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Pourquoi l'économie chinoise s'entête à ne pas redémarrer

L'économie chinoise a enregistré son plus mauvais trimestre depuis 1992.
L'économie chinoise a enregistré son plus mauvais trimestre depuis 1992. Aly Song, Reuters

La croissance chinoise a enregistré, lundi, sa plus mauvaise performance depuis 27 ans, malgré les efforts déployés pour faire redémarrer l’économie. Une situation qui en dit long sur la difficulté du régime à réformer son modèle économique.

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La Chine continue à décevoir sur fond de conflit commercial avec les États-Unis. La croissance au deuxième trimestre s’est établie à 6,2 %, en repli de 0,2 point par rapport au premier trimestre, a annoncé Pékin lundi 15 juillet. C’est la plus mauvaise performance de l’économie chinoise depuis 27 ans.

Ce ralentissement est "à relativiser car en 1992, le PIB chinois était inférieur à celui de l’Espagne [426 milliards de dollars contre 629 milliards de dollars, NDLR], alors qu’il est actuellement dix fois plus élevé, donc la performance reste étonnante. Mais il est vrai que la tendance est à la décélération de la croissance", souligne Jean-François Dufour, président du cabinet de conseil DCA-Chine Analyse, contacté par France 24.

Impossible de faire comme en 2008

Surtout, l’activité économique s’entête à ne pas vouloir redémarrer. Depuis plus d’un an, les résultats économiques de la seconde puissance économique mondiale confirment, trimestre après trimestre, que Pékin n’arrive pas à remettre la machine en route.

La plupart des pays industrialisés seraient heureux de se satisfaire de 6,2 % de croissance, "mais en Chine, la stabilité sociale dépend de la bonne performance économique", rappelle Jean-François Dufour.

Pékin cherche donc par tous les moyens à doper son PIB... sans succès pour l’instant. "Le grand problème de la Chine est que les autorités ne peuvent pas réitérer le grand plan de relance mis en place après la crise de 2008", note l’expert français. Pékin est encore en train de résoudre les problèmes créés par l’injection dans l’économie, à l’époque, de 586 milliards de dollars. Des sommes folles qui avaient permis au pays d’éviter le contrecoup du choc financier international, mais ont entraîné un fort surendettement des entreprises (à cause des crédits accordés) et une surcapacité industrielle. "Dans ces conditions, il serait contre-productif pour la Chine de tenter une nouvelle relance par l’investissement qui aurait pour effet d’annuler les efforts de restructuration", résume Jean-François Dufour.

Privé de ce levier, le régime comptait essentiellement sur trois moteurs : des investissements plus modestes dans les infrastructures chinoises, la consommation intérieure, et les dividendes des nouvelles "routes de la soie" (le grand programme d’investissement hors des frontières chinoises).

Impossible de faire autrement qu’en 2008

Pour l’instant, c’est une déception sur toute la ligne. L’effort d’investissement n’est pas suffisant pour contrer les effets néfastes conjugués d’une économie mondiale qui tourne au ralenti et de la guerre commerciale avec les États-Unis, tandis que les bénéfices des "routes de la soie" (création de débouchés pour les entreprises chinoises) se font encore attendre. Quant à la consommation intérieure – sur laquelle Pékin mise l’essentiel de ses espoirs –, elle est prise dans un cercle vicieux : "Elle est censée prendre le relais des investissements publics, mais l’absence de ce soutien financier de l’État crée une anxiété chez les consommateurs qui préfèrent opter pour une épargne de précaution", analyse Jean-François Dufour.

Le pouvoir central se retrouve ainsi dans une position inconfortable : il peut continuer à attendre que la consommation et les "routes de la soie" remplissent leur rôle de moteur de croissance, ou revenir aux vieux réflexes du Parti communiste chinois et ouvrir à nouveau le robinet à investissement public. Pour le directeur de DCA-Chine Analyse, le but essentiel du pouvoir étant d’utiliser l’économie à des fins de pacification sociale, Pékin devrait opter pour la deuxième solution, et repousser les réformes structurelles à plus tard. "Cette fois-ci, les autorités chinoises ne devraient pas annoncer un grand plan d’action en une seule fois, mais plutôt le faire par touches successives", estime-t-il.

Le président Xi Jinping suivrait ainsi l’exemple des dirigeants chinois depuis 30 ans : une ambition d’assainir le modèle économique chinois, contrariée par l’obligation de maintenir une croissance forte qui pousse à renvoyer le sujet des réformes à la génération suivante de responsables. La croissance qui tourne au ralenti depuis plus d’un an est le signe de "cette difficulté de la Chine à sortir de son modèle de développement traditionnel", résume Jean-François Dufour. Pékin se dit à chaque fois que jusqu’ici tout va bien. Mais l’important n’est pas la chute, comme d’aucuns le diraient, c’est l’atterrissage.

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