réforme et que ça pose de vrais problèmes pour certains. Mais nous, les Africains, devrions d’abord exiger de bonnes conditions d’éducation auprès de nos dirigeants. Étudier à l’étranger, c’est avant tout une opportunité d’ouverture, personne n’est obligé de venir faire des études en France, cela ne doit pas être un choix par défaut."

"Africa 2020, ce n’est pas l’exposition coloniale"

Interrogé sur la place de la culture et l’éventuelle création d’un centre culturel des Afriques en France pour permettre notamment à des afro-descendants d’accéder à des postes de direction culturels, Emmanuel Macron émet des réserves : "Les artistes africains doivent avoir leur place dans tous les lieux culturels, c’est à nous de les intégrer dans les programmations." Pour dissiper les doutes sur Africa 2020, le grand événement qu’il organise en France autour de l’Afrique, il met les pieds dans le plat : "Africa 2020, ce n’est pas l’exposition coloniale. Il s’agit d’offrir un espace de libre expression et de rencontres aux artistes africains binationaux. Nous ferons venir des artistes de toute l’Afrique et la diaspora aura un rôle d’acteur majeur à jouer."

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