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En Algérie, un 22e vendredi de manifestations sur fond de ballon rond

Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent dans les rues d'Alger, chaque vendredi, depuis le 22 février 2019.
Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent dans les rues d'Alger, chaque vendredi, depuis le 22 février 2019. Ryad Kramdi, AFP (archives)

Les Algériens ont manifesté contre le pouvoir, pour un 22e vendredi de mobilisation entamée le 22 février, avant que la sélection nationale de football ne dispute et remporte dans la soirée la finale de la CAN-2019.

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Finale de la CAN-2019 ou pas, le mouvement de contestation qui secoue l'Algérie depuis le 22 février reste mobilisé pour un 22e vendredi de manifestations hebdomadaires contre le pouvoir.

Avant que la sélection algérienne ne dispute, vendredi 19 juillet au Caire, la finale de Coupe d'Afrique des Nations contre le Sénégal, les manifestations, qui ont débuté comme chaque vendredi en début d’après-midi, ont à nouveau fortement mobilisé, encadrées par un important dispositif sécuritaire. Une mobilisation difficile à estimer en l'absence de comptage officiel, mais qui semblait similaire aux semaines précédentes, selon des journalistes de l'AFP.

De très nombreux manifestants, certains vêtus des maillots de l'équipe nationale, ont afflué après la grande prière musulmane, aux alentours de la Grande Poste, bâtiment emblématique du cœur d'Alger devenu point de ralliement depuis le début du mouvement.

Une file ininterrompue de véhicules de police occupe de chaque côté l'un des principaux axes de la capitale emprunté par le cortège, réduisant sérieusement, comme les semaines précédentes la place disponible pour les manifestants.

Sur une pancarte brandie par un manifestant galvanisé, comme de nombreux protestataires, par les succès de l'équipe nationale, il est écrit en arabe : "Aujourd'hui, on fera deux fois la fête. La Coupe, on va la gagner et la 'issaba' [le 'gang', nom donné par les manifestants aux dirigeants algériens, NDLR], on va la dégager."

En cas de victoire, l'équipe nationale devait être reçue par le président par intérim Abdelkader Bensalah, dont la rue exige le départ. Sur les réseaux sociaux, plusieurs appels ont été lancés aux joueurs pour qu'ils refusent la cérémonie officielle à Alger.

Les joueurs de la "Khadra" se sont peu exprimés sur le mouvement populaire, appelé "Hirak" – mouvement, en arabe – en Algérie, même si l’attaquant Ryad Mahrez, star de l'équipe, a publié une vidéo dans laquelle ses équipiers et lui chantent "La Liberté", chanson du rappeur algérien Soolking reprise par les manifestants, après leur qualification pour la finale de la CAN. "Paraît que le pouvoir s’achète… Liberté, c’est tout c’qui nous reste. Si le scénario se répète, on sera acteurs de la paix. Si faux, vos discours sont si faux, ouais, si faux, qu’on a fini par s’y faire. Mais c’est fini, le verre est plein", chantent-ils en chœur.

Pont aérien pour les supporters, un pari risqué pour le pouvoir ?

En organisant un "pont aérien" pour emmener les supporters des Fennecs en Égypte (28 avions ont été affrétés par le gouvernement et l'armée pour transporter gratuitement plus de 4 500 supporters), le pouvoir algérien semble espérer se réconcilier avec une population qui réclame son départ depuis cinq mois et qui a poussé le président Abdelaziz Bouteflika à la démission le 2 avril.

"Le pouvoir escompte des dividendes, alors qu'il reste sourd aux revendications" des manifestants, explique à l'AFP Yazid Ouahib, chef de la rubrique Sport du quotidien francophone El Watan, mais "c'est une forme de corruption" qui n'aura "aucun impact sur le mouvement populaire", car depuis "le 22 février, le peuple a montré qu'on ne peut pas se jouer de lui".

Outre que ses chances de gain sont minimes, le pari du pouvoir pourrait même s'avérer contre-productif. Car ces milliers de supporteurs transportés jusqu'au Caire sont aussi souvent des militants actifs de la contestation, en partie né dans les stades algériens de football, un sport éminemment politique dans le pays.

Ces supporters pourraient profiter de la tribune offerte par la finale de la CAN-2019 pour exprimer leurs revendications, alors que le président par intérim Abdelkader Bensalah sera présent sur place. Un supporteur a récemment écopé d'un an de prison en Algérie pour avoir brandi en Égypte une banderole portant un slogan du Hirak.

Malgré la CAN, de nombreux Algériens rappellent que la plus grande victoire algérienne serait le départ du pouvoir. "On aimerait bien gagner la 2e Coupe d'Afrique [de l'histoire de l'Algérie], mais ce n'est qu'un jeu, la priorité c'est la 2e République", rappelle Faradji Mounir sur la page Algérie Debout.

La semaine dernière, les protestataires avaient réclamé la libération des manifestants incarcérés, et la démission d’Abdelkader Bensalah, dont l'intérim aurait dû s'achever le 9 juillet selon la Constitution, reste à la tête de l'État, avec l’aval de l’armée, en l'absence d'élection présidentielle.

Avec AFP

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