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François de Rugy démissionne et s'attaque aux médias

François de Rugy et sa femme Séverine Servat, le 14 juillet 2017, avant le défilé militaire.
François de Rugy et sa femme Séverine Servat, le 14 juillet 2017, avant le défilé militaire. Alain Jocard, AFP

Une semaine après les révélations de Mediapart sur ses dîners à l'Hôtel de Lassay aux frais du contribuable notamment, le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy a fini par démissionner, mardi, du gouvernement.

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Il aura tenu presque une semaine. Depuis les premières révélations de Mediapart, le 10 juillet, concernant des dîners à l'Hôtel de Lassay lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, était sous pression. Mardi 16 juillet, il a préféré présenter sa démission du gouvernement, affirmant dans un post Facebook être "trop attaché à l’écologie" pour "accepter que notre action écologique soit affaiblie par des mises en cause personnelles incessantes".

Le président de la République, Emmanuel Macron, a indiqué avoir accepté la démission du numéro 2 du gouvernement, soulignant qu'il s'agissait "d'une décision personnelle" de son ministre "pour qu'il puisse se défendre pleinement et librement".

>> À lire : Homards, grands crus : les luxueux dîners de François de Rugy aux frais de l’Assemblée

"La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques", écrit-il, avant d'annoncer le dépôt, mardi matin, d'une plainte pénale en diffamation.

"La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre. Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin", ajoute François de Rugy.

Remonté contre les articles de presse ayant précipité sa chute, l'ancien président de l'Assemblée nationale s'est comparé en début de soirée à Pierre Bérégovoy, l'ancien Premier ministre de François Mitterrand qui s'était suicidé en 1993 alors que des suspicions de corruption pesaient sur lui.

"Comment ne pas penser aux mots de François Mitterrand en hommage à Pierre Bérégovoy", a-t-il tweeté. Le président socialiste avait prononcé lors des obsèques de son Premier ministre, le 4 mai 1993, un discours très offensif à l'attention des médias : "Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie, au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous", avait-il déclaré.

"L'information a été plus forte que la communication"

Directement mis en cause, le site d'information Mediapart a rapidement réagi à l'annonce de la démission de François de Rugy en début d'après-midi. D'abord par la voix de son journaliste Fabrice Arfi qui a affirmé à l'AFP que "l'information a été plus forte que la communication". "Mediapart n'a fait que son travail et continuera de le faire", a ajouté l'enquêteur.

Puis Mediapart a publié de nouvelles révélations, sans doute à l'origine de la décision du ministre de démissionner. L'article, mis en ligne mardi après-midi, quelques minutes après l'annonce de François de Rugy, affirme que ce dernier a payé une partie de ses cotisations à son ancien parti, Europe Écologie-Les Verts (EELV), en puisant dans son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) lorsqu'il était député en 2013 et 2014. Or, les cotisations des élus pour leur parti politique doivent être payées avec leur argent personnel et non de l'argent public. Par ailleurs, François de Rugy a ensuite défiscalisé ses dons dans sa déclaration de revenus, selon Mediapart.

Mediapart explique dans son article avoir soumis lundi soir des questions à François de Rugy au sujet de ces cotisations. Les interrogations de trop pour l'ancien membre d'EELV qui affirmait pourtant dans le Journal du Dimanche n'avoir "rien fait qui soit en dehors des clous" et que "ce n'est pas à un site militant de faire ou défaire le gouvernement".

Mais après les affaires des dîners à l'Hôtel de Lassay, du logement social de sa directrice de cabinet, des travaux dans son appartement de fonction et de son appartement nantais, ces nouvelles révélations sur l'utilisation de son IRFM ont fini par le faire renoncer à son portefeuille ministériel.

Recours aux chauffeurs pour son usage privé

"On ne prend pas en otage des fonctions publiques pour se défendre, a déclaré le cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, à France 24. François de Rugy aurait dû tirer les conséquences très vite. On n'utilise pas l'argent public pour des réceptions privées. [...] De la même manière, les travaux dans un appartement ne devraient pas être au bon vouloir d'un couple ministériel. Ce sont des appartements de la République, ça devrait être géré autrement. Donc tout ce que nous révélons pose une question simple qui est l'exemplarité."

Mediapart a d'ailleurs poursuivi ses révélations en publiant mardi après-midi une autre enquête, au sujet de l'utilisation de ses chauffeurs cette fois-ci. L'ancien membre du gouvernement est mis en cause pour avoir eu recours aux chauffeurs de l'Assemblée nationale et du ministère de la Transition écologique et solidaire pour un usage privé.

François de Rugy, 45 ans, devait défendre mardi après-midi au Sénat le projet de loi énergie et climat qui décrète "l'urgence climatique" mais laisse les organisations environnementales sur leur faim. Il pourrait être remplacé dans l'hémicycle au Palais du Luxembourg par sa secrétaire d'État Emmanuelle Wargon.

Cette démission ouvre une nouvelle période de vacance au ministère de la Transition écologique et solidaire, 11 mois après la démission fracassante de Nicolas Hulot et alors qu'Emmanuel Macron a fait de la préservation de l'environnement un des marqueurs forts de la suite de son quinquennat.

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