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Sécheresse : histoires (de manque) d’eau

Plus de 20 départements français sont considérés comme en crise d'eau.
Plus de 20 départements français sont considérés comme en crise d'eau. Regis Duvignau, Reuters

La sécheresse actuelle observée dans le pays est inhabituelle en raison de la précocité des fortes chaleurs et d'un manque de pluie installé depuis longtemps. Une situation qui risque de devenir récurrente.

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“Le temps de l’eau abondante et pas chère est fini”. Un simple coup d’œil à la carte des restrictions d’eau en France suffit à illustrer ce constat fait le 15 juillet par Marillys Macé, directrice du Centre d’information sur l’eau. Soixante-sept départements étaient concernés, jeudi 17 juillet. Vingt-et-un d’entre eux sont même placés en état de crise, c’est-à-dire que l’eau disponible ne peut servir qu’aux usages prioritaires comme la santé, la sécurité civile, l’eau potable et la salubrité.

Ainsi, les agriculteurs de la Creuse ou de Vendée ne peuvent plus utiliser d’eau pour leurs cultures tant que leur département reste en état de “crise” sécheresse. Les niveaux d’alerte moins importants - vigilance, alerte, alerte renforcée - concernent plus spécifiquement les utilisations domestiques d’eau, telles que le remplissage des piscines individuelles, le lavage des voitures et l’arrosage des jardins. Des pratiques qui peuvent être limitées dans le temps ou même complètement interdites, selon le degré d’alerte.

Déficit pluviométrique

C’est loin d’être la première fois que la France est frappée de sécheresse. Changement climatique oblige, les pics de chaleur sont de plus en plus récurrents. La période actuelle n’est pas non plus la pire, puisque cette année n’est que la septième plus sèche depuis 1958, d’après les relevés de Météo France.

Mais ce qui fait sortir 2019 du lot est “la précocité des fortes chaleurs combinée au manque de pluie sur une plus longue période”, explique Emmanuelle Hellier, professeure d’aménagement de l’espace et urbanisme à l’université Rennes 2 et spécialiste de la gestion territoriale de la ressource en eau, contactée par France 24. La France n’est pas habituée aux températures qui explosent dès fin mai et début juin, tandis que le déficit pluviométrique s’est établi à 20 % en moyenne sur tout le territoire depuis septembre 2018.

Un cocktail qui assoiffe la France. Avec les fortes chaleurs, les cours d’eau cherchent à s’alimenter en piochant dans les réserves des nappes phréatiques, qui “n’ont pas été rechargées par les pluies d’hiver”, explique la spécialiste de l’université bretonne.

Pour elle, il faut ajouter à cela que les températures élevées précoces ont poussé les plantes à puiser davantage dans les réserves utiles d’eau. Il y un “dérèglement de la nature” qui accroît la pression sur les sources d’eau.

Conséquence : “Il y a une crise de disponibilité de l’eau, c’est-à-dire que l’activité humaine a besoin de cette ressource au moment précis où il y en a le moins”, note Emmanuelle Hellier. Et pas seulement pour se désaltérer au bord de la plage. Dans un pays aussi dépendant de l’énergie nucléaire que la France, la sécheresse est aussi un casse-tête pour refroidir les centrales. “C’est un vrai problème ! Comment faire avec des rivières qui sont presque à l’étiage [débit minimal d’un cours d’eau, NDLR] et l’eau qui réchauffe ? L’an dernier, on a vu des pompiers qui étaient obligés d’arroser des centrales, et l’une d’elles a dû être fermée. Et ça va être pareil cette année”, a noté Frédéric Denhez, journaliste et conférencier spécialiste des questions d’environnement, lors de l’émission "C’est dans l’air" sur France 5.

Changements de mode de vie

L’eau qui reste risque aussi d’être de moins bonne qualité. “Lorsqu’il y a moins d’eau, cela affecte sa capacité d’autoépuration, c’est-à-dire la destruction naturelle des polluants”, souligne Emmanuelle Hellier.

Ces sécheresses répétées peuvent aussi devenir la goutte d’eau qui fait déborder le vase des assurances. Il existe, en effet, un fonds catastrophe naturelle (fonds Barnier) - doté d’1,6 milliard d’euros par an et alimenté par une partie des cotisations aux assurances - dont la part qui sert à indemniser les victimes de la sécheresse augmente d’année en année. Elle est passée de 500 millions d’euros en 2016, à entre 770 millions d’euros et 850 millions d’euros en 2018. “Il suffit d’une autre catastrophe durant l’année pour que la capacité du fonds soit dépassée”, averti Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des questions de gestion d’eau, durant l’émission "C’est dans l’air". Les compagnies d’assurance seraient alors tentées de taper dans le portefeuille de leurs assurés pour contribuer davantage à ce fonds.

Cette crise peut aussi faire grimper le prix de l’eau à plus long terme. “Le tarif est voté par le conseil municipal, qui peut être tenté de répercuter, après coup, sur les utilisateurs les investissements exceptionnels réalisés pour se procurer de l’eau [s’il faut aller la chercher plus loin, par exemple, NDLR]”, estime Emmanuelle Hellier.

Les sécheresses passés et présentes définiront probablement notre mode de vie futur à plus d’un titre. Les changements les plus évidents concerneront les habitudes de consommation d’eau tout au long de l’année.

Mais le secteur qui aura le plus à s’adapter est l’agriculture. À elle seule, elle est responsable de 50 % de la consommation annuelle d’eau, d’après le ministère de l’Environnement. Qui plus est, les agriculteurs en ont le plus besoin en été. C’est particulièrement le cas de la culture de maïs, la plus gourmande en eau (1 kg de maïs requiert 500 litres d’eau contre 25 litres pour 1 kg de salades). Ses producteurs se verront confrontés à des politiques agricoles visant à favoriser des espèces végétales mieux adaptées à la nouvelle donne climatique. En espérant qu’ils verront le verre d’eau à moitié plein...

Plus largement, ce sont les “politiques d’aménagement du territoire qu’il faudra adapter” à la nouvelle donne, prévoit Emmanuelle Hellier. Les autorités vont ainsi devoir faire encore davantage attention à la sécheresse des sols pour délivrer les permis de construire et chercher à préserver certains écosystèmes plus favorables aux réserves d’eau. Des réflexions à mener dès maintenant car, comme le dit Marillys Macé, directrice du Centre d’information sur l’eau, en France “l’eau n’est plus facile, elle est devenue fragile”.

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