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Le sous-marin Suffren, nouvel atout de la dissuasion française

Le président français Emmanuel Macron a assisté au lancement du sous-marin Suffren à Cherbourg, le 12 juillet 2019.
Le président français Emmanuel Macron a assisté au lancement du sous-marin Suffren à Cherbourg, le 12 juillet 2019. Ludovic Marin, AFP

La France a inauguré vendredi le Suffren, premier représentant d'une nouvelle classe de sous-marins nucléaires d’attaque. Il remplace les submersibles Rubis et doit se montrer à la hauteur des enjeux militaires modernes.

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Emmanuel Macron, photographié en fier papa d’un monstre d’acier de 99 mètres de long. Le président français a assisté, vendredi 12 juillet à Cherbourg, à la naissance du Suffren, le premier sous-marin furtif nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda.

Il aura fallu 20 ans aux cinq constructeurs (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, direction générale de l'armement, Marine nationale, Naval Group et TechnicAtome) pour accoucher de cet immense bâtiment naval, premier d’une fratrie de six submersibles Barracuda destinés à remplacer les sous-marins de classe Rubis, en fonction depuis les années 1970.

La construction du Suffren a coûté 9,1 milliards d’euros, pris trois ans de retard sur son calendrier initial, et a mobilisé des milliers de personnes qui ont assemblé 700 000 pièces, 20 km de tuyaux et 150 km de câbles.

L’escorteur de luxe

Résultat : un sous-marin de 4 700 tonnes à propulsion nucléaire truffé de technologie, plus autonome et plus discret que ceux de la classe Rubis. Le Suffren pourra ainsi naviguer pendant 70 jours sans avoir besoin de faire escale contre 45 jours pour son prédécesseur. "Cela ouvre de nouvelles possibilités en terme de théâtres d’opérations sur lesquels il sera capable d’intervenir", explique Corentin Brustlein, directeur du centre de sécurité de l’Institut français des relations internationale (Ifri), contacté par France 24.

Des améliorations qui devraient lui permettre d’effectuer plus efficacement les missions jusque-là assurées par la précédente génération. Comme elle, la nouvelle série du programme Barracuda servira, principalement, à escorter les sous-marins lanceurs d’engin (SNLE) – c’est-à-dire capables de lancer un missile atomique – et les porte-avions, ainsi qu'à effectuer un "recueil discret de renseignements", d’après le dossier de presse du ministère de la Défense.

Cette capacité à jouer les espions illustre parfaitement la supériorité technologique du Suffren sur la vieille garde des sous-marins d’attaque. Il peut plonger plus en profondeur, et grâce aux radars et aux nombreux nouveaux capteurs dont il est équipé, "il peut sonder sous la mer, mais aussi s’approcher discrètement des côtes d’un potentiel adversaire et glaner des informations, comme les communications radios", détaille Corentin Brustlein.

Les submersibles du programme Barracuda disposent aussi d’un tout nouvel atout : ils sont les premiers SNA à pouvoir frapper des cibles sur terre. Les sous-marins Rubis pouvaient seulement se débarrasser d’adversaires en mer, mais leurs successeurs embarquent des missiles capables de frapper à une distance d’environ 1 000 km. "C’est utile si la France a besoin de faire une démonstration de force, car le sous-marin nucléaire d’attaque peut s’approcher plus discrètement des côtes qu’un avion ou un bateau et peut donc menacer de frapper une cible – comme un palais présidentiel par exemple – sans se faire repérer. En outre, ses missiles ont une portée plus importante que ceux des avions", note l’expert français.

Arme de dissuasion non-nucléaire

Mais le Suffren n’a pas seulement vocation à faire mieux que les Rubis. Premier nouveau modèle depuis la chute du mur de Berlin, il doit être adapté aux menaces du monde post-guerre froide, dixit le ministère des Armées.

"Un des éléments saillants depuis la fin de la guerre froide est la prolifération des systèmes de défense avancée", explique Corentin Brustlein. Chaque acteur dispose de ses missiles antimissiles, ses défenses antiaériennes et ses radars braqués sur l’horizon. "La défense a fait des progrès dans tous les domaines, sauf dans la détection sous-marine, et c’est pour ça qu’il est important d’avoir un modèle polyvalent et avancé comme le Barracuda", précise ce spécialiste.

Il y a aussi une multiplication des provocations de la part d’acteurs politiques et de puissances qui prennent garde à "rester sous le seuil de l’agression armée", constate le directeur du centre de sécurité de l’Ifri. Il peut s’agir de la violation d’un accord, de l’envoi de navires dans des eaux contestées ou encore de tests balistiques non autorisés par la communauté internationale : autant de situations qui ne justifient pas le déclenchement d’un conflit armé ou d’agiter la menace de l’arme atomique, mais une politique de dissuasion qui consiste à "envoyer des signaux stratégiques forts non-nucléaires [comme l’envoi d’un sous-marin d’attaque, NDLR]", assure Corentin Brustlein. Le Suffren pourrait ainsi devenir l’arme de dissuasion non-nucléaire par excellence pour la France.

Enfin, les sous-marins nucléaires d’attaque du programme Barracuda se sont aussi mis à la page de l'évolution des conflits modernes : "Les forces spéciales [troupes d'élite, NDLR] ont pris de l'importance", souligne l’expert. Jusqu’à présent, les nageurs de combat pouvaient sortir des sous-marins par les tubes des torpilles pour rejoindre les théâtres d’opérations. Un système D qui a cédé la place à un vrai sas pouvant accueillir des véhicules sous-marins (drones ou mini-submersibles) pour transporter les commandos hors du Suffren.

Mais pour l’heure, le lancement du Suffren n’est que la première étape du déploiement des sous-marins du programme Barracuda. Il lui reste encore des tests en mer tout au long de l’année 2020. La date d'entrée en service actif du nouveau monstre des mers n’est, quant à elle, pas encore fixée.

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