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De Moscou à Avignon, "l'acte de résistance" du metteur en scène russe Serebrennikov

Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov le 7 novembre 2018 à Moscou
Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov le 7 novembre 2018 à Moscou AFP/Archives
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Avignon (AFP)

Il lui est interdit de quitter Moscou, mais pas de parler: Kirill Serebrennikov, qui présentera mardi à distance sa pièce très attendue au festival d'Avignon, défend l'art comme "acte de résistance" dans un entretien par mail avec l'AFP.

Poursuivi dans une affaire controversée de détournements de fonds, et après près deux ans d'assignation à résidence finalement levée en avril, le metteur en scène et cinéaste russe signe "Outside", un spectacle sur le photographe chinois Ren Hang. Connu pour ses photos érotiques, censuré par les autorités de Pékin, ce dernier s'est suicidé en 2017 à l'âge de 29 ans.

Q: Comment avez-vous connu Ren Hang?

R: "Je l'ai découvert lorsque son livre est sorti aux éditions Taschen (en 2016). J'ai tout de suite compris qu'il s'agissait d'un monde unique. Yang Ge, une artiste chinoise avec qui on travaille au centre Gogol m'a promis de le retrouver. Et miracle! Elle lui écrit sur Instagram, il lui répond immédiatement. Nous étions supposés nous réunir pour discuter d'un projet commun au théâtre mais exactement deux jours avant (la réunion), il s'est suicidé. Ca m'a beaucoup bouleversé."

Q: Que symbolise-t-il?

R: "Les textes qu'il a écrits au jour le jour sont comme un journal intime poétique qui représente, avec ses photos, un monde à la fois paradoxal, philosophique et miraculeux, quelque chose d'étrange et de profondément tragique. Ces textes qu'il a publiés sur son blog étaient étroitement liés à la dépression qui l'a torturé pendant dix ans et qui d'après ce que j'ai compris a abouti à cette fin tragique. Ren Hang est un grand artiste qui a impressionné un grand nombre de gens dans différents pays."

Q: Comment avez-vous monté votre pièce?

R: "Je l'ai écrite durant mon assignation et bien sûr la situation n'a pas manqué de m'influencer. Mais le théâtre est le lieu où l'impossible devient possible car la rencontre qui ne s'est pas matérialisée avec lui est devenue possible dans cette pièce."

Q: La sexualité touche-t-elle un nerf sensible plus que la politique?

R: "La politique ne touche aucun nerf sensible chez moi. C'est pour moi une chose ennuyeuse et déplaisante. Mais l'art est une chose vivante, quelque chose de fragile. Les gens se souviendront de grands artistes comme Ren Hang, Robert Mapplethorpe (photographe américain) et Ai Weiwei, et ceux qui étaient à leur époque des secrétaires généraux et des présidents ne seront plus importants."

Q: Quand la photographie, le théâtre, le cinéma deviennent-ils un acte de résistance?

R: "Ils sont toujours un acte de résistance. L'art est une résistance aux mensonges, aux calomnies et à l'obscurantisme car il est le territoire le plus libre de l'activité humaine, où tout est possible. C'est connecté à notre sphère intellectuelle et sensuelle. L'art est l'intime. La politique est la loi des gros chiffres et du show business. Je suis toujours content lorsque le théâtre ne s'adresse pas à la foule mais à chaque spectateur dans la salle, personnellement. C'est ça la différence entre le théâtre et la politique. Le théâtre a besoin de chaque personne individuellement, la politique a besoin de foule et de points dans les sondages."

Q: Les artistes persécutés peuvent-ils paradoxalement être plus productifs?

R: "Ren Hang disait qu'il ne cherchait pas à influencer ou s'ingérer dans la politique chinoise mais que c'est la Chine qui s'ingérait dans son travail. La persécution et la répression ne rendent pas les choses meilleures. C'est une erreur commune de considérer que, parce qu'il travaille sous la répression, l'artiste va s'ouvrir à de nouvelles idées et à de nouveaux horizons. Même à l'époque soviétique, j'entendais cette phrase "l'artiste doit souffrir de faim". Non! c'est du n'importe quoi! Un artiste ne doit pas souffrir de faim et ne doit pas être persécuté, comme tout autre personne. La pression peut être un obstacle au travail. Quand je travaillais alors que j'étais assigné à résidence, j'essayais d'imaginer que rien ne m'arrivait, que tout était normal, qu'il n'y avait pas de cas fabriqués contre moi et j'ai travaillé tout simplement."

Q: L'art doit-il forcément déranger pour être entendu?

R: "Parfois... parfois ça vaut le coup de donner un coup sur la tête pour ramener les gens à la raison. Je pense qu'il est possible d'utiliser tous les moyens qui ne sont pas contraires à la loi pour obliger le spectateur à penser et sentir."

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