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En Algérie, le mouvement populaire cherche toujours sa voix

Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent dans les rues d'Alger, chaque vendredi, depuis le 22 février 2019.
Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent dans les rues d'Alger, chaque vendredi, depuis le 22 février 2019. AFP (archives)

Le Forum civil pour le changement, né du mouvement de contestation en Algérie, a dévoilé, mercredi, un panel de personnalités chargé d’entamer le dialogue avec les autorités, alors que les manifestations contre le pouvoir se poursuivent dans le pays.

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Le Forum civil pour le changement, qui regroupe 70 associations, des figures issues de la société civile et des citoyens algériens, a dévoilé, mercredi 17 juillet, une liste très attendue de personnalités "apolitiques et crédibles" chargées d’engager un processus de dialogue avec le pouvoir.

Un panel proposé en réponse à l’appel au dialogue lancé par le président algérien par intérim, Abdelkader Bensalah, alors que le pays est, depuis le 22 février, le théâtre d'un important mouvement de contestation populaire qui a poussé le président Abdelaziz Bouteflika à la démission le 2 avril.

Reste à savoir si cette liste sera acceptée par les manifestants, et le pouvoir, qui entend lui aussi proposer un panel de personnalités censé conduire le dialogue, dans lequel ni les autorités politiques ni l'armée ne seraient, selon lui, impliquées. "Un panel de personnalités nationales probes, indépendantes et crédibles, dont la composante, actuellement objet de contacts et de consultations, sera connue incessamment", indique une source citée par l’agence de presse officielle APS, alors qu’aucun détail sur le calendrier du processus n’a encore été révélé.

Né du mouvement de contestation, le Forum civil pour le changement, qui a récemment présenté un projet de feuille de route pour sortir de la crise politique, mise sur un dialogue inclusif entre "tous les segments de la société algérienne et de ses institutions".

La liste proposée par son président, Abderrahmane Arar, compte 13 noms, dont ceux de deux anciens chefs de gouvernement, Mouloud Hamrouche et Mokdad Sifi, et l’ancien ministre et candidat à la présidentielle de 1999, Ahmed Taleb Ibrahimi. Plusieurs intellectuels et acteurs de la société civile consensuels et à même d’être acceptés par la rue y figurent également, dont Fatiha Benabou, constitutionnaliste et enseignante à la Faculté de droit d'Alger, qui a donné son accord de principe pour y prendre part.

Une liste déjà contestée

Mais alors qu’elle venait à peine d’être dévoilée, Djamila Bouhired, militante du FLN et figure de la guerre d'indépendance algérienne, dont le nom figure sur la liste, a provoqué une certaine stupéfaction en démentant avoir donné son accord pour participer à cette initiative. Pis, elle la rejette. Abderrahmane Arar avait pourtant affirmé lors d’une conférence de presse que les personnes retenues avaient été contactées et avaient accepté de prendre part à cette mission.

"J’ai appris avec stupéfaction que mon nom figurait sur une liste de personnes, chargées d’organiser un dialogue entre le pouvoir et le mouvement populaire", a expliqué Djamila Bouhired dans un communiqué diffusé par les médias locaux. Et d’ajouter : "Je ne peux faire partie d’un groupe de personnes, dont certaines ont servi le pouvoir. Alors que des patriotes sont jetés en prison pour délit d’opinion, dont un officier de l’ALN, le frère Lakhdar Bouregaa, il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui nous menacent et nous accusent de trahison".

Figure de la révolution algérienne et vétéran respecté de la Guerre d'indépendance, Lakhdar Bouregaa a été inculpé, le 30 juin, par un tribunal algérois, pour "outrage à corps constitué et atteinte au moral de l'armée" et incarcéré après avoir critiqué l’homme fort du pays, Ahmed Gaïd Salah. Il encourt une peine de dix ans d’emprisonnement.

Mostafa Bouchachi, avocat et ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme, dont le nom fait aussi partie des 13 personnalités retenues, a fait part de ses doutes que le panel et les profils proposés par le Forum soient validés par le pouvoir. Il a également fixé ses conditions pour entamer le dialogue censé préparer la présidentielle. Outre le départ "des symboles du système", dont le président par intérim, il réclame la libération des personnes arrêtées en marge des manifestations et celle de "la parole au niveau des espaces médiatiques".

L’économiste Smail Lalmas, également cité sur la liste, s’est dit lui aussi prêt à participer au processus à condition qu’il soit "accepté par le peuple". Il a lui aussi demandé des preuves de bonnes volontés de la part du pouvoir, réclamant la libération des personnes arrêtées en marge les manifestations contre le régime, dont Lakhdar Bouregaa.

Alors que le processus de dialogue est encore balbutiant, du côté de la population, une nouvelle manifestation est prévue vendredi 19 juillet, pour la 22e semaine consécutive. La semaine dernière, les protestataires avaient réclamé la libération des manifestants incarcérés, et la démission du président par intérim. Abdelkader Bensalah, dont l'intérim aurait dû s'achever le 9 juillet selon la Constitution, reste à la tête de l'État, avec l’aval de l’armée, en l'absence d'élection présidentielle.

 

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