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Bio: pas de tomates en hiver sous les serres chauffées

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Paris (AFP)

Pas de tomates bio à Noël: les producteurs français de fruits et légumes bio sous serres pourront continuer de chauffer, mais ne pourront pas commercialiser leur production en hiver, limitant de fait l'utilisation de cette pratique au reste de l'année, une décision qui met fin à une bataille rangée depuis un an, entre acteurs historiques du bio et producteurs souhaitant accélérer son développement.

"Le chauffage des serres est autorisé, mais il n'y aura pas de commercialisation entre le 21 décembre et le 30 avril" de fruits et légumes bio produits en France, a indiqué le ministère. Cette solution, votée à 22 voix contre 15 (et 4 abstentions), selon Olivier Nasles, président du Comité national de l'agriculture biologique (Cnab), vient mettre un terme à un intense lobbying pratiqué au cours des dernières semaines par deux camps défendant deux philosophies de l'agriculture bio.

Les acteurs historiques, Fnab (Fédération nationale de l'agriculture biologique) et Synabio (syndicat de l'agroalimentaire bio) réclamaient depuis un an l'interdiction du chauffage des serres et de la production de fruits et légumes bio hors saison, dénonçant la volonté de certains producteurs de fruits et légumes d'"industrialiser" la filière et de trahir l'esprit du bio.

En face, les partisans du chauffage des serres n'ont eu de cesse de mettre en avant la demande toujours plus forte du consommateur et leur crainte, en cas d'interdiction, de "distorsions de concurrence" avec les voisins de la France.

Ils ont également pointé du doigt un marché déficitaire. Selon l'agence bio, 78% des tomates, 70% des concombres et 69% des courgettes sur les étals français venaient ainsi de l'étranger en 2017.

"La filière a pris une décision sur une position de compromis que je leur ai proposée", a déclaré le ministre Didier Guillaume, qui s'est déplacé lui-même dans les locaux de l'Inao pour gérer ce dossier sensible.

"Il ne peut pas y avoir de contre-saisonnalité en bio; on ne mange pas des produits bio l'hiver à contre-saison", a déclaré le ministre, avant d'ajouter: "Il n'y a pas de surtransposition de règles européennes: le chauffage des serres est autorisé en Europe, il reste autorisé en France".

Au-delà d'une explosion des volumes, la Fnab dénonçait la pollution générée par le chauffage des serres. S'appuyant sur une étude de l'Ademe, ils soulignaient qu'une tomate produite sous serre chauffée émettrait, avec 2,2 kilos de CO2 pour un kilo de tomates, sept fois plus de gaz à effet de serre qu'une tomate produite en France en saison et près de quatre fois plus qu'une tomate importée d'Espagne.

- La distribution scrutée -

Le chauffage des serres se fera à partir de 2025 "uniquement avec des serres chauffées avec des énergies renouvelables", a fait valoir le ministre, une obligation pour "toute serre construite aujourd'hui".

"L'objectif, c'est que ce soit une décision européenne", a indiqué Didier Guillaume, alors que les partisans du chauffage des serres craignaient des "distorsions de concurrence" avec certains voisins de la France, comme l'Espagne.

"On espère que l'ensemble de la distribution française suivra cette position et qu'on ne verra pas débouler des centaines de tonnes de tomates bio espagnoles, italiennes ou belges", a d'ailleurs déclaré M. Nasles, qui compte sur la "pression des consommateurs".

Guillaume Riou, président de la Fnab, aurait préféré "une interdiction pure et simple du chauffage des serres", mais a tout de même voté pour une solution qui "va globalement dans le bon sens": "Ca va encadrer un peu les choses. On ne pourra pas faire tout et n'importe quoi", a-t-il salué.

Ce calendrier sort de fait certains légumes comme le concombre de ce type de pratique, relève t-il.

La Confédération paysanne a salué une décision qui vient "contrer l'OPA sur la bio orchestrée par l'agro-industrie".

"Toutes les familles étaient d'accord sur le cadre du sujet; le seul truc sur lequel on butait, c'était les dates", a déclaré à la presse, le président du Cnab M. Nasles.

Selon lui, la Fnab souhaitait retenir la date du 1er juin pour commencer à commercialiser des fruits et légumes bio, tandis que le camp adverse, qui compte notamment la FNSEA et les chambres d'agriculture, souhaitait la date du 21 mars.

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