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Agacée ou embarrassée, la majorité encalminée dans l'affaire Rugy

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Paris (AFP)

Entre soutien du bout des lèvres, agacement et embarras, l'exécutif et la majorité peinent à défendre les dîners dispendieux du ministre François de Rugy lorsqu'il était président de l'Assemblée, alors même que la page des "gilets jaunes" semble se refermer.

Avec un François de Rugy reçu jeudi à Matignon par Edouard Philippe pour un entretien de dernière minute, un troisième été chaud se profile-t-il pour la majorité ? Après la polémique liée à la baisse des APL en juillet 2017, l'affaire Benalla en juillet 2018, voilà que les dépenses de bouche de François de Rugy révélées par Mediapart font grimper un mercure tout juste retombé après six mois de crise sociale.

Officiellement, l'exécutif fait bloc derrière le ministre de la Transition écologique, qui a reçu mercredi la confiance renouvelée d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe. "On comprend bien sûr que certaines images puissent choquer, mais aucune règle n?a été enfreinte ni aucune procédure méconnue", fait-on ainsi valoir à Matignon.

"Que le chef de l'Assemblée reçoive des intellectuels à sa table, cela ne me choque pas", a assuré encore face aux journalistes le président de la Commission des Affaires économiques à l'Assemblée, Roland Lescure. "Le sujet c'est la frontière entre le formel et l'informel. Je n'étais pas à ces dîners. Je ne sais pas si on a plus parlé de la Coupe du monde de foot ou des enjeux de sociétés", argue encore le député.

Mais en coulisses, ministres et parlementaires conviennent de l'effet dévastateur des photos montrant homards et grands crus dressés sous les ors de l'hôtel de Lassay, lors d'une dizaine de "dîners informels", selon M. de Rugy. Organisés entre octobre 2017 et juin 2018, ils mobilisaient à chaque fois le personnel de la résidence du président de l'Assemblée.

"Franchement, ce n'est pas bien méchant", soupire un ministre. "Mais dans l'opinion, ça ne tient pas 5 secondes. Les gens se disent: il se gave aux frais de la République", ajoute-t-il.

"Ça met une pelletée de terre sur la confiance" portée aux élus, déplore ce même membre du gouvernement. "C'est agaçant car on avait retissé quelque chose" après le Grand débat, poursuit-il.

Un pilier de la majorité souffle de son côté: "C'est la connerie du pouvoir à la française, c'est comme cela que ça marche, c'est stupide". "L'hubris est un alcool fort", grince encore ce proche du chef de l'Etat.

- "Dans le pot de confiture" -

A l'Assemblée, un député LREM constate: les marcheurs "ne veulent ni enfoncer ni soutenir. Ils laissent faire". Tout en confiant son désarroi: "comment un garçon intelligent et expérimenté a pu faire ces erreurs", se retrouver pris "la main dans le pot de confiture", s'interroge-t-il.

Les parlementaires "ont très mal vécu les épisodes de moralisation, ils vivent assez mal le flicage, surtout qu'ils ont la sensation d'être transparents", décrypte un ministre en référence aux lois de 2017 qui visaient à assainir la vie politique.

De plus, François de Rugy, qui avait initialement participé comme candidat écologiste à la primaire de la gauche en vue de l'élection présidentielle, ne fait pas partie des marcheurs pur sucre et à ce titre dispose de peu d'appuis solides, que ce soit dans la garde rapprochée du chef de l'Etat comme à l'Assemblée.

Un cadre du groupe au Palais-Bourbon, qui juge M. de Rugy "pas au niveau" et l'exhorte à "en tirer les conséquences", abonde: "Il n?y a pas de solidarité incroyable vis-à-vis de Rugy? Il n?y a pas de lien fraternel et ce depuis le début".

En ce sens, le patron de La République en marche Stanislas Guerini s'est montré fort prudent jeudi en appelant, au nom de "la transparence" et de "la bonne manière de faire", la déontologue de l'Assemblée nationale à "regarder les choses".

Une manière de rappeler que la vague qui a porté les marcheurs au pouvoir reposait aussi sur la promesse de renouveler les usages de la politique, sans compromission.

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